Des vérités sur Sonatrach, Sonelgaz et l'explosion de Skikda
Chakib Khelil, ministre de lénergie et des Mines, au «Quotidien dOran»
Entretien Réalisé Par Samar Smati
Dans cet entretien au
Quotidien dOran, le ministre de lEnergie et des Mines dévoile les conclusions
des enquêtes techniques sur lexplosion ayant détruit en grande partie, le 19
janvier 2004, le complexe GNL 1K de Skikda. Chakib Khelil sexprime, également, sur
lavenir de la Sonelgaz. Il fait le bilan exhaustif des activités actuelles et des
opportunités futures du secteur de lénergie et des mines. Le ministre sexprime
sur la réforme du secteur des hydrocarbures, sur linstruction gouvernementale pour
le recrutement au Sud avec en vue une nouvelle politique de promotion de lemploi
dans la région. Chakib Khelil éclaire également sur la position de lAlgérie
vis-à-vis de la Directive gaz européenne, sur les opportunités daffaires et de
marché avec la Chine, sur le rôle de lOPEP et sur les perspectives à moyen et
long terme de lAlgérie.
Le Quotidien dOran:
La réforme du secteur des hydrocarbures fait partie intégrante du programme du
gouvernement. Les cadres de votre ministère réétudient actuellement le texte initial.
Concrètement, à quoi ressemblerait cette révision, si révision il y a, et quapporterait-elle
? Quelle en est la politique générale ?
Chakib Khelil: Ce que je
peux vous dire, cest que le gouvernement décidera de la nécessité de soumettre le
texte au Conseil du gouvernement, au Conseil des ministres et au Parlement, ainsi que du
timing et du processus de la réforme du secteur des hydrocarbures. Nous considérons que
notre secteur a fait son travail et attendons que cette réforme soit débattue dans les
instances de la République. Cette réforme nous permettra datteindre trois
objectifs.
Premièrement, donner un rôle plus important à lEtat
et à ses démembrements dans le contrôle de lapplication de la politique
sectorielle concernant en particulier la promotion de linvestissement, une meilleure
gestion du secteur et aussi de prendre mieux en charge la sécurité, lhygiène et lenvironnement.
Deuxièmement, offrir un cadre législatif et contractuel plus incitatif et compétitif,
plus ouvert et transparent pour les opérateurs. Ceci pourrait nous conduire à plus dinvestissements
en amont et en aval, au développement de petits gisements et donner une part plus
importante de la rente dérivée de la vente à lEtat quand les prix du pétrole
sont plus élevés comme ils le sont actuellement et quand la taille des gisements est
hors normes. Lobjectif étant darriver à plus defficacité dans la
gestion de lEtat et des opérateurs grâce à des incitations à travers un système
fiscal encourageant lefficacité et la transparence dans la gestion. Le troisième
objectif est doffrir à Sonatrach un cadre plus transparent et incitatif tout en lui
maintenant des atouts qui sont dus à son rôle de société nationale et réduisant de
fait les fardeaux que le système actuel lui impose.
Nous rencontrons des difficultés dans linvestissement,
la construction de pipeline, oléoduc et gazoduc, dans la réalisation des projets
intégrés dans le cadre législatif actuel car ils incluent plusieurs activités (amont,
aval, transport) tels que les projets de Gassi Touil, la raffinerie dAdrar ou encore
le Medgaz. Dans ces cas-là, nous avons dû trouver des solutions innovatrices pour sadapter
au cadre législatif actuel. Cela nous a coûté beaucoup de temps et dargent pour
arriver à une solution qui aurait été plus simple si nous avions le cadre législatif
adéquat permettant de faire les projets intégrés. Medgaz par exemple enjambe deux
territoires. La législation actuelle ne permet pas à quelquun dautre dêtre
propriétaire de loléoduc. Or, dans ce cas précis, la moitié du gazoduc se trouve
en territoire espagnol et nous ne pouvons pas dire aux Espagnols quils ne peuvent
être propriétaires de la moitié du gazoduc. Vous voyez un peu les contraintes que nous
avons avec lenvironnement législatif actuel. Il faut ladapter pour améliorer
la performance de Sonatrach et diminuer le fardeau quon lui impose afin de la rendre
plus efficace.
