M. Chakib Khelil

Ministre de l'Energie et des Mines

Nous œuvrons pour un marché euro-maghrébin de l’électricité

 

Dialogo Mediterráneo
N° 26, Octobre 2002

 

Monsieur le Ministre, le secteur de l'énergie a conclu d'importants contrats ces dernières années qui ont fait de l'Algérie un partenaire privilégié des plus grandes compagnies Internationales. Qu'est ce qui a été réalisé en partenariat en matière de recherche et de découverte d'hydrocarbures?

En effet, les années 2001 et 2002 ont été très riches en matière de lancement de nouveaux projets en Algérie et à l'étranger, et de signature de contrats avec des compagnies étrangères aussi bien dans le domaine de l'amont que celui de l'aval. En matière de contrats d'association, Sonatrach a conclu 17 contrats de partenariat dans le domaine de la recherche et la production des hydrocarbures. C'est ainsi que certaines sociétés internationales ont renforcé leur présence en Algérie tel que Anadarko, Repsol YPF, Cepsa, TotalFinaElf, Gaz de France, British Petroleum, AGIP et d'autres sociétés intervenant pour la première fois en Algérie tel que Gulf Keyston, Roseneft-Stroystransgaz, PIDC (Vietnam). Nous signerons encore quelques contrats avant la fin de l'année en cours. Le premier de ce mois, une entreprise chinoise s'est vue attribuer un important projet EOR (récupération assistée) sur le gisement de Zarzàïtine.

L'ensemble de ces contrats sont conclus selon une procédure d'appel d'offres transparente et ouverte, comprenant deux phases, avec attribution du contrat séance tenante, en présence de tous les soumissionnaires. C'est une procédure fortement appréciée par les compagnies.

Par ailleurs, dans le cadre de sa nouvelle stratégie de redéploiement à l'étranger, notre compagnie nationale Sonatrach a conclu des accords de partenariat pour des projets à l'étranger tel que celui du Pérou dans le domaine du transport et surtout, les trois importants contrats signés le 10 septembre 2002, avec Cepsa, portant sur:

Avec ces accords qui viennent s’ajouter aux contrats existant avec Repsol YPF et Cepsa dans l'amont et les accords portant sur la commercialisation du gaz naturel, l'Espagne est devenue le principal partenaire de l'Algérie. Ces relations se développent davantage avec la construction du nouveau gazoduc Algérie-Europe via Espagne, pour lequel une société mixte Medgaz, a été constituée en vue «effectuer les études.

S'agissant des découvertes, nous avons enregistré seulement 3 découvertes effectuées en 2001 (2 pour Agip et 1 par Burlington) et 1 découverte durant la présente année (Agip). Ce sont les résultats modestes comparés à ceux des années précédentes. Mais il est vrai que nous n'avions pratiquement pas conclu de contrats de recherche/production durant les années précédentes.

La tendance s'est cependant, nettement inversée, comme je l'ai dit, avec les nouvelles procédures et la simplification des formalités. Quant à l'effort de forage, il a été réalisé 20 puits d'exploration au cours de la présente année pour 13 puits en 2001, par l'ensemble des opérateurs étrangers et 3150 km de sismique 2D (1315 km en 2001) et 2772 km2 de sismique 3D (1325 km2 en 2001). Avec les contrats conclus ces 2 dernières années, ces chiffres vont connaître une forte croissance.

 

En tant que dirigeant de l'OPEP vous avez suivi de près la question de la stabilisation des cours du brut et le comportement des pays producteurs. A quoi attribuez-vous l'observation d'une certaine discipline des membres de l'OPEP?

J'ai eu le privilège de diriger la présidence de l'OPEP durant l'année 2001. Pendant cette année, et dans le souci d'atténuer les fluctuations des prix du pétrole influençant directement les revenus des pays membres de l'OPEP et des pays en développement en général, dont l'économie est fortement dépendante des recettes pétrolières, les pays de l'OPEP ont observé une conduite exemplaire caractérisée par la cohésion de ses membres dans leurs prises de décisions et le respect de leurs engagements, conformément aux objectifs des statuts de l'OPEP.

