" L'OPEP est obligée de réduire sa production "
Interview accordée par M. Chakib KHELIL,
Ministre de l'Energie et des Mines,
à M. Femando MARTINEZ, journaliste de
" Cinco Dias ",
paru le 1er Décembre 2003
Chakib KHELIL, Ministre algérien de l'Energie. Ingénieur formé aux Etats-Unis, Khelil a été un haut fonctionnaire de la Banque Mondiale entre 1980 et 1999, année où il est revenu un Algérie pour prendre en charge le Ministère de l'Energie.
Le plus haut responsable de la politique énergétique de l'Algérie, le ministre Chakib KHELIL, prédit une forte baisse de la demande mondiale en pétrole, à partir du second trimestre 2004, ce qui obligera l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) à réduire leur offre en hydrocarbure. C'est avec cette proposition qu'il se présentera à la réunion de l'Organisation, prévue pour ce jeudi à Vienne, Ferme partisan de la privatisation, Khelil compte sur le concours des entreprises espagnoles dans le processus d'appel d'offres de 12 blocs d'exploration et de production qui débutera samedi prochain.
Vu les conditions actuelles du marché mondial du pétrole, croyez-vous que c'est le moment de faire pression pour une nouvelle réduction de la production, durant la prochaine réunion de l'OPEP ?
Le second trimestre de l'année connaîtra une baisse de 2 millions de barils/jour en ce qui concerne la demande en pétrole. Si l'Organisation ne change pas de position en décembre, les prix baisseront.
A combien de barils pourrait arriver cette baisse de cotisation ?
S'il se produit une situation de suroffre, les prix pourront baisser pour se situer entre 10 et 20 dollars le baril. C'est pour cette raison que nous ne pouvons pas augmenter la production maintenant. Comme l'expérience nous l'a déjà enseigné en 1986 et en 1999, une fois que les prix ont baissé, il est difficile qu'ils montent de nouveau.
Comptez-vous demander la collaboration des producteurs non OPEP ?
Nous demandons toujours la collaboration des pays comme la Russie, le Mexique, l'Angola, la Norvège... Il y a toujours des pays qui profitent des bons prix au dépens d'autres pays qui perdent une partie de leur marché. Ce n'est ni juste ni équitable, nous devons tous participer pour maintenir le marché. C'est pour cela que, cette fois-ci, nous espérons avoir la collaboration des pays non OPEP, car nous nous trouvons, aujourd'hui même, dans une situation similaire à celle de novembre 2001,
Votre position est radicalement opposée à celle de l'Agence Internationale de l'Energie?
L'Agence a publié, à plusieurs reprises, des chiffres incorrects, elle a un problème de crédibilité. Eux ne voient pas d'un bon oeil les prix actuels du pétrole, mais c'est que la croissance actuelle ne dépend pas de nous. Les stocks de pétrole se situent à un niveau acceptable, Il est vrai qu'ils étaient bas pendant une partie de l'année, mais cela fait déjà quelques mois qu'ils ont augmenté. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de raison propre de l'offre qui explique le prix actuel.
Quels sont les principaux objectifs de l'Algérie en termes de productions et d'exportation de l'énergie ?
Nous souhaitons atteindre un volume de production de pétrole de 1,5 million de barils/jour en 2005 [elle est actuellement 1,17 million de barils/jour] et que d'ici-là le 50% de l'extraction se fasse par le secteur privé, En matière de gaz naturel, notre objectif est de parvenir, en 2010, à un volume annuel d'exportation de 80 milliards de mètres cubes, dans le but que l'Espagne et l'Italie soient nos principaux clients.
Comment allez-vous procéder, à court terme, en matière de privatisation ?
Nous allons lancer, à partir du 6 décembre, le processus d'offres d'appels public pour un ensemble de 12 blocs d'exploration et de production, En principe l'appel d'offres aura une durée de trois ans, mais cet aspect est flexible. De toute manière, les blocs proposés ne concernent pas exclusivement le pétrole ou le gaz, mais cela dépendra de ce que trouveront les compagnies sélectionnées elles-mêmes, Cela nous intéresse que les entreprises privées restent dans le pays. C'est pour cette même raison que des négociations seront ouvertes pour prolonger la période des appels d'offres au-delà des trois années Prévues.
Quels sont les objectifs de perception qui ont été fixée dans les appels d'offres ?
Nous sommes à l'écoute des offres que nous feront les entreprises. Mais pour que vous ayez une idée de ce que nous sommes prêts à accepter, je vous dirai que, jusqu'à présent, nous avons signé 30 contrats d'exploration et de production pour une valeur totale d'un milliard de dollars. Nos aspirons, donc, à percevoir entre 30 et 50 millions de dollars pour chaque bloc.
Ces processus ont-ils le soutien de la société algérienne ?
La société est consciente qu'il est absurde de garder le contrôle dans des secteurs où nous ne disposons ni de la technologie ni de l'expérience nécessaire.