Jeudi 11 Juillet 2002, InterFrance Media

Pétrole : bienvenue aux investisseurs étrangers

La compagnie nationale établit des partenariats avec les géants du secteur pétrolier

Les deux casquettes de Chakib Khelil pèseraient lourd sur la tête d’un homme ordinaire : président de la compagnie pétrolière Sonatrach, il est également depuis fin 1999 le ministre de l’énergie et des mines d’un pays recelant un véritable trésor géologique. Il affronte pourtant avec calme les tâches qui lui incombent et apporte un soutien sans faille aux réformes promues par le président algérien. « La nouvelle politique économique et l’ouverture du secteur des hydrocarbures aux investisseurs étrangers ont déjà permis au gouvernement d’engranger environ 12 milliards d’euros en 2001, à travers les taxes qu’il perçoit. La plus grande activité engendrée par les investissements massifs opérés ces dernières années et la bonne tenue des cours sur les marchés internationaux expliquent ce chiffre supérieur aux prévisions », explique Chakib Khelil.

Le dialogue permet d’aller dans la bonne direction

Chakib Khelil

Chakib Khelil
Ministre de l’énergie et des mines

La Sonatrach, la compagnie pétrolière publique, noue des partenariats de plus en plus nombreux avec les géants mondiaux de son secteur.
« L’exploration était ouverte aux entreprises privées depuis plusieurs années. En novembre dernier, la Sonatrach a organisé son premier appel d’offres international pour la mise en valeur de nouveaux gisements. Quatorze compagnies ont répondu. Cet intérêt pour nos ressources naturelles devrait faire considérablement augmenter notre production, qui a atteint 810 000 barils par jour en 2001 », prévoit le ministre de l’énergie.

Cet ancien fonctionnaire de la Banque mondiale formé aux Etats-Unis, à proximité des puits de brut texan, s’est donné pour mission de « changer l’image de l’Algérie à l’étranger. La méconnaissance de notre pays est profonde. La communication est donc un axe essentiel de l’action gouvernementale. Nous communiquons aussi énormément avec la société civile algérienne. Les autorités participent à des réunions et séminaires pour échanger leurs impressions avec les universités ou les syndicats. Cette démarche de concertation nous permet de capter le pouls de la société et d’aller dans la bonne direction. Pour réaliser des réformes en profondeur, il nous faut ménager l’opinion publique et expliquer notre politique, pour ne pas donner l’impression que tout est à vendre. C’est à cette seule condition que nous ferons prospérer les accords public-privé, entre entreprises publiques et compagnies du secteur concurrentiel, qu’elles soient algériennes ou étrangères. » Trois cimenteries, plusieurs entreprises de produits chimiques et les grands services publics – poste, télécommunications, distribution d’eau, d’électricité et de gaz, aéroports, etc. – s’ouvrent aujourd’hui au capital privé.

Le gaz naturel est devenu la source prioritaire d’énergie et le développement de l’utilisation du gaz de pétrole liquéfié se poursuit, notamment comme carburant pour automobiles.

« Sept équipes pluridisciplinaires ont été constituées en décembre 1999 pour établir le programme des réformes par secteur économique. Elles sont épaulées par des conseillers privés. Leurs conclusions sont présentées aux entreprises concernées. Nous adaptons ensuite les idées retenues en fonction des réactions et des opinions exprimées par les Algériens. Ces commissions sont en train d’opérer une véritable révolution qui vient modifier l’environnement juridique et institutionnel de nombreuses entreprises. Jusqu’ici, le Droit correspondait à une économie centralisée. La Banque mondiale nous accorde des prêts pour assurer la mise en œuvre des nouveaux principes qui régissent les différentes branches de l’économie », poursuit Chakib Khelil. Le gouvernement a créé des organismes de régulation qui garantissent la transparence des appels d’offres, une pratique relativement récente en Algérie. Le secteur des mines a été l’un des premiers à en bénéficier.

