N°2975 de Marché Tropicaux et Méditerranéens, 15 Novembre 2002
Le secteur des hydrocarbures est incontournable dans le paysage économique algérien. Il continue de peser lourdement sur les finances publiques. Le gouvernement cherche aujourd'hui à en tirer le meilleur parti en favorisant l'apport des capitaux privés par d'importantes réformes. Les acteurs internationaux y multiplient leurs interventions depuis quelques années, alléchés par le potentiel d'un pays si proche du grand marché européen.
LAlgérie a touché le pactole le jour où la France impériale décida de lui rattacher la plus grande partie du Sahara. Ce qui n'aurait pu se révéler être qu'une gigantesque étendue stérile, se trouve en fait receler quelques uns des plus fabuleux gisements de pétrole et de gaz de la planète. En 2001, le secteur des hydrocarbures a contribué pour près de 30% à la formation du PIB, alors que la fiscalité pétrolière a représenté 61% des recettes engrangées par l'Etat et que les exportations d'hydrocarbures (gaz et pétrole) ont pesé pour 97% des volumes exportés tout secteur confondu.
La santé économique de l'Algérie, depuis lindépendance est donc très fortement liée aux aléas de marché de ce secteur ultra sensible, dont le poids, à travers ses productions de pétrole brut, gaz naturel et gaz liquéfié, semble même s'être amplifié au fil des dernières décennies (en 1987 les hydrocarbures ne constituaient que 15% du PIB), renforçant l'allure mono-productrice de l'économie algérienne. De nombreux observateurs doutent aujourd'hui de la réelle capacité des Algériens à sortir d'une telle dépendance vis-à-vis des hydrocarbures.
Il n'y a de toute façon pas d'urgence au vu
des importantes réserves contenues dans le sous-sol algérien. Celles-ci sont estimées
à plus de 11 milliards de barils rien que pour le pétrole (1% des réserves mondiales),
alors que les réserves de gaz continuent encore d'augmenter au fur et à mesure des
découvertes réalisées (elles sont actuellement estimées à 4 500 milliards de m3,
Soit un peu moins de 3% des réserves mondiales) ; les experts estiment que le pays
pourrait encore enfermer près de 1 000 milliards de m3 de gaz
supplémentaires.
Plus de 200 gisements
Le domaine minier algérien couvre une superficie de plus de 1,5 million de km3. Il est essentiellement concentré dans quatre provinces au potentiel plus ou moins développé et appréhendé. Le Sahara-Est concentre de nombreux gisements connus d'huile et de gaz et semble encore receler un important potentiel de découvertes. Le Sahara Central est essentiellement une zone gazéifier, autour de gisements plus ou moins étendus; de récentes découvertes permettent d'espérer de nouveaux développements pétroliers sur la zone. Le Sahara-Ouest concentre d'importantes ressources gazières et son potentiel reste encore largement inconnu. Enfin, dans le Nord du pays, quelques découvertes de pétrole et de gaz ont déjà été réalisées, mais là encore, les réserves en hydrocarbures de cette région sont loin d'être complètement révélées du fait d'une généalogie complexe.
La quasi-totalité des réserves mises à jour se situe dans la partie Est du pays, notamment dans les provinces de Oued Mya et de Hassi Messaoud, où sont exploités les deux méga-gisements de Hassi RMel (gaz) et Hassi Messaoud (pétrole), qui représentent 67% des réserves établies. Le bassin d'Illizi complète le tiercé en regroupant 14% des volumes en place. L'ensemble des réserves est enfermé dans plus de 200 gisements de pétrole et de gaz.