Q. O.: On évoque de plus
en plus votre désir de restructurer les entreprises para-pétrolières publiques en
dehors des sociétés de gestion des participations. Quelle serait la finalité dune
telle démarche et allons-nous vers une réforme pour amener les sociétés du secteur à
se concentrer sur leurs métiers de base et à externaliser ce qui ne relève pas
directement de leur stratégie de développement ?
C. K. : A notre
initiative, nous avons fait revenir les entreprises filiales de Sonatrach dans le giron du
groupe Sonatrach (SH). Elles étaient comme des électrons libres, laissées à
elles-mêmes pendant plusieurs années, ce qui a conduit à une déstructuration de
certaines. Nous les avons ramenées dans le giron du groupe pour les aider sans pour
autant leur enlever leur autonomie de gestion. Aujourdhui, de par leur situation,
elles profitent de beaucoup davantages que leur procure le groupe industriel. Elles
sont intégrées dans la politique de la Sonatrach. Lexemple frappant est Naftal.
Depuis deux ans, Naftal sest beaucoup améliorée. Elle suit la politique du groupe
dans tous les domaines, ressources humaines, internalisation, transparence dans les appels
doffres, formation continue, sécurité.
Nous navons pas hésité à dissoudre
certaines. Cest le cas de la société immobilière de la Sonatrach qui ne servait
aucun objectif et perdait de largent. Nous avons sauvé par contre lENAC qui
rentre dans la stratégie du groupe de renforcer ses activités de construction doléoducs
et de gazoduc. Sans oublier Polhymed que nous avons restructurée, aidé avec largent
de Sonatrach, mais également en activant au sein du gouvernement grâce aux conseils
interministériels. Cela nous a permis de restructurer même ses dettes au sein des
banques et de faire en sorte que ces dernières contribuent à cette restructuration. Cest
une société importante. Polhymed va produire du polypropylène qui est important pour
notre industrie. Elle reprendra prochainement ses activités avec un millier de
travailleurs.
Nous avons créé de nouvelles filiales telles que
Algerian Energy Company et New Energy Algeria. Nous avons fait dans notre secteur la
première capitalisation réussie de lENOR. Nous avons pu à travers les appels doffres
trouver des partenaires australiens qui contribueront avec plus de 13 millions de dollars
à développer la production, à construire une nouvelle unité de traitement et à
augmenter les réserves. Nous avons essayé déliminer ce qui risque dêtre
négatif, de sauver certaines sociétés parce quelles rentrent dans la stratégie,
de créer de nouvelles sociétés et de trouver des partenaires là où cest
important parce quils ramènent le Know How, les meilleures gestions et un capital
nécessaire pour lentreprise. Nous pensons que ces filiales sont plus efficaces avec
des incitations de concurrence. Elles ont cependant quelques avantages par rapport à
leurs concurrents parce quelles sont filiales de SH. Notre objectif est quelles
deviennent des sociétés internationales.
Q. O.: La mise en place
du BAOSEM na pas permis de mettre fin aux mauvaises pratiques comme latteste
le scandale qui vient de secouer lENTP. Ce système avantage par ailleurs le moins-
disant au détriment du mieux-disant, et ce au désarroi des managers. Pensez-vous
introduire des changements ?
C. K. : Il faut éviter
de parler de scandale quand vous manquez de preuve parce quil ny en a pas eu.
Le BAOSEM a été un succès à plus dun titre. Il a permis dintroduire un
outil de gestion rationnel de nos investissements qui nexistait pas auparavant pour
lachat des services et équipements. Cest un processus transparent et ouvert
où les soumissionnaires nont pas dautres voies que la concurrence pour gagner
un marché. Il ny a plus de possibilité dagir sur nos cadres ou notre
personnel. Le BAOSEM nous a permis dinstaurer une nouvelle culture de discipline et
protéger notre personnel dinfluences et de pressions extérieures. Ils ont une
procédure à suivre et ils ne peuvent faire autrement sinon ce serait illégal.