En effet, pendant l'année 2001, l'OPEP, tout en sacrifiant des parts de marché, a dû consentir un effort de réduction de sa production comparable à celui de 1998/1999. Avec un total de réduction de 5 millions de barils/j, elle est pratiquement revenue au niveau des quotas de mars 1999 (23 millions de barils/j).

Ni les IOC's ni les NOC’s ne souhaiteraient revivre le syndrome de Djakarta de novembre-97 qui a engendré un effondrement des prix pétroliers en 1998. Par la suite, et pour répondre aux besoins des pays consommateurs pour un marché pétrolier international stable avec des prix justes et rémunérateurs pour les producteurs et pour préserver la croissance économique mondiale, l'OPEP de part son sérieux, son sens profond de responsabilité et coopération, a appelé d'autres pays producteurs qui ont déjà coopéré avec elle dans le passé (Angola, Mexique, Norvège, Oman et Russie), à soutenir son effort.

L'OPEP qui fournissait à l'époque 35% brut mondial, ne pouvait continuer à assurer à elle seule l'équilibre du marché pétrolier. Il y avait lieu de partager le fardeau avec les autres pays exportateurs de pétrole.

Finalement, après prés d'un quart de siècle d'instabilité, les prix du brut ont réussi à se redresser et adhérer quasi parfaitement avec les objectifs fixés, (25$/baril pour le panier OPEP, moyenne de la bande des prix retenue [22$-28$].

 

L’Algérie connaît une embellie financière ces deux dernières années grâce à la stabilité des prix de pétrole. Quel est le niveau de la production des différentes sources et produits énergétiques et celui des recettes pétrolières ?

Les années 2000 et 2001 se sont caractérisées par des prix pétroliers qui ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis la guerre du Golfe. Le prix moyen annuel du brut s'est établi à 28,48 $/b pour 2001. Les recettes des exportations pétrolières ont été respectivement de 18,56 milliards de $ en 2000 et 17,50 milliards en 2001.

La production de produits énergétiques s'est située globalement à 153,14 million de Tep en 2000 et 147,80 million de Tep en 2001.

Le tableau ci-après retrace la production primaire par produit:

Production primaire par produit

Production primaire

2000

2001

106 Tep

%

106 Tep

%

Pétrole brut

45,55

30,04

45,57

30,08

Condensât

17,90

11,70

17,30

11,70

Gaz naturel

79,01

51,60

74,91

50,70

GPL

9,68

6,30

10,02

6,80

Total

153,14

147,80

 

Le marché pétrolier s'est caractérisé durant le 19 semestre 2002 par un raffermissement des cours du brut qui se situe en moyenne à 23$/baril. On enregistre également durant cette période une évolution de la production de plus de 4%.

 

Quelle place occupe l’Union européenne dans la recherche et la production des hydrocarbures en Algérie ? Les compagnies de l'UE sont elles compétitives rapport à la concurrence étrangère notamment nord américaine ?

Les compagnies européennes bien que très bien implantées en Algérie, n'occupent pas une position dominante par rapport aux compagnies des autres continents, telles que celles originaires d'Amérique du Nord ou d'Asie. Avec l'application des nouvelle procédures, l'Algérie attire des compagnies qui n'ont jamais opéré auparavant en Algérie. Je citerais les compagnies Russes, des pays du Moyen-Orient, d'Amérique Latine et même de Chine. Elles attirent les grandes compagnies comme les Majors, les compagnies totalement intégrées et aussi, les plus petites. S'agissant de compétition, les règles et procédures mises en place depuis deux ans favorisent justement la compétition entre compagnies pétrolières qui évoluent dans un climat marqué par la transparence et la concurrence.

Sept sociétés appartenant aux pays de l'UE (Cepsa, Agip, British Petroleum, Gaz de France, TotalFinaElf et le groupe Repsol YPF-RWE-DEA & Edison) opèrsur le domaine minier national dans le cadre de partenariat avec Sonatrach dans la recherche et la production des hydrocarbures. Durant le 3éme appel d'offres international pour la promotion des blocs d'exploration pour lequel l'ouverture publique des plis s'est faite le 1er Juillet 2002, les sociétés des pays de l'UE ont arraché trois contrats sur les 7 attribués (soit 43%). Ce qui représente une avancée très important par rapport au 1er au 2éme appel d'offres.