Avec ses réserves prouvées, l'Algérie occupe le douzième rang mondial des pays producteurs de pétrole et la troisième place africaine derrière la Libye et le Nigeria. La production d'hydrocarbures n'a cessé de croître ces dernières années, pour atteindre un volume de 202 Mtep en 2001, contre 188,5 Mtep deux années plus tôt. Les observateurs avancent même le chiffre de production de 250 Mtep pour 2004. Avec l'entrée en production d'importants gisements ces dernières années, le secteur a accumulé les records année après année. En volume, la croissance du secteur était de 6,4% en 1997, 4% en 1998, 6, 1% en 1999 et 4,7% en 2000.
Projet de loi sur l'aval
Seule l'année 2001 a enregistré un indice de production en régression de 2,8% par rapport à 2000, suite essentiellement à la réduction des quotas OPEP. Mais les premiers indicateurs de l'année 2002 annoncent un retour à la hausse de 1,3% de cet indice suite à une nouvelle augmentation de la production, après la stagnation de l'année passée. Concernant le pétrole, le pays a produit 830 000 barils/jours en 2000, 810 000 barils/jours en 2001, puis 1,12 million barils/jours durant les premiers mois de cette année. Cette croissance ne va sans poser certains problèmes au sein même de l'OPEP puisque le cartel impose actuellement un quota de 693 000 barils/jours, allègrement dépassé donc malgré les dénégations du ministre des Hydrocarbures algérien (et ancien président de l'OPEP), Chakib Khelil. Ce dernier, parti à Osaka participé à une réunion du cartel en septembre dernier pour demander officiellement un relèvement du quota algérien à 1,1 million barils/jours, a essuyé un très net refus de la part de ses partenaires, fragilisant encore la position pétrolière d'une Algérie indisciplinée.
Pourtant, le pays ne semble pas disposé à revoir sa position, souhaitant profiter au maximum de sa manne pétrolière et gazière. Les exportations d'hydrocarbures ont rapporté $ 21 milliards en 2000 dans une conjoncture pétrolière plutôt favorable et encore $ 18,3 milliards l'année suivante suite au recul des cours enregistré durant le deuxième semestre.
lEtat s'appuie d'ailleurs déjà sur son trésor géologique pour remporter le pari de la croissance économique et entend bien continuer pour atteindre, à plus ou moins court terme, un taux suffisant devant lui permettre enfin de calmer la pression sociale exercée par un chômage intolérable sur une population qui a vu ses conditions de vie se dégrader aux cours des deux dernières décennies.
Le schéma est simple. Il vise essentiellement à optimiser les ressources naturelles, et en premier lieu les hydrocarbures, en s'appuyant sur l'investissement étranger qui, grâce au processus de libéralisation économique, aura la possibilité de prendre pied directement dans le développement des secteurs concernés. C'est l'objet du projet de loi actuellement en discussion et qui porte sur une ouverture des secteurs de l'aval pétrolier et gazier (raffinage, pétrochimie et distribution). Il viendra compléter les textes de 1986 sur la libéralisation de l'amont pétrolier et de 1991 sur l'amont gazier.
Lévolution du secteur se situe donc
dans un contexte de profonde réforme qui vise à soutenir la libéralisation de
l'activité économique, avec la mise en place des instruments institutionnels et
réglementaires nécessaires. Une loi minière a été promulguée en 2000, suivie
un an plus tard d'une loi sur l'électricité et depuis le début de l'année, un projet
de loi sur les hydrocarbures est en cours de définition. .