Lune des premières règles de la bonne
gouvernance des Nations unies, cest le système dappels doffres. Cest
un outil reconnu par les soumissionnaires. Il a permis à certains qui navaient
jamais pu soumissionner de le faire en créant de la concurrence. La procédure a permis
de réduire considérablement les coûts et délais de réalisation. Cela demande une
grande discipline et des professionnels. Le bulletin requiert la préparation de documents
très clairs par des spécialistes et une grande réflexion sur le cahier des charges.
Nous avons une aide de la Banque Mondiale pour préparer les documents dappels doffres
qui nexistaient pas auparavant dans une grande société telle que la SH. Il y a
aujourdhui des documents dappels doffres standards que tous le personnel
du secteur doit utiliser. Sonatrach a une banque de données des fournisseurs déquipements
et services. Vous voyez la richesse et le gain apporté. Nous avons même utilisé ce
système dans les assurances et nous avons gagné beaucoup dargent. 17 millions de
dollars la première année, une quarantaine la deuxième. Nous lavons appliqué
dans le financement via les conventions signées avec certaines banques. On perdait
presque une année entre loctroi de lappel doffres et la mise en place
du financement.
Au moment voulu, nous lançons un appel doffres
à toutes les banques conventionnées en leur posant une question: «Quels sont les termes
du financement que vous nous proposez ? ». La même journée, nous avons une réponse de
toutes les banques et on règle le problème du financement le moins-disant. Nous savons
quel est le taux dintérêt, les périodes de grâce, les payements que nous devons
effectuer. Nous choisissons et nous allons de lavant avec le projet. Cette
procédure nous fait gagner une année. Auparavant, on dépensait plusieurs milliards de
DA pour la publicité, on le fait via nos sites web et la société de publicité et de
communication que nous avons créée.
La société du BAOSEM est une SPA qui gagne déjà
de largent. Nous espérons que le BAOSEM servira doutil de publicité pour les
entreprises intéressées. Il nest pas question de créer des problèmes pour les
managers. Comme tout outil, nous pouvons laméliorer. Nous sommes en train de le
faire. Il y a eu des brainstormings au niveau de Sonatrach pour le rendre plus flexible.
Mais nous le faisons de manière graduelle, professionnelle et avec laide de la
Banque Mondiale.
Q. O.: Où en sont les
enquêtes techniques sur laccident du complexe GNL 1K de Skikda ? Où sont les
procédures de remboursement et de reconstruction ?
C. K. : Les enquêtes
techniques ont abouti. Nous avons fait notre propre évaluation par la mise en place dune
commission multisectorielle. Elle a conclu que lexplosion est due à un défaut dans
un pipe qui transportait du GNL et des produits hydrocarbures à létat liquide. Ce
pipe sest fissuré et a été la cause principale de lexplosion. Ceci a été
également déterminé par la compagnie dassurance et ses experts. Nous avions même
permis à ceux qui le voulaient de venir librement. Le département de lénergie
américain et lagence fédérale américaine de lénergie ont fait leur propre
évaluation. Ils sont arrivés aux mêmes conclusions que nous. En ce qui concerne le
remboursement, il y a eu acceptation de la part de la compagnie. Je crois que M. le PDG de
Sonatrach a mentionné 500 millions de dollars. Nous allons très bientôt lancer lappel
doffres pour construire une nouvelle unité de 4 millions de tonnes. Elle sera
opérationnelle dans trois ans. En novembre prochain, nous allons octroyer le projet de
Gassi Touil qui arrivera à Arzew. Il inclut la construction dune nouvelle unité de
GNL. Jespère que lannée prochaine, nous aurons en construction non seulement
la nouvelle unité de Skikda mais également celle dArzew en association avec un
partenaire étranger.
Q.O.: Lattentat à
la voiture piégée perpétré contre la centrale électrique dEl-Hamma remet sur le
tapis la question de la sécurité dans les secteurs stratégiques. Si la Sonatrach a
initié le système HSE, quen est-il de la Sonelgaz ?
C. K. : La sécurité est
laffaire de tous. Cest la responsabilité de tous les travailleurs, de chaque
unité et du chef dunité. Il est responsable de la gestion de lunité, y
compris de laspect sécurité. Nous avons décidé dinstaller et de renforcer
les nouveaux moyens de sécurité des installations quelles soient au niveau de
Sonatrach ou de Sonelgaz. Nous pensons que nos installations et infrastructures sont bien
protégées avec des systèmes de télésurveillance.
