Transport par Canalisation

Algerie 2002
Pétrole et Techniques, N°440, Sept. Oct. 2002.
réalisé par Focus Limited.

 

 

L'Algérie affiche des ambitions d'augmentation de sa production de pétrole brut à 1,5 millions de barils/jour et ses exportations en gaz naturel de 60 à 85 milliards de m3/an à l'horizon 2010. Le pendant immédiat de ces objectifs est la nécessaire augmentation des capacités d'évacuation des hydrocarbures ainsi que des capacités d'exportation tant en matière de pipe que maritime.

Pour M. Zerguine le vice-président Sonatrach division TRC (Transport par canalisations) les nouvelles ambitions de l'Algérie " amènent TRC à développer son réseau de transport et à donner de la flexibilité à ses installations ". Quant à M. Hached, vice-président Sonatrach Division Commercialisation, il rappelle que la révision des objectifs a été "immédiatement suivie par l'annonce du développement de nouvelles routes d'exportation aussi bien par pipeline que par GNL".

Extension du réseau

Aujourd'hui, le pays dispose d'un réseau de pipes, oléoducs et gazoducs couvrant plus de 15.000 kilomètres, avec 28 canalisations en service.

En 2001 la mise en gaz du gazoduc de 500 km GK2 a permis de doubler la capacité d'évacuation de gaz naturel de Hassi R'Mel à Skikda. D'autres ouvrages ont été mis en activité, notamment le LR1 et le GR2, chacun d'une longueur de 1000km, reliant le site de production de Alrar à Hassi R'Mel.

Au niveau national, de grands projets ont été lancés. On peut citer l'oléoduc 34 pouces OZ2 qui reliera Haoud El Hamra à Arzew. La partie sud du pipe a été confiée au consortium Cosider (Alg.)-Brown and Roots, et la partie nord au groupe russe Stroy Transgas , déjà présent en Algérie depuis six ans. Quant aux stations de pompage, six au total, elles devraient être réalisées par le groupement SPIE Capag-Saipem.

En tout huit stations de compression et de pompage ont été réalisées durant les cinq dernières années afin de renforcer la capacité de transport de Sonatrach. Une station de compression est actuellement en construction afin de renforcer de 3,5 milliards de m3/an la capacité de transport (la portant à 11 milliards de m3) du gazoduc Pedro Duran Farell, qui relie l'Algérie à l'Espagne via le Maroc. C'est la société italienne ABB qui est responsable de la construction avec un contrat de 93 millions de dollars.

Bechtel, dans le cadre du projet intégré In Salah Gas développé par BP, construit un gazoduc de 580 km reliant In Salah à Hassi R'Mel.

Le réseau, géré par la division TRC de Sonatrach, comporte 69 stations de compression et de pompage, plus de 260 machines principales, 108 bacs de stockage pour une capacité totale atteignant 4 millions de m3, 3 bases de maintenance et 3 ports pétroliers d'une capacité cumulée de 110 MTA.

Hassi Messaoud accueille le centre national de dispatching des liquides et Hassi R'Mel celui du gaz naturel. M. Zerguine estime que la capacité de transport totale du réseau avoisine les 270 millions de tep, tous produits confondus. En 2001, Sonatrach TRC a transporté 194,5 millions de tep.

Plan de charge important

Comme le signale M. Djamai, Pdg de l'ENAC-Entreprise nationale de canalisation-, les opportunités de contrat pour les entreprises du secteur sont nombreuses : "le plan de charge Sonatrach est immense dans la réfection et l'entretien des anciens gazoducs et oléoducs, et dans la construction des milliers de kilomètres de pipes rien que dans les collectes." Il a bon espoir, qu'une bonne gestion de l'entreprise devrait permettre de la remettre à flot et rappelle que l'ENAC, avec trente ans d'expérience, "est la seule filiale de Sonatrach à pouvoir réaliser des canalisations de gros diamètres. Elle a, entre autres, réalisé le gazoduc GK2 Hassi R'Mel-Skikda ".

M. Medar partage le même point de vue. Pdg de Sarpi (50% ABB, 50% Sonatrach), il estime que "d'après notre carnet de commande, notre activité est assurée jusqu'en 2003." Il prévoit une croissance régulière pour les années à venir de 5 à 10%.

