Interview
avec S.E. Dr Chakib KHELIL
Ministre de l'énergie et des mines, PDG de la Sonatrach.
Algerie 2002
Pétrole et Techniques, N°440, Sept. Oct. 2002.
réalisé par Focus Limited.
Quels sont les domaines de diversification que vous explorez ?
Les mines devraient prendre plus d'ampleur en terme d'investissement et d'emplois. Tous les trois mois nous octroyons une quarantaine de permis de petites et moyennes mines, dans le marbre, les agrégats, le kaolin, les briqueteries ou les cimenteries. Beaucoup d'efforts ont été faits en ce domaine. Il y a les grands appels d'offres pour l'or dans la région de Kiririne, ou pour le zinc et le plomb à Oued Amizour. Nous avons déjà reçu des offres. L'Enor, dont Sonatrach détient 30% du capital, et qui produit 50 kg d'or par mois, recherche des partenaires.
Autre secteur de diversification : l'électricité. Au lieu d'exporter simplement du gaz, l'Algérie devient un exportateur d'électricité. Nous exportions à travers le Maroc ou la Tunisie, mais nous avons mis en appel d'offres un grand projet de 2000 Mégawatts, pour lequel nous avons reçu des offres de quatre grands groupes internationaux. 1200 de ces 2000 mégawatts sont prévus pour l'exportation vers l'Espagne et 800 mégawatts pour le marché national.
Associés à ce projet, nous avons des projets de câbles sous-marins et de gazoducs vers l'Espagne et la Sardaigne.
Quel est l'état d'avancement de ces projets ?
En ce qui concerne les projets vers l'Espagne, les études pour le gazoduc sont en cours dans le cadre d'un consortium et, pour le câble sous-marin, les études sont presque terminées dans le cadre d'un partenariat entre Red Electrica (Espagne) et la nouvelle société que nous avons créée: AEC (Algerian Energy Company).
Pour le projet de câble électrique vers la Sardaigne, l'étude est en cours entre GRTN (It.) et AEC.
Pour le gazoduc, un consortium se met en place entre Sonatrach, Wintershall (al.), et Enelpower (It.). Nous avons également un projet de fibre optique en parallèle de ces projets de gazoducs et de câbles sous-marins, pour relier l'Europe et l'Algérie.
Enfin, nous avons un grand projet de gazoduc d'interconnexion entre le Nigeria et l'Algérie. Cela permettra d'éviter le torchage actuel du gaz au Nigeria qui correspond à l'équivalent de notre consommation en produits pétroliers, soit 250000 b/j. Le but est de récupérer ce gaz, d'éviter l'impact négatif sur l'environnement, de procurer des revenus au Nigeria et d'assurer l'approvisionnement à long terme de l'Europe.
Nous avons formé une compagnie mixte entre Sonatrach et NNPC (Nigeria), et les études de faisabilité sont en cours. Beaucoup de compagnies européennes ont communiqué leur intérêt pour ce nouveau consortium. Ce projet devrait permettre d'interconnecter l'Afrique et l'Europe via l'Algérie.
L'Europe y trouvera une nouvelle source fiable d'alimentation à long terme et profitera des réserves de l'Algérie, du Nigeria et d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest. Ce projet géostratégique va créer beaucoup d'emplois et ouvrira une région isolée et enclavée de l'Afrique à l'exploration et au développement et fournira, enfin, une source nouvelle et fiable d'approvisionnement d'énergie pour l'Europe.
Nous avons également, avec l'AEC, des projets de dessalement d'eau de mer. Nous avons démarré, fin mai 2002, les travaux d'une usine de dessalement d'eau de mer associée à la production d'électricité à Arzew. Cette unité est construite en partenariat avec Black and Veach (US), Sogex (Oman) et Itoshu (Jap.), et produira 90.000m3/jour d'eau pour le complexe industriel d'Arzew et pour la grande ville d'Oran, parallèlement à la production de 300 mégawatts d'électricité.
Aussi AEC a déjà lancé un appel d'offres, -l'ouverture des plis était prévue pour fin juin 2002- pour la construction d'une deuxième unité de dessalement d'eau de mer, à Alger, d'une capacité de 200.000m3 jour, ce qui représente le tiers de la consommation de la ville d'Alger, dont nous espérons, ainsi, réduire les problèmes d'eau. L'idée étant d'approvisionner les grands centres urbains en eau dessalée, et de réserver les eaux traitées et les eaux de barrage pour l'irrigation, l'agriculture et l'usage industriel. Ce projet sera associé à la centrale électrique de Hamma, d'une capacité de 420 MW, inaugurée fin mai 2002 par Monsieur le Président de la République.