Q. O.: Lon se rend
compte quil y a une gestion de linformation stratégique découlant de la
situation sécuritaire. Communiquer des informations stratégiques sur les installations
pourrait être préjudiciable à ces mêmes installations et aux entreprises...
C. K. : Je pense que cest
une question à laquelle il est très difficile de répondre.
Il y a un danger à communiquer des informations
qui serviraient ceux qui veulent nous faire du mal. Il y a certaines informations quil
ne serait pas approprié de rendre publiques.
La liberté de savoir est très importante.
Communiquer des informations à la presse ne vise pas à nuire aux infrastructures et à léconomie
nationale. Je crois que là, il est tout à fait clair que la responsabilité des managers
est très importante pour communiquer ce qui est nécessaire afin que le citoyen soit
informé mais il y a des aspects sécuritaires quil ne sert à rien de divulguer. Je
peux vous dire que nous avons installé un système de télésurveillance, je nai
pas à vous dire où les caméras sont installées. Il faudrait quand même quon
puisse faire notre travail, quon ne puisse pas divulguer des informations qui
pourraient nous nuire plus tard tout en gardant la liberté de communiquer et dinformer.
Q. O.: La Sonelgaz vient
de se doter de quatre directions régionales. Quelles sont les motivations de cette
«décentralisation» qui intervient juste après la filialisation de la Sonelgaz ?
C. K. : La loi de lélectricité
approuvée en février 2002 prévoit la réorganisation de la Sonelgaz en transformant son
statut dEPIC à SPA avec plus de flexibilité puisque nous lavons transformé
en groupe industriel comme la Sonatrach. Elle est organisée en filiales de production, de
transport et de distribution. Tout cela rentre dans le cadre de louverture du
secteur de lélectricité et du gaz pour faciliter linvestissement privé,
national et étranger dans la production en particulier de lélectricité. Il
fallait éliminer le monopole. Elle ne sera pas seule à produire, dautres peuvent
le faire. Le fait de séparer le transport va permettre aux producteurs délectricité
davoir la même possibilité que Sonelgaz SPA de transporter leur énergie.
Voilà pourquoi la société ne pouvait pas rester
un monopole intégré. Il fallait la réorganiser. Pour nous assurer que dautres
auront les mêmes chances dinvestir, de produire et de transporter, il y a création
dune commission de régulation délectricité et de gaz. Elle va superviser,
réguler le marcher, vérifier la cohérence de cette production et sassurer que
tout le monde est traité de la même manière en terme de prix. On ne peut pas facturer
à Sonelgaz un prix et aux autres un prix différent.
De nouvelles sociétés vont voir le jour. Kahrama
à Arzew - détenue à 20% par la Sonelgaz et la Sonatrach, à 80% par le partenaire
étranger - sera opérationnelle dès le début de lannée prochaine et produira
près de 300 mégawatts. Fin 2006, il y aura Sharikat Kahraba de Skikda dans laquelle SNC
Lavalin détient 20%, le reste appartenant aux deux sociétés nationales. Celle de
Hadjrat Ennous va se faire dici 2008. Nous avons dautres projets, Fkirina, la
centrale de Aïn El-Beïda qui va produire 300 mégawatts dès octobre prochain est à
100% Sonelgaz. Ce sont les exemples à suivre. On soriente déjà vers la création
dun marché libre, ouvert de lélectricité. Il est important maintenant de sassurer
que le système de transport soit renforcé. Cest le rôle dune filiale de
Sonelgaz qui a le monopole du transport. Nous allons très doucement.
Nous avons créé la filiale de production, deux
filiales de transport (gaz et électricité). Le processus étant complexe et difficile,
au lieu de créer directement 4 filiales de distribution, nous avons décidé de créer
quatre directions régionales qui seront appelées à devenir des filiales dans deux ans.
Quand elles seront en place et opérationnelles, elles nous permettront de comparer leurs
performances. Nous allons remettre en activité les agents Sonelgaz en répondant aux
normes. Nous allons vers la professionnalisation des agents Sonelgaz qui auront un contact
direct avec la clientèle et essayeront de répondre ainsi à ses besoins. Nous espérons
avec ce processus que la Sonelgaz sera plus près de ses clients, plus efficace, plus
réactive.
