Commercialisation des Hydrocarbures
Algerie 2002
Pétrole et Techniques, N°440, Sept. Oct. 2002.
réalisé par Focus Limited.
L'activité commercialisation de Sonatrach conserve jusqu'à présent le monopole de toutes les exportations en hydrocarbures. En revanche, bien que la filiale Naftal conserve la quasi-totalité du marché, la distribution nationale de carburant est ouverte aux investisseurs nationaux et internationaux comme la génération de l'électricité et la distribution de gaz et d'électricité.
Exportations
Les trois quarts de la production en hydrocarbures, tous produits confondus, sont exportés. Le portefeuille d'exportations de Sonatrach est diversifié et regroupe le pétrole brut, le gaz naturel, le Gnl, le Gpl, le condensat, les produits raffinés, (principalement le nafta, les distillats moyens et les fuels).
L'objectif stratégique du gouvernement est de renforcer la capacité d'exportation du pays, et de se diversifier dans l'exportation d'électricité. Un grand projet 2000 mégawatts, dont 1200 réservés à l'exportation, est actuellement à l'étude.
En plus de sa position stratégique sur le marché mondial du gaz naturel et du Gnl, l'Algérie est le premier exportateur mondial de condensat, et, avec 8,2 millions de tonnes de Gpl exportées en 2001, le deuxième exportateur de Gpl. Elle devrait renforcer sa position sur ce marché. Sntm-Hyproc, filiale de transport maritime d'hydrocarbures du groupe Sonatrach, cherche actuellement à renforcer sa flotte de Gpliers.
En 2001, le montant total des exportations de gaz naturel s'est élevé à 18,52 milliards de dollars. Les deux dernières années ont été marquées par une activité intense. En effet, le groupe a du clôturer la révision périodique des prix contractuels. Sonatrach a également procédé à la signature de nouveaux contrats, à l'image de l'accord de vente/achat, avec Iberdrola, portant sur un volume de GNL à 1 Gm3/an, pour une période de 15 ans.
Les exportations algériennes représentent 10% de la consommation en gaz de l'Europe, et devraient augmenter de 50% à l'horizon 2020. L'Europe reste le marché privilégié de l'Algérie, et, en septembre 2002, avant le Congrès mondial du pétrole de Rio, M. Khelil, Ministre de l'Energie et des mines, se déclarait " confiant quant aux ventes en gaz naturel algérien en Europe où les perspectives d'une demande accrue sont particulièrement encourageantes. "
Il ajoutait que " l'Europe restera bien-sûr le marché principal de Sonatrach, grâce à la proximité géographique, mais la diversification, et particulièrement la diversification géographique, est part intégrante de notre stratégie commerciale. "
L'Algérie exporte déjà du gaz naturel aux Etats unis, à travers deux contrats, et du gaz algérien éclaire par exemple les rue de Boston. Elle compte bien renforcer ses positions dans ce marché stratégique, où les marges sont souvent meilleures.
L'Algérie exporte environ 60 milliards de m3 de gaz naturel par an, et les objectifs ont été revus à la hausse : 85 milliards de m3 à l'horizon 2010. Outre la proximité géographique de l'Europe, l'Algérie bénéficie également de la diversité et de la flexibilité de ses moyens d'exportation. Le pays, qui a très tôt opté pour la liquéfaction, est aujourd'hui le 2ème exportateur mondial de GNL.
L'acquisition de deux nouveaux méthaniers, la construction d'un nouveau train de GNL et les projets de deux nouveaux gazoducs vers l'Italie et l'Espagne, confirmeront et renforceront cette flexibilité.
La France reste un marché important pour les exportations algériennes de gaz, comme le rappelle M. Hached, VP Sonatrach activité Commercialisation, "dans le temps, la France est le client dont les contrats ont progressivement augmenté pour atteindre 10 milliards de m3 et devenir ainsi notre premier client de Gnl et notre deuxième client de gaz après l'Italie."
Sonatrach est liée à Gaz de France par 4 contrats de vente/achat portant sur un volume global de 10,24 Gm3/an. Cela représente environ 18% du volume de gaz naturel (gaz et Gnl) exporté par Sonatrach. En retour, Sonatrach est un fournisseur important pour Gaz de France, puisque le gaz algérien représente environ 25% de ses approvisionnements en gaz.
En 2000, les deux sociétés ont signé un accord de coopération prévoyant le renouvellement jusqu'en 2013 de deux contrats qui arrivaient à échéance en 2002, une participation de Gaz de France dans l'amont gazier algérien et la création d'une société conjointe, Med LNG, de commercialisation de gaz naturel. La société commune, créée en 2001, doit trouver des nouveaux marchés à court et moyen termes en Europe et aux Etats-Unis.
Directive gaz de l'Union européenne
Cette directive de la Commission européenne de 1998, si elle est appliquée strictement, pourrait remettre en cause les clauses de longs termes et de destination des contrats gaziers de take or pay.
