« Les gouvernements occidentaux doivent réduire les impôts des carburants »
Traduction de l´interview accordée par M. Chakib Khelil, Ministre de l´Energie et des Mines, à M. Juan T. Delgado
parue dans le quotidien espagnol "EL MUNDO", en date du 19 avril 2006
« Son opinion est l´une des plus respectée dans le secteur pétrolier mondial. M. Khalil qui entretient d´excellentes relations avec le Gouvernement espagnol, n´hésite pas à conclure que les prix du baril de pétrole continueront d´augmenter durant les neuf prochains mois », écrit EL MUNDO en introduction de l´interview, ajoutant : « M. Chakib Khelil assume sans perdre le sourire l´agenda stressant que ses conseillers lui préparent chaque fois qu´il se rend à Madrid. Hier, déjà, il a déjeuné avec le Ministre espagnol de l´Industrie, M. José Montilla, il a donné une conférence de presse, discuté avec les hommes d´affaires et débattu avec l´équipe du Ministère des aspects techniques des projets de gaz et de pétrole. Le Ministre algérien de l´Energie et des Mines a accordé un entretien au quotidien EL MUNDO dans l´étage le plus distingué de l´Ambassade d´Algérie à Madrid, pour parler de politique pétrolière internationale – en sa qualité de représentant d´un Etat membre de l´OPEP – et de ses « excellentes relations » avec le Gouvernement de M. José Luis Rodriguez Zapatero.
Question : Un baril de pétrole coûte 72 dollars. Existe-t-il des facteurs objectifs justifiant une telle augmentation ?
Réponse : La croissance économique mondiale est le résultat de la demande, notamment des Etats-Unis et de la Chine. Mais il y a d´autres paramètres qui influent sur le prix. Il existe, il est vrai, beaucoup d´incertitudes autour de la situation géopolitique. Je parle de l´Irak, de l´Iran, du Nigeria, de la région du Tchad et du Soudan ou encore de la tension qui existe entre les Gouvernements américain et vénézuélien. En plus il y a des problèmes de raffinage et la Russie est en train de produire moins que ce qui est attendu. C´est tout cela qui provoque une grande inquiétude quant à la capacité des pays producteurs à maintenir leur offre. Ce sont tant d´éléments qui créent une atmosphère favorable à la spéculation.
Question : M. Ahmed Zaki Yamani (ex Ministre saoudien du pétrole) parle d´un baril à 100 dollars. Pourriez-vous avancer un pronostic ?
Réponse : Ce n´est pas une question de pronostic, c´est difficile de le faire. Par exemple, si une récession avait lieu, les prix deviendraient plus stables alors que si la croissance se maintenait au même rythme, il y aurait plus de tension sur les prix. Mais je ne crois pas que le panorama changera dans les neuf prochains mois. Le niveau de ces prix va se maintenir, pas nécessairement avec les quotas actuels, sinon à des niveaux très importants.
Question : Quelle part de responsabilité ont les pays occidentaux dans ce qui est en train de se passer ?
Réponse : je ne crois pas que l’une ou l’autre des parties soit responsables de tout ce qui se passe. Le problème sont les résultats de décisions politiques ponctuelles . par exemple, si le problème de l’Irak avait été traité d’une manière différente, nous n’aurions pas aujourd’hui le problème de l’Irak. Il se peut, quant à l’Iran, que les politiques des deux parties ne conduiront pas à une solution. Parfois, il est impossible de dire qui est le responsable ?
Question : et les entreprises ? est ce quelles investissent suffisamment ?
Réponse : elles le font lorsqu’elles savent qu´elles vont avoir un bénéfice acceptable. Durant la période 2000-2005, il n’y avait pas beaucoup d’entreprises qui croyaient que les prix allaient atteindre ce niveau. C´est pour cela, qu´elles n´ont pas beaucoup investi dans l´exploration ni dans la capacité de raffinage.
Question : Croyez vous que les gouvernements occidentaux devraient baisser les impôts sur carburants pour réduire l´impact de la crise énergétique sur les consommateurs ?
Réponse : Oui, les impôts sont le résultat de la politique entreprise en 1973 pour réduire la dépendance du pétrole. Aujourd´hui, l´objectif est atteint. La preuve en est dans le gaz, la meilleure efficience énergétique ou l´utilisation d´énergies propres. Les pays consommateurs obtiennent quatre fois plus de bénéfices que ceux de l´OPEP durant les périodes comme celle ci. En plus ils exigent des producteurs d´élever sans limite leurs capacités de production, ce qui nécessite des investissements dans des installations dont le fonctionnement sera réduit voire arrêté. C´est irrationnel. C´est pour cela qu´il faut trouver un mécanisme de paiement qui faciliterait aux producteurs le développement de leurs capacités de production.
Question : Comment sont vos relations avec le gouvernement socialiste espagnol ?
Réponse : Excellentes. Il y a interdépendance. Si l´Espagne a besoin du gaz algérien, l´Algérie a besoin de ressources financières. il y a beaucoup de sociétés espagnoles qui s´établissent en Algérie. Pour notre part, nous allons créer en Espagne la société Sonatrach de commercialisation ‘’Filiale de la Société Pétrolière Publique’’ pour commercialiser directement notre gaz en Espagne.
Juan T/ Delgado