A long terme, le marché de lélectricité
sera ouvert. Il est envisagé douvrir à la concurrence 30% des clients éligibles.
Donc, 30 % des clients industriels vont pouvoir dans deux ans acheter leur électricité
là où ils pensent obtenir un prix plus intéressant. On ne parle pas douverture du
capital de la Sonelgaz mais de celle du marché. Et permettre ainsi aux industriels dêtre
plus compétitifs. Cest dans cette direction que nous allons.
Q. O.: Monsieur le
Ministre, la loi sur lélectricité et le gaz ne prévoyait-elle pas louverture
du capital de la Sonelgaz dès 2005 ?
C. K. : Non. La loi donne
la possibilité douverture du capital de la Sonelgaz sans obligation de le faire et
tout en indiquant que lEtat garde la majorité de contrôle de la société. On ne
pourra, donc, jamais la privatiser. Lidée est que dans 20 ans peut-être, on ait un
marché concurrentiel, compétitif, quun jour ou lautre la Sonelgaz SPA aura
besoin de vendre des actions aux citoyens algériens qui voudraient en acheter. Je
voudrais bien acheter un de ces jours des actions. Il y a des gens qui ont des épargnes,
mais pour le moment il ny a pas où investir hormis les comptes épargnes alors que
dans tous les pays du monde, les gens peuvent acheter des actions dans les entreprises
industrielles telles que Sonelgaz, Sonatrach et autres qui leur permettent un taux de
rentabilité plus important et renforcent leur pouvoir dachat. Ça permettrait,
également, à la Sonelgaz davoir des revenus pour financer des investissements. Ça
sert les deux côtés, Sonelgaz et les citoyens. Un jour ou lautre notre Bourse qui
nest pas très active maintenant, va probablement vendre des actions de sociétés
industrielles privées et publiques. Le marché va fonctionner dans ce domaine et on
pourra acheter des actions au jour le jour en fonction de la performance de nos
entreprises comme cela se passe un peu partout dans le monde où le marché financier est
beaucoup plus développé quil ne lest chez nous.
Q. O.: LOCDE a
relevé dans son dernier rapport que le statut juridique de la Sonelgaz va passer de SPA
à Société anonyme. Cela est-il vrai ? Et quelle serait la différence pour la gestion
de lentreprise ?
C. K. : Non, la Sonelgaz
est une SPA détenue à 100% par lEtat avec la possibilité à lavenir douvrir
son capital en gardant lEtat comme actionnaire principal et majoritaire. Elle ne
pourra jamais être privatisée. Il ny a aucune ouverture de capital prévue. La
Sonelgaz na pas besoin douvrir son capital pour le moment étant donné quelle
a un autofinancement suffisant. Elle va probablement faire appel aux emprunts obligataires
dabord. Si elle na pas suffisamment dautofinancement, elle peut avoir
recours au marché obligataire comme la dailleurs fait Sonatrach avant elle.
Je crois quelle va le faire incessamment. Ceci lui permettra de faire appel aux
fonds existants sur le marché local. Je crois cependant que notre système bancaire doit
devenir beaucoup plus efficace avec le temps pour que des entreprises telles que la
Sonelgaz puissent faire appel plus facilement au financement sur le marché national.
Q. O.: Quel bilan
faites-vous de louverture du secteur des mines ?
C. K. : Dabord, on
ne ferme plus de mines. On en ouvre de nouvelles. Durant les quarante dernières années,
nous avons fermé plus de 20 mines. La dernière mine fermée, celle de El-Abed, nous lavons
transformée en école de formation sous forme dEPIC. Ce sera la première école
minière en Algérie depuis la disparition des écoles des mines comme celle de Khemis
Miliana. Le secteur a besoin de formation. Je peux vous dire aussi que les investissements
nationaux et internationaux ont été denviron 150 millions de dollars jusquà
maintenant. Dont 30 millions sont étrangers alors quaucun investissement
international na été fait depuis 40 ans dans le secteur. Nous avons créé 14.000
emplois directs et indirects. De fin 1999 au 1er juillet 2004, il y a 429 nouvelles
exploitations de carrières sur 1.412 exploitations existantes à ce jour.