Evolution de la consommation dhydrocarbures en Algérie (milliers de tonnes)
1998 |
1985 |
1990 |
1995 |
2000 |
2001 |
|
GPL |
750 |
1620 |
1800 |
1700 |
1400 |
1443 |
Carburants |
4200 |
5900 |
6400 |
5800 |
6400 |
6620 |
Lubrifiants |
120 |
150 |
140 |
110 |
100 |
100 |
Bitumes |
180 |
400 |
330 |
260 |
260 |
303 |
Source : Sonatrach
Réforme du cadre réglementaire
Parmi les grandes révolutions proposées par ce texte, il est prévu que la Sonatrach, compagnie pétrolière publique et fleuron de l'économie algérienne, perde ses monopoles dans le domaine de l'exploration-production aujourd'hui encore restreint par la loi en vigueur à la règle du 51/49 en matière de partenariat. Lopérateur est également dépouillé de son rôle de gestionnaire du domaine minier national qu'il exerce pour le compte de l'Etat et qui sera affecté à une nouvelle structure. Celle-ci devrait voir le jour sous la forme de deux agences placées sous la tutelle du ministère de l'Energie et des Mines. Le premier organisme, baptisé Alnaft (pétrole en arabe) sera chargé de la promotion et de la gestion des ressources minières, alors que la seconde agence exercera un rôle de contrôle et de régulation des activités liées au secteur des hydrocarbures. Ces deux organismes devraient être financièrement indépendants de l'Etat puisque leurs revenus proviendront directement de la fiscalité pétrolière.
Le projet de loi prévoit également la libéralisation des prix, des marges de raffinages et de la distribution des produits pétroliers. La construction et l'exploitation des canalisations de transports des huiles et gaz jusqu'alors réservées à la seule Sonatrach, ainsi que les installations de stockage des produits pétroliers, seront également ouverts à l'investissement privé. Avec ces différentes mesures, les pouvoirs publics algériens cherchent surtout à intensifier l'exploration du sous-sol et à valoriser toujours plus le potentiel algérien en matière de gisements pétrolifères et gaziers. Cette stratégie permettra d'augmenter les réserves ainsi que les volumes de production et donc, par voie de conséquence, les revenus de l'Etat. Ce dernier en multipliant ses recettes aura alors la possibilité de financer le développement social du pays. Pourtant, secteur sensible oblige, le projet de loi est très controversé en Algérie et il suscite beaucoup de méfiance de la part des syndicats pétroliers pour qui le texte actuel fait la part belle aux compagnies étrangères. Ils ont même entamé un véritable bras de fer avec le ministre des Hydrocarbures et promoteur du texte, Chakib Khelil, menaçant de bloquer une loi qui "brade le secteur des hydrocarbures". Le gouvernement attend néanmoins une adoption avant la fin de cette année.
Ouverture aux compagnies étrangères
Lannée 2001 a été jalonnée par la signature de nombreux contrats dans les domaines de la recherche, de l'exploration et de l'exploitation avec des compagnies étrangères. Dix appels d'offres ont été lancés en 2001, qui ont abouti à dix accords contractuels avec des géants internationaux comme TotalFinaElf (France), Repsol (Espagne), Petronas (Malaisie), First Calgary Petroleum (Canada) ou Anadarko (USA). Dix autres blocs ont fait l'objet d'appels d'offres début 2002, concernant une superficie de plus de 66 000 km2. Cette mise en valeur par appel d'offres est une première en Algérie, un pays qui constitue aujourd'hui aux yeux des majors compagnies un des pays les plus attractifs de la planète hydrocarbures, avec son potentiel mirobolant situé aux portes de l'Europe. Plus de 30 opérateurs étrangers interviennent aujourd'hui en Algérie, dans les domaines de l'exploration et du développement, en partenariat avec Sonatrach. Leur part de production s'est élevée à 17% en 2001 (25% sur le pétrole brut) et à 19% pour le premier semestre 2002 (32% dans le cas du pétrole brut).