L’investissement minimum prévu dans ce cadre est de l'ordre de 90 millions $. Les compagnies d'Amérique du Nord, également bien implantées, comprennent Anadarko, Burlington, Amerada Hess, PetroCanada, First Calgary Petroleum.

 

L'Algérie est le principal fournisseur de gaz de l'Espagne. Elle envisage de doubler ses livraisons vers l'UE avec le lancement du nouveau gazoduc Oran-Almeria? Où en est le projet en question?

L'Algérie et l'Espagne ont mis en place le 18 août 2000, une société mixte, dénommée Medgaz, dont le capital est détenue à 50% par Cepsa et 50% par Sonatrach, avec pour rôle, la réalisation des études de faisabilité du projet de Gazoduc Oran-Almeria. Par la suite, cette société mixte a été rejointe par Gaz de France, British Petroleum, Endesa, ENI et TotalFinaElf.

Le projet d'études avance bien et une grande partie de l'engineering est déjà en cours. Nous comptons lancer la construction de l'ouvrage au cours du 1er semestre 2003, avec un délai de construction de 30 mois. La mise en gaz serait pour le 1er semestre de 2006.

 

De simple fournisseur d'hydrocarbures l'Algérie veut commercialiser des produits finis comme l'électricité. En fait l'Algérie cherche à s'imposer comme un partenaire sur le marché étranger qu'elle veut conquérir. Quels sont vos projets en cours dans ce domaine? Il est question de connecter les réseaux algérien et espagnol par câble.

Effectivement, nous visons une interconnexion entre les réseaux électriques algériens et espagnols. A cet effet, nous avons lancé un appel d'offres international pour la construction de nouvelles centrales de production d'électricité de capacité de 2000 MW dont 1200 MW sont destinés à l'exportation et 800 MW au marché national. Ce projet englobe la réalisation de centrales électriques et d'une liaison directe Algérie-Espagne via un câble sous-marin d'une capacité de 2000 MW. Le projet a été confié à l’Algerian Energy Company dont le capital social est détenu à hauteur de 50% par Sonelgaz et 50% par Sonatrach.

Concernant le câble sous-marin, une étude de faisabilité a été réalisée par les opérateurs gestionnaires de réseaux des deux pays, Sonelgaz pour l'Algérie et Red Eléctrica pour l'Espagne et qui fait ressortir que le projet est techniquement faisable. La réalisation d'une telle interconnexion devrait bénéficier d'un support financier de l'Espagne et de la Commission Européenne en égard au rôle hautement stratégique qu'il serait amené à jouer dans la sécurité d'approvisionnement de l'Europe.

Des discussions sont en cours avec le Gouvernement espagnol pour réunir les meilleures conditions pour la réalisation de ce projet qui permettra un accroissement des échanges d'énergie entre nos deux pays, basé sur la création d'un marché Maghrebo-Européen de l'électricité.

 

Les mines, on en parle de plus en plus dans votre pays ces dernières années. Avec quels pays avez-vous développé cette activité et quels sont déjà les résultats obtenus dans la découverte et l'exploitation de nouveaux gisements comme celui de l'or dans le Hoggar?

Une action de réforme a été entreprise dans le secteur des mines. Elle s'est concrétisée par la nouvelle loi minière qui été publiée en juillet 2001. Elle a pour objectif de donner un nouvel élan au développement du secteur minier et contribuer d'une manière soutenue à la relance économique. C'est dans ce sens qu'un accord d'assistance technique a été signé avec une entreprise d’Afrique du Sud pour la mise en exploitation du gisement d'or de Tirek.

Par ailleurs, autres accords de partenariat ont été signés, l'un avec une entreprise Australienne pour l'exploration de l'exploitation de l'or dans la zone de Tirek-Amesmessa sur une superficie de 1400 km2, l'autre avec une entreprise Libanaise pour l'exploitation de l'or dans la zone de Hanane-Tiririne. Dans le cadre de l'investissement privé national, près de 150 gisements pour l'exploitation des petites et moyennes mines ont été octroyés, par appel d'offres.