En 4 ans, nous avons créé pratiquement 30% des
exploitations existantes à ce jour. Nous lançons des adjudications dau moins 50
carrières, petites et moyennes mines tous les trois mois à lintention des
investisseurs nationaux. Les carrières se trouvent principalement au Nord dans des
endroits isolés, sans activités économiques, cela nous permet des fixer les
populations, de créer des emplois. Nous avons fait aussi la première capitalisation de lEnor
et ce que les gens ne savent pas, nous avons facilité la privatisation de Ispat puisque cest
grâce à la loi des mines quIspat a pu accéder aux mines de fer. Il y a aussi linvestissement
de ACC, la cimenterie dOrascom à Msila. En ce qui concerne le reste des
entreprises comme Enamarbre et Ferphos, elles ne relèvent pas vraiment de nous mais
beaucoup plus dun holding. A linverse de lEnor, nous navons aucun
contrôle sur la manière de les privatiser ou de les capitaliser sauf bien sûr en
donnant des conseils. Et ce nest pas effectif. Ces sociétés dorment sur des
réserves importantes de marbre et de phosphate et pourraient grâce à une capitalisation
judicieuse multiplier leur niveau de production. Elles devraient rechercher des
partenaires à travers des appels doffres pour des raisons de délais et de choix du
partenaire le plus adéquat.
Q. O.: Vous avez
déclaré que les capacités de production du gasoil sont restreintes alors que le parc
automobile est en constante progression. LAlgérie va-t-elle investir dans ce
créneau pour augmenter ses capacités ?
C. K. : La consommation
du gasoil est tirée par le bas prix de ce produit par rapport aux autres fuels en
équivalent de consommation au 100 km. Les prix des différents fuels en Algérie sont en
dessous des prix dimportation de ces mêmes produits. Les voitures légères
importées sont de plus en plus des voitures à gasoil. Nous voyons une croissance plus
accélérée de la consommation de gasoil et ces véhicules ne peuvent plus être
convertis au GPL carburant.
Le gasoil est un produit plus polluant en terme de
particules, de teneur en souffre et autres. La production de gasoil dans nos raffineries
est limitée dans le mix des produits pétroliers tels que lessence, le GPL et le
fuel. Une partie de cette production est exportée actuellement. Avec cette croissance de
la consommation, il y a deux choix. Soit nous augmentons la capacité de nos raffineries.
Une raffinerie de 100.000 barils par jour coûte, cependant, 1 milliard de dollars. Déjà
en réhabilitant ses raffineries, la Sonatrach va dépenser plus dun milliard de
dollars durant les prochaines années. Et une question se pose pour cette option: pourquoi
augmenter alors que nous avons une capacité de 500.000 barils jours et notre consommation
tous produits confondus est de 250.000 b/j ?. Le deuxième choix, nous pourrions importer
le produit, ce qui induira dautres problèmes. Qui va le payer au prix international
et le vendre au prix du marché national ? La Sonatrach ne voudra pas importer ce produit
à moins que lEtat ne sengage à payer le différentiel entre le prix à limportation
et celui du marché national.
La solution proposée par le secteur est dencourager
le consommateur à veiller à la protection de lenvironnement en utilisant des fuels
moins polluants. Ce qui éviterait à notre pays et à Sonatrach dengager des
investissements qui peuvent servir à construire des écoles, des routes et des centres de
santé.
Cette proposition consiste en une correction des
distorsions existantes à travers les prix en changeant très graduellement les prix des
différents fuels sur une longue période de temps pour encourager beaucoup plus lessence
sans plomb et le GPL carburant tout en décourageant par dautres mécanismes limportation
de véhicules légers fonctionnant au gasoil sans pénaliser les camions de transport ou lutilisation
du gasoil dans lagriculture. Notre proposition ne modifiera pas non plus les revenus
de lEtat à partir des taxes sur les fuels.
Q. O.: LAlgérie a
émis des propositions par rapport à la clause de destination dans le cadre de la
Directive gaz européenne. Quen est-il ? Quelles sont les réactions européennes à
ce sujet ?