Pour le pays, le coup est double, puisqu'il permet d'augmenter les réserves découvertes (3 nouvelles découvertes depuis le début de l'année), mais surtout de soutenir l'investissement sur un secteur très demandeur en profitant de l'apport technologique de ces sociétés en matière de recherche et d'exploitation. Les différents contrats passés en 2001 portent par exemple sur une somme globale investie de $ 200 millions concernant cinq gisements. Larrivée de ces opérateurs mondiaux sur un marché algérien ouvert permet également au gouvernement d'engranger d'importants montants au travers des divers taxes qu'il perçoit - environ $ 12 milliards pour l'année 2001 - contribuant à la diversification des recettes nationales. la démonopolisation du secteur énergétique algérien et l'arrivée de cette concurrence font néanmoins craindre à certains responsables algériens une perte de maîtrise, aussi bien tarifaire que technologique, plutôt inquiétante dans le contexte d'incertitude qui caractérise l'économie pétrolière mondiale ces derniers mois,
De son côté, Sonatrach, débarrassée de certaines prérogatives redistribuées à la puissance publique dans le cadre de la nouvelle loi à venir, se concentre désormais davantage sur les activités plus lucratives de l'exploration, de la production, du transport et de la commercialisation des hydrocarbures, en Algérie mais également à l'international. En passe de devenir une compagnie pétrolière comme les autres sur un marché algérien soumis à appels d'offres, la société nationale conserve néanmoins un solide atout dans sa manche, au nom de la collectivité nationale. En effet, l'article 45 du projet de loi stipule que chaque contrat de recherche et d'exploitation signé contiendra une clause qui ouvrira à Sonatrach, quand elle nest pas contractante, une option de participation à l'exploitation pouvant atteindre 30% sans jamais être inférieure à 20%. Elle aura le choix d'exercer ou non cette option. Dans le cas où elle est exercée, la compagnie prendra alors en charge, au prorata de sa participation, tous les coûts d'investissements et d'exploration relatifs au plan de développement approuvé par la future Allant.
Production dhydrocarbure en (millions de tonnes équivalent pétrole)
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
|
Pétrole brut et condensât |
56,8 |
58,1 |
60,5 |
59 |
Gaz Naturel |
119 |
121,7 |
131,8 |
133,2 |
GPL |
7,5 |
8,6 |
9,7 |
9,9 |
Total |
183,3 |
188,4 |
202 |
202,1 |
Source :Sonatrach
Sonatrach exporte ses savoir-faire
La Sonatrach, société nationale dont le PDG est également le ministre des Hydrocarbures, a été crée en 1963 et a repris tous les actifs du secteur des hydrocarbures algériens au lendemain de la nationalisation de 1971. Société par action (SPA) propriété de l'Etat, elle compte aujourd'hui une dizaine de filiales présentes dans des différentes activités du secteur et dont l'ensemble regroupe environ 120 000 salariés.
Ces dernières années son chiffre d'affaires moyen a été $ 20 milliards ce qui en fait la première entreprise africaine, tout secteur confondu. Classée douzième compagnie mondiale (1ère compagnie productrice du bassin méditerranéen), Sonatrach est également le deuxième producteur de la planète de GNL et de GPL (gaz de pétrole liquéfié) et le troisième exportateur au monde de gaz naturel. Elle a encaissé un bénéfice net de $ 2,2 milliards en 2001, dont $100 millions sont générés par les activités extérieures à l'Algérie.
La compagnie, forte de son savoir-faire en matière de gaz et de GNL, a en effet depuis quelques années porté son regard vers d'autres marchés et d'autres continent par l'intermédiaire de sa holding Sonatrach International Holding Corporation (SIHC), créée en 1999. Elle exerce aujourd'hui ses talents sur les secteurs amont et aval, gazier et pétrolier. En septembre 1999, en association avec l'italien Agip, elle a passé un contrat portant sur l'exploration de deux blocs pétroliers au Yémen. Elle est en train de terminer les premiers forages sur le Bloc 3 «Gardan" et de réaliser les essais sismiques sur le Bloc 2 "Alm Bar". Elle a remporté deux contrats en Espagne portant sur l'aval gazier, avec la construction d'une unité de propylène à Tarragone, au sud de Barcelone et la réalisation d'un terminal portuaire de GNL à Mugardos, dans la région de la Galice au nord-ouest du pays. Le premier projet d'un coût global de $ 215 millions pour une production annuelle de 350 000 t, est aujourd'hui achevé et la production de propylène ainsi que les premières livraisons de propane algérien, ont commencé depuis quelques semaines. Le second porte sur la construction et l'exploitation d'un terminal de stockage et de regazification de GNI, connecté par un système de transport du gaz. Sonatrach est présente depuis 2001 à hauteur de 10% dans la société Reganosa qui gérera ce terminal dont les travaux ont commencé au premier semestre 2002.
