Un Secteur qui peine à passer son message

DU PETROLE ET DES HOMMES

 

Une enquête de Salim Korsane
quotidien nationale "Horizon", 13 avril 2003

 

Ce qui frappe, au premier abord lorsqu'on pénètre le secteur complexe et sensible de l'Energie et des Mines, c'est la motivation et la sérénité des femmes et des hommes qui le servent.

Le secteur pèse d'un poids prépondérant dans l'économie nationale, mais il connait aujourd'hui une expansion considérable, un point faible continue de le caracteriser ; la difficulté de faire passer le message. Toute une histoire

Ces femmes et ces hommes qui gèrent le secteur de l'Energie et des Mines, ont une claire conscience de la responsabilité qui pèse sur leurs épaules et de l'importance que ce secteur représente pour le présent et l'avenir du pays.

Mais sans triomphalisme, ils se disent confiants et s'emploient pour vous le démontrer à aligner les réalisations de ces dernières années, ainsi que le portefeuille de projets auxquels ils s'attachent à donner vie.

L'investissement considérable consenti dans la promotion de la ressource humaine, l'institution de la mobilité des cadres, la systématisation de l'appel à candidature pour le recrutement, ont permis à de réelles compétences d'émerger. C'est le fait de la Bourse des Cadres, une institution sans équivalent en Algérie.

Certes, les récriminations ne manquent pas : du pied des puits perdus dans les sables du Grand Sud jusque sous les lambris des Etats Majors Algérois ils se disent esseulés et incompris : " Nous souffrons d'un déficit de communication à l'intérieur du secteur mais aussi avec la société et cela nous frustre " observe ce jeune cadre de Sonatrach.

Et puis, sur les zones d'activité notamment, l'isolement, l'excentralité et certaines situations sociales spécifiques font problème.

Mais pour l'essentiel, ils se disent porteurs d'avenir " défricheurs d'avenir " soutient cet autre cadre, et ils n'ont cure des critiques que certains cercles restreints adressent aux reformes mises en oeuvre avec vigueur depuis 4 ans. Ils parlent à ce sujet de " combats d'arrière garde " et ne s'en meuvent pas. On dirait même qu'ils s'en amusent. IL faut dire que le secteur de l'Energie et des Mines occupe une place prépondérante dans l'économie nationale à laquelle il contribue pour 41% à sont produit intérieur brut, pour 97% à ses recettes d'exportation, et pour 77%, aux recettes budgétaires de l'Etat.

Et cette place dominante, le secteur n'est pas près de la perdre, en dépit des efforts engagés par l'Etat pour diversifier ses sources de revenus.

Cela signifie que pour longtemps encore, le secteur de l'Energie et des Mines demeurera un facteur vital de sécurisation des revenus de l'Etat et donc des citoyens, et il continuera d'être sollicité pour accroître ces revenus.

Le grand potentiel de réserves dont dispose l'Algérie tant dans le domaine des hydrocarbures que dans celui des mines est appelé à être revu à la hausse dans le futur, le sous-sol demeurant fortement sous-exploré : la densité moyenne d'exploration en Algérie est dix fois moins importante que la moyenne mondiale.

Pour ces 5 prochaines années, Sonatrach prévoit des investissements s'élevant à 23 Milliards de Dollars US, soit l'équivalent des réserves de change actuelles du pays, mais elle réalisera ce programme sans puiser dans ces réserves.

Il s'agit de porter les capacités de production présentes qui sont de 950.000 barils/jour de brut à 1,5 Millions de barils/jours en 2004, et d'atteindre un volume d'exportations annuelles de gaz de 85 Milliard de m en 2010 (62 Milliards de m en 2001).

Une importance primordiale est aussi attachée aux activités en aval, telle la pétrochimie qui offre des opportunités prometteuses en termes de croissance et de création d'emplois.

Mais l'aspect le plus marquant et le plus neuf, dans cette stratégie, réside peut-être dans la place qu'y occupe le partenariat et la coopération internationale qu'elle intègre dans la double perspective des reformes économiques engagées et d 'une insertion avantageuse de l'Algérie dans la Mondialisation. " Nous n'avons pas peur de la Mondialisation déclare, sûr de lui, un expert. Nous n'avons d'ailleurs pas le choix, mais notre pays possède les atouts nécessaires pour s'y engager à son profit. Il faut y aller résolument et ne pas prêter attention aux faux arguments de ceux qui veulent continuer à prospérer à l'ombre du monopole et à vivre indûment de la rente ".

De telles certitudes, on les rencontre sur les champs pétroliers. Un technicien en forage se dit " excédé par les politiciens d'Alger qui accusent le secteur de vouloir brader Sonatrach. Ici on discute entre cadres, techniciens et travailleurs et l'on ne voit pas dans l'avant projet de loi sur les hydrocarbures de menace de privatisation. Ce qui nous intéresse c'est le revenu de nos familles et le développement de notre Entreprise. Les compagnies internationales reviennent en masse et c'est un bon signe pour le pays. Le reste, c'est du bla bla ".

Elles sont plus de 30 compagnies internationales à avoir contribué depuis 1987 à l'essor global des activités d'exploration, de développement et d'exploitation. Pour la seule période 2001-2002 près d'une vingtaine de contrats de recherche et d'exploitation ont été signés avec des compagnies étrangères et plus d'une vingtaine de ces dernières sont opérationnelles.

