Vendredi 30 - Samedi 31 Décembre 2005
© EL MOUDJAHID

Le ministre de l’Énergie et des Mines, M. Chakib KHELIL à El Moudjahid
2006, sera l’année des grands investissements énergétiques

 

Dans un entretien exclusif accordé à El Moudjahid, le ministre de l’Energie et des Mines, M. Chakib Khelil, s’exprime sur les résultats engrangés grâce à la politique de réformes menée par le secteur de l’énergie et des mines depuis l’avènement de la loi minière et celle portant sur les hydrocarbures au début des années 2000.

Le secteur qui a enregistré dans le sillage de la dynamique des réformes nationales, une croissance et des rendements dans ses activités, tant au plan de la mise en application des projets d’envergure nationale que du point de vue de la participation internationale dans les partenariats d’investissements importants, se place sur une bonne orbite à l’orée de ce quinquennat.

La compagnie nationale Sonatrach qui possède de grandes actions dans le monde du marché des hydrocarbures, ne cesse de multiplier ses opérations fructifiant ses investissements. Son envergure est en passe d’être rejointe par une autre entreprise gazière et électrique qui vient de réussir son processus de filialisation et donc devenir un partenaire avec lequel il faudra compter.

Le secteur des mines connaît lui aussi de grandes mutations et les petites actions de privatisations des exploitations et de recherches au sein des carrières et des mines se conjuguent au bénéfice d’un plus large développement des investissements productifs, de la valeur ajoutée et de l’emploi.

Le ministre explique en détail, les objectifs assignés aux grandes compagnies relevant du secteur, leurs perspectives sur le développement national et l’accumulation de la richesse nationale ou encore les grandes actions de partenariats qui ont été conclues.

Monsieur le ministre, quel message peut-on adresser aux Algériens, à la veille du nouvel an?

A la veille de la nouvelle année 2006, je souhaite avant toute chose, à notre Président, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, un prompt rétablissement et un bon retour au pays. J’adresse aux Algériennes et Algériens, les meilleurs vœux d’une bonne et heureuse année.

Nous pensons que les années à venir sont pleines de promesses mais ce sont aussi des années pleines de défis heureux car faites de réalisations, de travail et de rentabilisation des investissements mais aussi des sacrifices que nous avons consentis. Il n’y a aucun doute sur ces années de succès et d’espoir qui nous attendent.

Pouvez-vous Monsieur le ministre, nous parler des grandes opérations de partenariat engagées par votre secteur avec des partenaires étrangers ?

Nous avons des partenariats avec tous les pays du monde mais nos premiers grands partenaires dans le domaine des hydrocarbures, l’exploration, le transport ou dans la génération de la production électrique sont des Australiens, des Anglais et des Canadiens.

A titre d’exemple avec le partenaire canadien nous avons des accords de partenariat avec la société Charikat de Skikda pour un investissement de près de 500 millions de dollars.

Plus globalement nous pouvons dire que durant ces cinq dernières années, les investissements étrangers en Algérie s’élèvent à plus de huit milliards de dollars dans le secteur des hydrocarbures et plus de 600 millions de dollars dans le secteur autre que les hydrocarbures.

Dans le cadre du dessalement de l’eau de mer, nous avons octroyé pour plus d’un million de mètre cube par jour, ce qui vaut plus de un milliard de dollars dont la contribution du partenaire doit être aux environs de 500 à 600 millions de dollars. Ce sont des investissements étrangers directs et ce ne sont pas des financements.

Pour la première fois en Algérie, dans le secteur de l’électricité nous avons un investisseur étranger, plus précisément l’investisseur canadien le SNC Levallois qui détient 51%, chose rare dans un pays en voie de développement et dans ce genre de secteur. C’est une première car, en général, les étrangers veulent investir dans les hydrocarbures qu’il peuvent exporter et transformer en devises alors que l’électricité se vend sur le marché national et qu’on ne la transfère à l’extérieur que pour la transformer en devises. C’est quand même un grand risque qui est pris par un investisseur dans l’électricité.

Nous enregistrons pour la première fois, un partenaire américain qui a investi près de 200 millions de dollars et détient 60% du projet de dessalement de l’eau de mer au Hamma, un investissement qui a été garanti par l’OPIC, une première opération que garantit une institution américaine parmi d’autres et dans d’autres domaines d’activités dans le monde. C’est une chose inédite pour nous dans le dessalement de l’eau de mer et qui va servir à garantir probablement d’autres secteurs comme celui de l’industrie.

Considérant l’année 2006, comme celle des réformes, de la privatisation dans le cadre de la mise en application du programme complémentaire de soutien à la croissance économique, pouvez-vous nous donner une appréciation sur les résultats de la réforme engagée dans le secteur des mines?

Chacun sait que la réforme du secteur des mines a démarré en 2001 avec la nouvelle loi minière.

Mais nous sommes très avancés dans le partenariat puisque l’on enregistre un important partenariat dans le domaine de l’or qui lie des sociétés australiennes et algériennes et pour lequel la partie australienne a souscrit pour un pourcentage de 52%, accompagnant la première société privée dans le secteur des mines.

