République Algérienne Démocratique et Populaire
 Ministère de l'Énergie et des Mines 

Journée d’études sur la consommation de gasoil

Allocution d’Ouverture
Alger, 7 juillet 2007

 

Monsieur le Président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale,

Messieurs les sénateurs et députés,

Messieurs les présidents des organes de régulations et de contrôle,

Messieurs les présidents des groupes SONATRACH et SONELGAZ,

Messieurs les représentants des ministères,

Honorables invités,

Mesdames et Messieurs,

 

Je voudrais souhaiter, à tous, la bienvenue à cette journée d’étude, qui revêt une importance singulière pour le secteur de l’énergie.

Cette importance, est illustrée ainsi, par le fait que c’est la première fois que le secteur organise une rencontre consacrée spécialement à une seule problématique, à savoir l’évolution de la consommation de gasoil.

Le choix de ce thème s’est imposé, au vu des multiples défis qu’il pose, non seulement aux responsables du secteur de l’énergie, mais aussi aux pouvoirs publics, à l’industrie et à la société civile, dans son ensemble.

En effet, aujourd’hui, la mobilité au sens large est devenue le trait dominant de la société, avec le véhicule particulier comme son symbole le plus visible.  Cependant, ce besoin légitime de mobilité, a d’importantes implications, qu’il faut prendre en charge.

La préoccupation principale dans cette problématique est de concilier la satisfaction du besoin de mobilité, avec celui d’une rationalité économique d’une part, et d’une préservation de l’environnement et de protection de la santé de la population, d’autre part.

De plus, compte tenu que l’Algérie est un pays producteur de pétrole, qui reste une ressource épuisable, il nous appartient d’intégrer la préoccupation d’une justice inter-générations, à travers une politique inscrite dans la durée, qui préserve cette ressource, par devoir envers nos enfants et petits enfants.

Un des moyens de préserver cette ressource, est une bonne gestion de la demande. C’est le défi, que pose l’évolution en cours de la consommation de gasoil en Algérie.

Par l’organisation de cette journée d’étude, le secteur s’est fixé plusieurs objectifs, parmi lesquels on peut citer:

Mesdames et Messieurs,

L’évolution de la demande nationale de gasoil, s’est accélérée durant les dernières années, avec une croissance moyenne de près de 10% chaque année. Ainsi la consommation annuelle de gasoil qui était de 3,6 millions de tonnes en 2000, est passée à plus de 6,1 millions de tonnes en 2006.

Cette forte croissance, sur une période relativement courte, représente un volume additionnel de 2,5 millions de tonnes qui, aux prix actuels du gasoil sur le marché international, serait valorisé à un milliard et demi (1,5) de Dollars.

Jusqu’à récemment, la politique poursuivie par les pouvoirs publics a été essentiellement une politique d’augmentation de l’offre, qui a permis de satisfaire la demande. Cette politique, mise en œuvre dès les années 70, s’est traduite notamment par la construction de raffineries largement excédentaires en production de gasoil.

Une telle politique vient d’atteindre ses limites, car l’outil national de raffinage n’arrive plus à satisfaire la demande et ce, malgré la toute récente mise en production en de la raffinerie d’Adrar, d’une capacité de traitement de 600 000 tonnes de pétrole par an.

Aussi, nous avons commencé à importer du gasoil au prix international, qui avoisine aujourd’hui les 600 dollars la tonne, soit 35 Dinars le litre.

Le secteur de l’énergie continue à développer les capacités de production.

Cependant, bien qu’une raffinerie de Condensat d’une capacité de traitement de cinq (5) millions de tonnes soit en construction à Skikda, sa mise en production ne permettra pas de répondre de façon durable à la croissance de la demande de gasoil. Tout au plus, le déficit sera reporté d’une année.

Pour assurer la satisfaction de la demande en gasoil à long terme, le secteur de l’énergie projette la construction d’une nouvelle raffinerie, prévue à Tiaret, d’une capacité de quinze (15) millions de tonnes.

Il est à souligner que, ce projet sera réalisé dans un contexte mondial de l’industrie pétrolière caractérisé par une forte relance des activités d’engineering et de construction, qui a créé des tensions et partant une envolée des couts de projet, comme celui de cette raffinerie, estimé à plusieurs milliards de Dollars, avec des délais de réalisations plus longs.

Malgré les efforts du secteur, ces contraintes font que le projet de la raffinerie de Tiaret, ne viendra répondre à la demande en produits pétroliers, dont le gasoil, qu’à partir de 2012.