« La production d’or, de diamants et autres minéraux augmentera rapidement. Nos mines et nos champs de pétrole requièrent aujourd’hui d’importants investissements et les réformes nous permettent de les obtenir. Les projets sont nombreux. La construction d’un câble électrique entre l’Algérie et l’Espagne, avec une centrale de 2 000 mégawatts fonctionnant grâce au gaz naturel sur la rive algérienne, nous permettra d’alimenter le marché européen à hauteur de 1 200 mégawatts. Un projet similaire devrait voir le jour vers la Sardaigne, l’Italie et peut-être la Corse et la France. Ces câbles sous-marins seront à terme doublés par des gazoducs, pour alimenter l’industrie européenne », affirme le ministre.

« L’Algérie s’intègre progressivement au marché européen. Nos capacités totales d’exportation devraient atteindre 140 milliards de mètres cubes de gaz par an d’ici 2010. Le gaz nigérian pourrait emprunter ce chemin via un gazoduc à travers le Sahara. Grâce à un puissant réseau de fibres optiques, de gazoducs, et d’oléoducs, l’Algérie pourrait conquérir une place stratégique entre l’Afrique et l’Europe », souligne Chakib Khelil, qui prédit que « dans 10 ou 15 ans, la Méditerranée ne sera plus un obstacle entre Alger et l’Europe ». Cette mondialisation à laquelle aspire son pays passe par l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la multiplication des échanges facilitera sans aucun doute les mouvements de populations. La desserte aérienne a plus que doublé ces dernières années entre la France et l’Algérie et cette dernière doit déjà faire face à l’afflux d’Africains qui veulent tenter leur chance de façon clandestine en Europe. « L’Union européenne doit nous aider à résoudre ce problème. Les rapatriements, lorsqu’ils sont possibles, coûtent cher. Cette situation n’est pas non plus exempte de dangers sanitaires. Il faut aider les pays africains à se développer et à fournir du travail à leurs jeunes diplômés », plaide Chakib Khelil.

La France est aujourd’hui le plus important acheteur de gaz liquéfié du pays. « Gaz de France et Total sont des partenaires de poids et tous les grands noms de l’industrie tricolore sont présents ici, mais nous aimerions bien que les Français occupent une part encore plus importante dans les mines ou l’électricité. Ils sont trop timides », déplore le ministre, qui assure que « l’Algérie saura se montrer reconnaissante avec ceux qui l’appuient dans sa démarche réformatrice. On reconnaît ses amis dans les moments difficiles. L’hôtellerie, les routes et la banque sont autant de secteurs prometteurs. Nous sommes conscients que la stabilité est une condition essentielle pour attirer les investisseurs. L’Etat fournit de gros efforts dans le domaine social et la démocratie fait son chemin, même si les changements de mentalité prennent du temps. »

Le changement de mentalité en cours en Algérie se manifeste aussi par un plus grand respect de l’environnement. La Sonatrach, pour laquelle la protection de la nature est devenue l’un des critères qui lui permettent d’évaluer sa compétitivité, base sa politique sur la prévention. Cette approche découle du statut d’entreprise-citoyenne qu’elle revendique avec fierté. Elle a méthodiquement recensé les sources de pollution et a élaboré un plan de lutte pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dans cette optique, le gaz naturel est devenu la source prioritaire d’énergie et le développement de l’utilisation du gaz de pétrole liquéfié se poursuit, notamment comme carburant pour automobiles : 244 stations-service sont en cours de construction. La récupération du gaz qui accompagne le pétrole dans les gisements et qui était auparavant simplement brûlé est également à l’ordre du jour, tout comme la production d’essence sans plomb et la réparation des canalisations et des réservoirs de la compagnie. La mise en place d’un système de suivi de la pollution par les hydrocarbures le long des côtes et le contrôle de biodégradabilité et de toxicité des produits utilisés par la Sonatrach complètent « le gigantesque effort consenti par tout le pays en ce domaine », affirme le ministre.

Il siège également à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, qui gère les conséquences de l’après 11 septembre. Nous essayons de maintenir « l’équilibre entre la baisse des prix, pour soutenir l’activité économique mondiale, et le maintien de revenus suffisants pour les pays producteurs. La stabilité des prix du pétrole dépend de l’économie mondiale et la reprise qui s’amorce, surtout aux Etats-Unis, devrait permettre au cours du brut de se maintenir dans la fourchette des 22 à 28 dollars (22,7 à 28,8 euros) », prévoit-il.

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