Nous observons aussi la participation majoritaire d’un partenaire australien dans le projet de la mine de zinc et de plomb, d’un partenaire libanais qui va développer un nouveau gisement d’or, alors que les appels d’offres que nous avons lancés pour la première fois pour le projet de Gara Djebilet intéressent plusieurs grandes sociétés d’investisseurs.

Gara Djebilet est appelée à connaître dans les cinq prochaines années, un grand développement de partenariat et d’investissement étranger dans les mines de fer.

Concernant ce secteur, se sont surtout des opérations développées dans les petites mines et les carrières pour lesquels des appels d’offres faits tous les trois mois à propos d’une cinquantaine de carrières ayant rapporté en tout une cinquantaine de millions de dollars.

C’est la première fois que nous avons pu développer des partenariats dans le secteur des mines.

Dans le secteur de l’électricité, nous possédons déjà des partenaires et Sonelgaz, elle-même, a investi avec Sonatrach et d’autres investisseurs étrangers. Ce sont des gros investissements dans le domaine du transport et d’autres créneaux.

Peut-on avoir une idée sur les grandes tendances en matière de développement des hydrocarbures?

Dans le domaine des hydrocarbures, l’investissement dans les cinq prochaines années atteindra 33 milliards de dollars dont probablement huit milliards de dollars d’investissements directs étrangers, ces investissements vont inclure pour la première fois une dizaine d’unités pétrochimiques, grâce à la loi sur les hydrocarbures et surtout le prix de cession du gaz qui va permettre la consolidation des paiements des impôts et encourager le développement.

Nous enregistrons d’ores et déjà des appels d’offres pour une dizaine d’unités pétrochimiques qui seront octroyées dans les six prochains mois. Comptons aussi pour la première fois une unité de GTL de gaz, c’est-à-dire, la transformation du gaz en essence et en naftal directement avec des partenaires étrangers.

Nous pouvons également noter la réalisation en cours, d’un projet intégré de GNL à Arzew, avec un investisseur étranger et c’est l’ABSOR qui a gagné ce projet de trois milliards de dollars. En plus des nombreux partenariats dans le transport par bateaux avec des partenaires japonais et autres, nous avons investi dans les bouées off shorts qui sont opérationnelles dont cinq sont déjà prêtes et qui vont nous permettre d’exporter en Chine et de charger de grands bateaux réduisant de ce fait les grands coûts.

De grands projets vont être mis en chantiers comme les gazoducs avec l’Espagne dont le Medgaz est en cours de réalisation, quant au lancement du projet Galsi, la décision sera prise l’an prochain.

Il y a aussi les projets d’interconnexion électrique entre l’Espagne, l’Italie et l’Algérie sans oublier de grands projets d’interconnexion entre le Nigeria et notre pays dont la réalisation débutera à la fin des études et les résultats seront remis au cours du premier trimestre de la nouvelle année.

De son côté la compagnie Sonatrach est très active en coopération internationale comme vous le savez, non seulement au Pérou mais en Libye où l’on a gagné un bloc, au Niger où on a gagné trois blocs et des négociations sont en cours d’exploration avec le Mali, en Mauritanie, etc. Ce travail sera fait évidemment avec d’autres partenaires étrangers, des Chinois, des Américains, des Malais, des partenaires avec qui nous collaborons.

Propos recueillis par Houria Akram

 

  La dynamique des réformes

Le ministre de l’Energie et des Mines, M. Chakib Khelil, confirme à l’entretien accordé à notre publication, le caractère de locomotive que continuera à tenir le secteur, dont il a la charge, dans le cadre de l’économie nationale. Dans la perspective quinquennale qui est tracée aujourd’hui à la politique de développement, ce sont pas moins de 33 milliards de dollars qui seront consentis en investissements pour le secteur de l’énergie, et huit milliards de dollars escomptés en investissements directs extérieurs. Le ministre ne manque pas, à travers l’entretien, de noter les effets bénéfiques attendus de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, une loi de son temps et qui s’inscrit dans le processus de libéralisation économique tout en ayant de bonnes retombées en matière d’investissements extérieurs.

Il faut savoir que le secteur fait l’objet, sur le plan international, d’une concurrence féroce qui oblige notre pays à adapter sa stratégie d’approche du marché et les objectifs qu’il souhaite voir atteints. La loi sur les hydrocarbures est vu ainsi comme un levier important tant en matière d’ouverture à l’investissement extérieur que de promotions de Sonatrach au rang qui doit être le sien dans le contexte de concurrence que l’on sait.

La loi lui en donne aujourd’hui les instruments juridiques.

Elle devrait à la faveur de ce texte gagner quelques parts de marché supplémentaires, elle qui est déjà présente sur certains marchés latino-américains, africains comme européenne, à travers des investissements lourds.

C’est aussi le secteur minier qui bénéficie du contexte de libéralisation que connaît le secteur. Quasiment à l’arrêt, il y a moins d’une décennie, le secteur minier a été mis en état de tracer en termes d’investissement des perspectives favorables.

Aujourd’hui, le secteur intéresse les étrangers avec à la carte des engagements relativement importants comme le souligne le ministre.

Australiens, Sud-Africains, Libanais sont sur les rang avec un méga projet celui de Gara Djebilet qui intéresse plusieurs grands investisseurs dans le minerai de fer.

Tahar Mohamed Al Anouar