Interview avec M. Ali HACHED
Vice-Président Activité Commercialisation / Sonatrach

Algerie 2002
Pétrole et Techniques, N°440, Sept. Oct. 2002.
réalisé par Focus Limited.

 

Qui s'occupera de la commercialisation du gaz dans le futur?

Nous avions expérimenté une nouvelle procédure avec BP dans le cadre du projet

d'In Salah, mais les difficultés liées à la clause de destination en Europe nous ont contraint de reprendre la commercialisation. A l'avenir, j'espère que ces contraintes seront levées, mais en attendant, c'est Sonatrach qui continue à commercialiser. Cette situation est due au fait que les marchés sont encore cloisonnés et que la concurrence directe gaz-gaz algérien qui pourrait s'en suivre est assez sensible et contre-productive. Nous n'avons donc aucun intérêt à motiver une telle compétition. La concurrence entre le gaz algérien et le gaz russe ou norvégien est tout à fait naturel, mais la compétition interne entre le gaz algérien n'est pas logique.

Comment vous préparez-vous à l'ouverture du marché européen de la distribution de gaz ?

On nous promet un marché ouvert, transparent et compétitif. Pour l'instant, le marché n'est pas très ouvert. Pour ce qui est de la transparence, elle n'est pas totale puisque nous ne parvenons pas à connaître l'ensemble des transactions gazières et des contrats réalisés dans ce domaine. De plus, les barrières à l'entrée sont tellement importantes qu'il nous est pour le moment impossible de pénétrer le marché de la distribution du gaz.

Quels sont les problèmes que vous pose la Directive de la Commission Européenne ?

Je vous défie de nous dire à quel moment Sonatrach a été défaillante. Hormis cas de cause majeure -le mauvais temps par exemple- nous n'avons jamais rompu nos livraisons. Il existe une réelle sécurité d'approvisionnement. Cette sécurité a un prix. Il faut investir et même surinvestir, la contre-partie était d'avoir des contrats take or pay à long terme. Et cela garantit également les investissements à long terme de nos clients. Après la crise énergétique Californienne, la Commission qui voulait supprimer ces contrats à long terme, a fait preuve de flexibilité.

La Commission propose également de supprimer la clause de destination, ce qui permettrait au gaz d'être vendu partout sans que les producteurs ne sachent où il est consommé, qui fait de la marge et sur quel produit. Une telle situation nuit à nos clients qui ont investi massivement, et nous nuit également parce qu'elle crée une tension concurrentielle inutile au cours de laquelle personne n'est véritablement gagnant sauf les traders.

Nous ne voulons empêcher personne de revendre notre gaz, c'est la liberté de commerce. Soit-on nous laisse la liberté de vendre cette énergie directement au consommateur. Soit, le bénéfice doit être divisé entre le revendeur et nous-même, ce qui, selon la Commission, serait anticoncurrentiel.

On ne peut pas transposer le modèle pétrolier, d'abord parce que les investissements dans l'exploitation des champs gaziers sont bien supérieurs, mais aussi parce que nous ne sommes pas favorables aux transferts de rentes à l'avantage des traders.

Nous cherchons à atteindre un marché réellement ouvert et compétitif : le vrai prix aux consommateurs. Mais cela est loin d'être le cas et c'est la raison pour laquelle nous ne sommes pas d'accord avec la Commission. Soit elle ouvre le marché comme aux Etats-Unis et nous laisse vendre le gaz aux consommateurs. Soit elle respecte les clauses de destination et de contrat à long terme. Soit elle révise la clause de destination et dans ce cas les intermédiaires devront nous informer et partager avec nous l'ensemble les bénéfices. Gazprom et Statoil sont entièrement d'accord sur ce point.