C'est sans doute l'importance du plan de charge qui pousse le groupe algérien Cosider à envisager la création d'une filiale spécialisée. M. Rekhroukh l'annonce : "nous avons prévu d'ériger la division 'canalisation' de la filiale Cosider Travaux Publics, en filiale à part entière pour s'occuper exclusivement des activités de canalisation et de pipeline. Cette nouvelle filiale, qui sera créée à la fin de l'année, devrait se développer très rapidement."

Fin du monople

Selon le projet de loi, le transport par canalisation pourrait être assuré par des opérateurs privés qui soumissionneraient pour des concessions. Une agence de contrôle et de régulation serait chargée du traitement des dossiers. Pour M. Zerguine, vice-président Sonatrach DivisionTRC : " l'avènement de la loi permettra certainement d'évaluer les compétences, la productivité et le savoir-faire de TRC. Cette loi va mettre en valeur la compétitivité de l'activité TRC. L'avènement de la loi va faire en sorte que les compétences émergent à l'intérieur de l'activité elle-même. "

M. Chakib Khelil, affirme que ces nouvelles dispositions légales qui dégagent également Sonatrach de l'obligation de construire le réseau, devraient améliorer les capacités de financement du groupe.

Nouvelles routes d'exportation

L'Algérie dispose de deux voies d'évacuation du gaz naturel vers l'Europe : le Pedro Duran Farell Gas Pipeline d'une capacité de 8 millions de m3/an (Algérie-Espagne via Maroc) et le gazoduc Enrico Mattei (Algérie Italie via Tunisie) qui a transporté 21,7 milliards de m3 en 2001.

Une nouvelle station de compression devrait porter la capacité du premier à 11 milliards de m3/an. Et un projet de station prévoit d'augmenter la capacité du second de 6 milliards de m3.

Mais, au vue de la croissance de la demande de l'Union Européenne, ces gazoducs devraient arriver à saturation rapidement.

Deux projets sont à l'étude. Le premier reliant directement l'Algérie à l'Espagne. Il comprend un gazoduc 24 pouces offshore de 200 km, plongé à 2200 mètres reliant Beni Saf à Almeria. La capacité initiale de l'ouvrage devrait être de 8 milliards de m3/an. Une société d'étude, Medgaz, a été mise en place entre Sonatrach, Cepsa, GDF, BP, Endesa, Enei et TotalFinaElf. Ce gazoduc est classé sur la liste des douze projets déclarés d'intérêt européen, comme le prévoit le livre vert sur la sécurité des approvisionnements énergétiques de l'Europe.

Selon M. Hached, VP Sonatrach Division commercialisation, le pendant commercial de ce projet est déjà bien avancé : " des partenaires ont d'ores et déjà signé des lettres d'intention pour 7 milliards de m3 sur les 8 milliards prévus. Il ne nous reste plus qu'à vendre 1 milliard supplémentaire pour remplir le gazoduc qui sera construit. "

L'autre projet prévoit de relier directement l'Algérie à la Sardaigne. Un consortium pour l'étude de faisabilité du projet se met en place entre Sonatrach, Wintershall et Enelpower.

Procurement délicat

La plus grande difficulté à laquelle font face les sociétés algériennes de canalisation est sans doute liée aux approvisionnements. Cette question s'étend d'ailleurs au secteur dans son ensemble comme le souligne M. Douza, pdg de Somiz-Société de maintenance d'Arzew- : "nous ne pouvons nous appuyer sur des fabricants d'équipements nationaux. Il est dommageable pour le pays que peu d'efforts aient été réalisés dans ce sens, surtout quand on considère l'importance de la production et les quarante années d'expérience du pays dans ce domaine."

Il n'est pas le seul à faire ce constat. M. Zeriati, Pdg de GCB -Entreprise de Génie civil et bâtiment- souligne : " nous avons également des lacunes dans la maîtrise du procurement, puisqu'en Algérie, dans les hydrocarbures, 80% des incorporables et des équipements sont importés." GCB, qui a acquis ses lettres de noblesse en construisant des routes dans le grand sud algérien, intervient comme sous-traitant dans l'ouverture des pistes, des tranchées et dans la réalisation des ouvrages spéciaux en béton.