Cest encore dans le domaine du transport des hydrocarbures par canalisation que Sonatrach est la plus sollicitée Forte d'un savoir-faire reconnu puisqu'elle gère en Algérie un vaste réseau de pipe-line de 14 500 km (composé de 11 gazoducs et de 14 oléoducs), sillonnant le pays et qui a transporté durant l'année passée près de 200 Mtep, la compagnie algérienne est présente sur plusieurs projets de ce type à travers le monde. C'est le cas au Pérou où la compagnie a acquis une participation de 11% dans le consortium soumissionnaire du projet "Camisea" du nom d'un gisement de gaz localisé dans le bassin de Ucayali situé à 500 km à l'est de Lima. Le projet porte sur la construction et l'exploitation sur 33 ans, de deux canalisations d'une longueur de 540 km et 714 km, destinées respectivement pour les liquides et le gaz. Les investissements s'élèvent à $ 100 millions pour la seule Sonatrach.
Enfin, l'Algérie a également signé en janvier dernier un protocole d'accord avec la NNPC (National Nigerian Petroleum Corporation) en vue de lancer des études de faisabilité d'un gazoduc devant relier sur 3 750 km les deux pays à travers le Sahara. Le montant de ce projet pourrait se chiffrer à près de $ 5 milliards. Les deux compagnies ont également décidé d'appuyer les travaux d'une route transsaharienne, dont la réalisation pourrait contribuer à la construction du gazoduc. Sonatrach et l'Algérie tiendraient alors à terme un rôle de première importance dans le transport des hydrocarbures entre l'Afrique noire et l'Europe, confortant un peu plus la position du pays et de sa compagnie nationale sur les marchés mondiaux.
Alimenter le marché gazier européen
D'importants projets concernent également l'alimentation en gaz algérien de l'Union européenne. LAlgérie est déjà aujourd'hui le deuxième fournisseur de l'UE avec 29% de parts de marché, derrière la Russie (41%) et devant la Norvège (25%). Ces trois pays se partagent également le marché français, puisque GDF achète 30% de son gaz à la Norvège et 25,5% à la Russie et à l'Algérie, ce dernier pays alimentant essentiellement la France sous forme de GNL (via les terminaux de Fos/Mer et Montoir en Bretagne).
LEurope absorbe aujourd'hui 60 milliards de m3 de gaz algérien (soit 98% des volumes exportés), dont la majeure partie est constituée de gaz naturel transitant par gazoducs sur l'Espagne et l'Italie. Le premier pays est relié à l'Algérie depuis 1996 par le gazoduc "Pedro Duran Farell" qui transite par le territoire marocain et alimente également en gaz naturel le Portugal. Un peu plus de 8 milliards de m3 passent par ce pipe-line en moyenne chaque année. LItalie dispose d'un lien identique avec le gazoduc " Enrico Mattei ", qui passe par la Tunisie et la Sicile. Il est entré en service en 1983 et a été complété à la fin des années 80. Il alimente l'Italie, ainsi que la Slovénie et la Tunisie. Plus de 24 milliards de m3 empruntent chaque année cette installation vers l'Italie, ainsi que la Slovénie et la Tunisie (depuis 1992 pour ces deux pays).