 

Mesdames et Messieurs

L’évolution de la demande énergétique résulte essentiellement de la croissance de l’activité économique et des revenus. Or, en Algérie, la croissance de la consommation de gasoil a évolué de façon beaucoup plus rapide que la croissance économique, démographique, ou celle des revenus des ménages.

Cette particularité confirme l’effet d’un autre facteur qui est le prix, dont le niveau extrêmement bas, stimule une surconsommation de gasoil.

Confronté à de tels défis, le secteur de l’énergie a défini une politique, qui y répond à un double niveau, soit :

Cependant, cette politique de promotion et de diversification de l’offre se traduit par un coût énorme pour la communauté nationale, non seulement en termes d’investissements qui auraient pu être plus rémunérateurs et plus créateurs d’emplois dans d’autres secteurs, mais également par un tout aussi énorme manque à gagner pour l’économie nationale, vu que les augmentations annuelles de la consommation, sont aussi des baisses des revenus d’exportations, pour le pays.

A titre illustratif, l’augmentation attendue de la consommation de gasoil, pour l’année 2007, se traduit par une baisse des revenus d’exportation de près de vingt (20) milliards de Dinars.

C’est pourquoi, le secteur de l’énergie complète sa politique en la matière par un troisième volet, qui n’a pas reçu l’attention qu’il mérite de la part des pouvoirs publics, jusqu’à très récemment, à savoir une gestion de la demande.

 

Mesdames et Messieurs

La consommation de gasoil en Algérie est aujourd’hui dominée par son usage comme carburant, vu que sa part comme combustible dans le bilan énergétique national, s’est réduite au profit de celle du gaz naturel et du butane, fortement encouragée par l’Etat.

Une maitrise de la demande de gasoil comme carburant, renvoie à la politique de transport arrêtés par les pouvoirs, tant pour les voyageurs que pour les marchandises.  Il s’agit ici, de promouvoir les transports en commun, plus économes en énergie, ainsi que le transport par rail, dont il faut développer l’électrification.

L’utilisation des transports en commun devrait être encouragée par l’état, aussi bien  par un soutien direct à l’investissement dans cette activité, qu’au niveau de la politique tarifaire en direction des usagers, par une subvention des prix.

Cependant, une maitrise de la consommation de carburants, nécessite, au-delà des options suggérées concernant les modes de transport, une politique des prix appropriée en direction des autres usagers de la route.

La gestion de la demande renvoie, en dernier ressort, à la question fondamentale de savoir quelle politique de prix des carburants, adopter pour un pays comme l’Algérie?

A mon sens, toute politique des prix, pour s’inscrire dans la durée, doit permettre de couvrir l’ensemble des coûts induits, directs et indirects.

Le secteur de l’énergie a apporté un début de réponse à cette question, à travers les dispositions de la loi sur les hydrocarbures, qui prévoient notamment que les prix doivent permettre aux producteurs de couvrir l’ensemble des coûts, d’assurer des capacités d’autofinancement pour développer l’activité et une juste rémunération de l’investissement.Ces dispositions permettent la couverture des coûts directs pour l’opérateur, qui sont inclus dans le prix. Elles commencent à être mises en œuvre, avec les augmentations des marges accordées en 2006 et 2007 aux industriels, sur certains produits.

Il reste que les coûts indirects induits par l’utilisation des carburants, ne sont pas encore imputés au consommateur. Ils renvoient, au coût d’utilisation de l’infrastructure routière et au cout des impacts sur la santé de la population. Ils sont indirectement supportés par la communauté dans son ensemble, à travers le budget de l’Etat.

Ces coûts indirects, plus connus comme coûts des externalités, sont à internaliser dans le prix des carburants sous forme de taxes, dont les recettes iront couvrir les dépenses d’infrastructures routières, et de protection de la santé des citoyens.

Ainsi, les défis posés par l’évolution de la consommation du gasoil, objet de notre journée d’étude, pourront progressivement être relevés à travers la politique tracée par le secteur de l’énergie, qui comprend trois volets, soit:

 La mise en œuvre du troisième volet, implique nécessairement d’autres institutions de l’Etat, non seulement du Gouvernement, mais aussi des élus de la nation ici présents. Son succès appelle également la concertation avec les représentants de l’industrie et de la société civile.

 

Mesdames et Messieurs

Le programme de cette journée d’étude, qui comprend des présentations, un panel de discussion et des ateliers, permettra, d’aborder dans le détail les questions que soulève naturellement un tel sujet.

La présence d’éminentes personnalités, de hauts cadres du secteur de l’énergie et de l’Etat, et des experts du domaine, nous permet d’être rassuré sur la réussite de vos travaux.

Je vous souhaite plein succès et déclare la journée ouverte.