Quels grands changements organisationnels ont étés mis en place au sein de Sonatrach ?
L'année dernière nous avons mis en place la macrostructure, et cette année nous nous penchons sur la microstructure. Cette dernière a été approuvée par le comité exécutif et a été soumise aux cadres pour être mise en place en juin 2002. Le travail a commencé en juin 2001 avec un premier brainstorming suivi depuis de 32 réunions de travail. C'est vous dire que nous avons regardé à la loupe tous les domaines, depuis la gestion de carrière, les problèmes de formation, les rémunérations, les approvisionnements, jusqu'aux archives
Tout ce qui devait être analysé de façon consultative et participative l'a été. De tous ces brainstorming nous avons déduit des recommandations et des plans d'action qu'un comité directeur, constitué par les vice-présidents, pilote.
Nous avons privilégié une organisation matricielle de la macrostructure, avec quatre grandes divisions opérationnelles qui sont les piliers de l'activité de la Sonatrach : les activités d'Exploration et de Production, les activités de Transport par Canalisation, les activités de Raffinage, de Liquéfaction et de Transformation et les activités de Commercialisation.
Ces quatre pôles sont appuyés par les activités fonctionnelles telles que les ressources humaines, les finances, la planification, le juridique Nous avons également mis en place une nouvelle direction HSE (Health, Safety, Environment).
La Direction Générale définit la politique, la stratégie et supervise leur mise en place. C'est à chaque division opérationnelle de gérer, pour chacune de ses branches, ses activités fonctionnelles, dans le respect de la stratégie globale définit par la direction générale, et la stratégie fonctionnelle définie par chaque activité fonctionnelle en harmonie avec la stratégie globale.
Cette organisation est focalisée sur la création de richesses par les activités Exploration et Production, Transport, Transformation et Liquéfaction, et Commercialisation. Notre but est de maximiser nos profits. Ce système s'applique aussi aux filiales qui dépendent des branches opérationnelles, leur politique devant cadrer avec celle définie par le groupe.
Selon ce principe, Sonatrach Holding International Corporation, le bras international de Sonatrach, gère le portefeuille financier du groupe à l'étranger. Ce sont les Divisions opérationnelles du siège qui s'occupent directement des activités opérationnelles internationales : par exemple, les activités au Yémen dépendent de la branche Exploration et Production où les activités de Sonatrading à Londres relèvent de la Division Commerciale.
Au sein de chaque division, nous avons mis en place des unités de "Business Development" pour les activités internationales du groupe. Ces unités identifient les opportunités, les développent et suivent leur réalisation. Par exemple, notre projet de Tarragone en Espagne, pour la réalisation d'une usine de Propylène avec BASF, qui devrait être terminé en juin 2002, dépend du groupe Business Development de la Branche LTH (Liquéfaction et Transformation des Hydrocarbures). C'est elle qui suit la réalisation. Et c'est elle qui en deviendra responsable après sa finalisation. Un autre exemple : notre activité au Pérou dépend fondamentalement du groupe Business Development de la Division Transport.
Quelles sont les régions identifiées pour le développement international de Sonatrach ?
Ce sont d'abord les régions qui entourent l'Algérie, et qui ont une géologie comparable à la nôtre, pour ce qui tient de l'exploration. Ensuite il y a les marchés les plus importants dans l'avenir : les USA et la Chine. Nous voulons une partie de ces marchés. C'est le sens de notre présence au Pérou ; nous voulons y être partie prenante dans les opérations de liquéfaction vers le marché américain.
En ce qui concerne le marché chinois, nous n'avons encore rien initié pour le moment, mais c'est une question sur laquelle nous nous penchons. En ce qui concerne le marché européen, nous y sommes assez présents et très compétitifs, mais nous souhaitons nous diversifier. C'est pour cela que nous attendons avec intérêt l'ouverture de l'aval en Europe.
Enfin, nous regardons avec beaucoup d'attention le marché sud-africain.
Nous ne réinventerons pas la roue. Nous avons de l'expertise dans certains domaines, un capital de ressources humaines, un capital financier et des connaissances techniques. Nous souhaitons utiliser nos avantages comparatifs dans le domaine des hydrocarbures, mais aussi dans les activités où nous avons acquis des compétences.