Le désaccord sur ce point entre les exportateurs et l'Union européenne était si sensible, que même le Président de la République, M. Bouteflika est intervenu personnellement sur ce dossier, regrettant le manque "de concertation" de la Commission européenne, avec les pays producteurs, le qualifiant même de "regrettable". Il a débouché sur l'arrêt pendant près deux ans du projet de 3,5 milliards de dollars de In Salah.
La crise énergétique californienne a, sans doute, modifié certains points de vue et les négociations sur le dossier évoluent positivement. En tous cas, le dialogue n'est pas rompu, comme l'a confirmé la tenue à Alger, en septembre 2002, du Forum des pays exportateurs de gaz, à laquelle ont assisté de nombreux acteurs du secteur, dont des membres de la commission Européenne.
L'Union Européenne et les pays exportateurs doivent trouver un accord, prenant en compte la libéralisation des marchés, l'émergence de nouveaux pays producteurs, mais également la sécurité des approvisionnements et des investissements, qui conditionnent le développement de l'industrie gazière.
Le marché national
L'ouverture à la concurrence de la distribution des hydrocarbures sur le marché national est d'actualité, bien que ce marché soit ouvert depuis 1997. Actuellement, seuls les prix des carburants-terre (hors sans plomb) et les GPL sont encore administrés. Dans le cadre de la nouvelle loi, on devrait assister à une évolution graduelle vers une libéralisation totale du secteur, accompagnée d'une agence de Régulation et de Contrôle.
Naftal, la filiale de Sonatrach chargée de la distribution, se prépare à l'arrivée annoncée des groupes internationaux. Sonatrach vient également de la recapitaliser ce qui devrait lui permettre de développer sa présence internationale.
Deuxième groupe de l'Algérie par son chiffre d'affaires supérieur à 2 milliards de dollars et avec 30.000 travailleurs, la société commercialise annuellement 6,5 millions de tonnes de carburants, 1,6 million de tonnes de GPL, 300000 tonnes de bitumes, 120000 tonnes de lubrifiants, en plus des produits spéciaux et des pneumatiques
Elle dispose de 800 000 mètres cube de capacité de stockage carburants, de 42 centres enfûteurs de GPL, soit 1,2 million de capacité d'enfûtage par an, de 40000 tonnes de capacité de stockage vrac de GPL, d'une flotte de 6000 véhicules et engins, de 400 km de canalisations. Naftal dispose d'un réseau de 1800 stations-services, dont 1200 appartiennent à des privés.
Sonatrach est également responsable, sur le marché national, de l'approvisionnement des autres secteurs d'utilisation du gaz naturel. M. Hached confirme l'importance de Sonatrach dans ce processus: "L'Algérie produit pratiquement toute son électricité à partir du gaz naturel. Nous fournissons ce gaz à Sonelgaz qui le transforme en électricité.".
Gaz industriels
Sonatrach est déjà un important producteur d'hélium, par l'intermédiaire de sa filiale Helios. L'hélium exporté par Hélios est commercialisé par Air Liquide et Air Products, les partenaires de Sonatrach dans la société.
En 1998, Sonatrach a créé Cogiz, filiale à 100% du groupe. Cette nouvelle société doit distribuer au détail l'hélium et l'azote produits par Hélios.
L'azote que commercialise Cogiz est pour le moment largement destiné à la consommation interne de Sonatrach. Ce gaz est utilisé pour être réinjecter afin de stimuler les puits.
Selon son Pdg, la mission actuelle de Cogiz est de gérer les déficits et les surplus de gaz industriels de Sonatrach.
Mais il a des ambitions plus grandes pour Cogiz. Il souhaite commercialiser l'hélium sur les marchés maghrébins d'abord, africains ensuite et, finalement, n'écarte pas la possibilité des marchés européens.
Cogiz dispose dans la zone industrielle d'Arzew, du premier centre de conditionnement d'hélium, le plus moderne du Maghreb. Avec la signature entre Linde et Sonatrach d'un contrat pour la fabrication d'une nouvelle usine, Cogiz devrait trouver une nouvelle source d'approvisionnement, dont elle devrait rapidement avoir besoin. En effet, comme le rappelle M. Rekkab, le Pdg: "Il y a une interdépendance évidente entre le développement des hydrocarbures et le développement des gaz industriels : les acteurs du secteur des hydrocarbures sont de grands consommateurs de gaz industriels. La nouvelle loi va attirer de nombreux investissements dans l'amont, c'est-à- dire l'exploration, le forage, etc, or l'utilisation principale de l'azote est la stimulation des puits de production. La demande en azote va donc augmenter de façon considérable et avoir des conséquences sur l'activité de Cogiz."
M. Rekkab, rajoute : "Nous espérons que les partenaires intéressés dans l'exploration et le forage vont peu à peu se tourner vers la pétrochimie, domaine où les gaz industriels sont essentiels. Avec les activités pétrochimiques, Cogiz sera amenée à gérer les excédents et déficits de gaz industriels tels que l'azote, l'hydrogène ou l'oxygène. Cogiz va donc prendre de plus en plus de valeur dans les années à venir.
Dans les grands complexes européens, il y a toujours une société de gaz industriels pour satisfaire les besoins directs en azote, oxygène ou argon, et c'est le rôle de Cogiz "