Mais la proximité de ce marché européen, très friand d'énergie écologique et garant de débouchés prometteurs, pousse aujourd'hui l'Algérie à s'investir dans de nouveaux projets additionnels, en association avec ses partenaires européens. Le premier à voir le jour devrait être "Medgaz", un gazoduc sous-marin devant relier directement l'Algérie et le sud de l'Espagne. Ce gazoduc revêt d'ailleurs une grande importance aux yeux de l'UE qui l'a inscrit comme projet prioritaire dans son Livre Vert sur l'Energie. Initialement lancé par Sonatrach et Cepsa (Espagne), le projet est aujourd'hui porté par un consortium regroupant en plus de ces deux opérateurs, l'espagnol Endesa, le britannique BP, l'italien ENI et les français GDF et TotalFinaelf. Ce projet est encore dans sa phase de faisabilité, mais les travaux pourraient débuter en 2003 pour une mise en service en 2005. Il aboutirait près d'Almeria après 200 km de traversée sous-marine à une profondeur maximale de 2100 m. Sa capacité est prévue pour transporter 10 milliards de m3 par an.
Beaucoup moins avancé, un projet similaire est également prévu pour voir le jour entre l'Algérie et l'Italie, via la Sardaigne cette fois. Un accord a déjà été signé ces dernières semaines entre Sonatrach, l'italien Enel et l'allemand Winthersall pour lancer les études de faisabilité de ce gazoduc. Avec l'arrivée de ces équipements de transport, l'Algérie ambitionne déjà d'exporter vers l'Europe 85 milliards de m3 dès 2005, certains observateurs avançant même le chiffre faramineux de 100 milliards de m3 en 2010.
Reste une inconnue de taille qui pèse lourdement sur le devenir gazier algérien à destination de l'Europe et atténue pour l'instant les perspectives de développement du secteur gazier algérien en direction de son principal partenaire commercial. La directive européenne 98/30/CE portant sur la libéralisation du marché
gazier communautaire est, en effet, perçue de ce côté-ci de la Méditerranée comme une stratégie d'affaiblissement à l'encontre des pays producteurs. La libéralisation et la suppression des monopoles en Europe risquent de transformer la nature des transactions commerciales, influant de fait sur les prix des produits gaziers. Lancienne formule garantissait des contrats à long terme aux pays exportateurs, qui avec la certitude de marchés acquis pouvaient investir en conséquence. Limposition de contrats courts par la directive bouleverse donc la stratégie algérienne d'investissements, basée sur des échanges à long terme et sur l'existence de liens contractuels solides entre les pays. Le ministre algérien des Hydrocarbures a dernièrement rencontré les responsables européens qui lui ont assuré comprendre son malaise, sans néanmoins s'engager davantage pour l'instant.
Restructurer la pétrochimie
Le secteur de la pétrochimie souffre depuis plusieurs années et connaît une forte régression de ces volumes (-27% en 2001), suite à la forte concurrence des importations mais également par manque d'investissements sur les installations existantes. Les réformes conduites par le gouvernement doivent donc permettre de revaloriser le secteur, notamment le raffinage. Ce programme qui repose en partie sur la participation des compagnies internationales, s'articule autour de la rénovation du parc pour en accroître les capacités et améliorer ses performances pour en réduire les coûts d'exploitation. Les unités de raffinage vont également être adaptées pour répondre aux nouvelles normes en matière de protection de l'environnement. Des appels d'offres internationaux ont donc été lancés ces derniers mois, pour la remise en état de la raffinerie d'In Amenas fermée depuis 1986 et pour la construction d'une nouvelle raffinerie dans la région dAdrar.
Au même titre que l'exploration ou l'expansion des capacités d'exportation, la pétrochimie figure donc au titre des grands priorités des différentes réformes mises en place par le gouvernement et qui visent à ouvrir la porte aux capitaux privés pour tirer le meilleur parti de la locomotive économique que constitue le secteur en Algérie. Conjuguer cette nécessaire ouverture en la faisant accepter par une population qui doit en être la première bénéficiaire, voilà le pari que doit relever le présent gouvernement.
Olivier Caslin