Sur le plan international, Sonatrach s'est engagée dans des grands projets structurants d'intérêts régional et elle s'attache à diversifier son portefeuille afin de minimiser les risques liés à ses activités. Aux deux gazoducs reliant l'Algérie à l'Espagne via le Maroc, et l'Algérie à l'Italie via la Tunisie, vont s'ajouter deux autres ouvrages reliant directement notre pays à ces deux partenaires européens. Un troisième gazoduc qui s'inscrit dans la nouvelle initiative pour le développement durable en Afrique (NEPAD) est actuellement à l'étude ; il reliera le Nigeria à l'Algérie et permettra l'acheminement du gaz nigérian vers les marchés européens. Interconnecté au réseau algérien, et couplé à un réseau en fibre optique il induira des effets socio-économiques importants pour les pays de transit.

Selon un responsable planificateur, l'objectif visé est de " diversifier nos partenaires étrangers et d'atteindre le client final en nous impliquant dans tous les segments de l'industrie des hydrocarbures notamment en Europe ".

L'entreprise est déjà présente notamment en Espagne et au Pérou. D'importants projets sont en cours de réalisation en partenariat comme la centrale électrique couplée au dessalement de l'eau de mer à Arzew, l'unité de production d'hélium à Skikda, la centrale électrique de 800 Mégawatts à Skikda ou le projet d'exportation d'électricité de 2000 MW. Sonatrach oeuvre également à promouvoir et développer des énergies nouvelles et renouvelables, non polluantes à partir des sources solaire et éolienne. Une filiale à été créée à cet effet en partenariat avec Sonelgaz et un investisseur privé algérien. Sur ce créneau, les perspectives ouvertes sont prometteuses.

Dans le domaine de la distribution et du stockage des produits pétroliers, le nouveau cadre réglementaire institué en 1997 suscite un engagement marqué des investisseurs privés : plus de 600 autorisations ont été délivrées et le montant des investissements pour la création, entre autres ces centres enfûteurs et d'installations de stockage et de distribution des carburants, dépasse 10 milliards de DA. Ces investissements doivent générer plus de 3000 emplois directs. La compétition ainsi ouverte entre opérateurs privés à eu des répercutions positives sur la prise en charge des besoins des citoyens et la qualité du service proposé.

En matière d'électrification rurale, l'effort consenti par l'Etat ces trois dernières années a permis la mise en exploitation de 10.000 Km de lignes électriques, le raccordement de 2.600 villages et de 11.000 foyers. Dans ce domaine, le taux national d'électrification atteint 95%, une performance dont peu de pays émergents peuvent se prévaloir. Pour la période 2002-2004, il est prévu le raccordement de 110.000 foyers sur un programme entièrement financé par l'Etat. Pour les localités du Sud, le Gouvernement consent depuis deux années, une réduction de facturation de l'électricité. Treize Wilayates sont concernées. Ces mesures concernent aussi bien les ménages que les activités économiques, et l'aide accordée aux agriculteurs est passée de 2500 DA/an par hectare à 3500 DA.

Pour ce qui est de la distribution publique du gaz, le programme triennal 2002-2004 approuvé par le Gouvernement prévoit la réalisation de 8.000 Km de réseaux pour l'alimentation de 188 nouvelles localités et de 360.000 foyers.

Le nouveau mode de financement de ces programmes de distribution du gaz naturel dispense les collectivités locales de tout engagement et limite la contribution du citoyen à 10.000 DA par foyer. Grâce à ce dispositif une nouvelle dynamique a été insufflée aux réalisations permettant pour la seule année 2002, la pose de 2.600 Km de canalisations.

La nouvelle loi minière qui prévoit l'ouverture des activités d'exploration et d'exploitation au secteur privé tant étranger que national a eu des effets spectaculaires sur la relance de ce secteur. Un cadre du secteur explique : " le secteur minier était à l'agonie. Depuis les années 80, les mines fermaient les unes après les autres. Aujourd'hui les mines de l'OUENZA sont sauvées et cette reprise a permis la relance de l'industrie Sidérurgique ".

Pour les deux années 2001 et 2002, plus de 200 titres d'exploitation ont été attribués qui ont permis la création de plusieurs milliers d'emplois. Et les compagnies étrangères s'intéressent désormais au secteur. Ainsi le projet de cimenterie de M'sila sera mené à bien grâce à l'attribution d'un permis d'exploration et d'exploitation de substances minières utilisées comme matière première dans la production du ciment. Une autre société étrangère a obtenu un permis d'exploration de gisements d'or dans le Hoggar , tandis que la société publique Enor grâce à l'ouverture de son capital à un Groupe Australien est désormais en mesure de développer les gisements d'or de Tirek et Amesmassa, dans la même région.

Interrogé sur le mode d'attribution de ces titres et permis, un cadre du Ministère répond " Tout se fait en transparence. Comme pour tous les marchés et contrats passés par le secteur, le recours à l'appel d'offres en deux phases est systématique. Il prémunit contre tout abus et tout passe-droit ; il démontre chaque jour ses avantages en matière de transparence, d'équité et de célérité des transactions. En outre, il stimule l'attractivité du secteur. Vous comprendrez aisément qu'il ne fasse pas l'affaire des milieux rentiers ".

La performance, l'innovation sont aujourd'hui les maitres-mots d'un secteur en développement rapide qui tient aussi à s'insérer harmonieusement dans l'environnement social ou il évolue.

De ce point de vue, les actions conduites par Sonatrach dans certaines régions défavorisées et jusque là délaissées sont emblématiques. Qu'il s'agisse de la réhabilitation des vieux Ksour du Grand Sud, de l'aide et de l'assistance apportée aux populations de ces régions, ces initiatives font de cette Entreprise, ainsi engagée dans l'investissement social, une Entreprise citoyenne ".

Si le dynamisme nouveau dont le secteur de l'Energie et des Mines fait montre depuis quelques années est incontestable, il lui reste toutefois à faire passer le message. Ce qui n'est pas encore évident.