C. K. : LUnion
européenne est basée sur le traité de Rome qui consacre la liberté de commerce. Nos
anciens contrats de gaz naturels et de gaz naturels liquéfiés contenaient des clauses de
restriction de destination qui stipulaient que le pays européen importateur ne peut pas
vendre le gaz à un autre pays européen. Ce qui est contraire au traité de Rome. Nous
avons informé la commission que les nouveaux contrats ne contiennent plus cette clause.
Il faut travailler avec la loi de lUnion européenne. Toutefois, reste le problème
des contrats déjà signés il y a 20, 10 ou 5 ans. Nous ne pouvons pas les changer du
jour au lendemain, il faut dabord laccord de nos clients espagnols et
italiens. Avec lEspagne, le problème est réglé avec Gas Natural. Avec lItalie,
il nous reste un contrat de GNL. Nous le réglons actuellement avec ENI en assistance avec
la Commission européenne. Nous voudrions bien enlever cette clause, mais lenlever
nous créera des déséquilibres économiques et à notre client aussi. Nous devons
trouver une solution qui agrée Sonatrach, ENI et la commission. Et ce nest pas
facile. Nous voulons régler ce problème le plus rapidement possible.
Il reste quand même un problème sérieux que nous
avons toujours soulevé avec la CE concernant le contrôle par les sociétés européennes
des gazoducs et centres de stockage de GNL qui donnent accès au marché européen du gaz.
Si vous avez des sociétés européennes qui contrôlent larrivée et laccès
du gaz au marché européen, vous avez beau avoir un marché compétitif à lintérieur,
cette société peut décider de laisser passer ou pas un gaz. Nous en avons discuté avec
les pays concernés par larrivée de ces gazoducs et la commission, en lui
signifiant que puisquelle veut un marché libre, ouvert et compétitif, il est très
important quelle accorde la liberté de transport du gaz librement négocié avec
toutes les sociétés. Cela participe à la concurrence sur le marché. Nous sommes en
train de trouver à travers le dialogue une solution équitable à cette question.
Q. O.: Où en sont les
partenariats énergétiques avec la Chine, le continent sud-américain et lAfrique ?
C. K. : Avec lAfrique,
nous avons Nigal, le gazoduc Nigeria-Algérie, des projets de construction de centres de
stockage (Sonatrach et Naftal) et des conventions détudes et de projets dexploration
en cours. Nous sommes également en train de négocier des prises de participations dans
des compagnies qui développent des gisements en Afrique. Pour lAmérique latine,
nous avons le projet de Camisea. Il a déjà commencé à produire mais nous allons linaugurer
officiellement avec le président péruvien le 5 août. Il va permettre de produire 50-000
b/j et satisfaire les besoins du marché péruvien en gaz et produits pétroliers. A
partir de Camisea, il va y avoir un projet de construction de GNL. Il na pas encore
démarré. Dans trois ans, on pourra dire quà partir du Pérou, il y aura des
exportations de GNL vers les pays de la région en particulier le Chili, le Mexique, les
USA.
En ce qui concerne la Chine, notre objectif est datteindre
le marché à travers linstallation des bouées géantes offshore. Il y en aura
cinq, 2 à Arzew, 2 à Skikda, 1 à Béjaïa. Elles permettront de charger offshore, à un
ou deux kilomètres de la côte, à des profondeurs deau de 50 mètres, de grands
bateaux géants réduisant ainsi les coûts. Nous serons plus compétitifs. Ces bouées
seront prêtes vers le mois de mai 2005. Nous avons aussi des sociétés conjointes avec
les Chinois en Algérie. Nous sommes en train de discuter daffaires conjointes dans
dautres pays africains et autres où nous pourrions avoir des intérêts communs.
Q. O.: On vous qualifie
de fervent militant du démantèlement des quotas au sein de lOPEP. Quest-ce
qui changerait pour lAlgérie dans les perspectives du marché international à
moyens termes ?
C. K. : LAlgérie
est un petit producteur membre de lOPEP. Nos revenus dépendent pour 40% du gaz qui
est indexé sur le pétrole et dérivés. A Beyrouth, javais proposé le gel
temporaire des quotas. Nous aurions pu ensuite les réajuster à la lumière des
capacités de production de chacun. Cest une recommandation qui na pas reçu laval
de certains pays qui eux ne produisaient pas leur quota. Le problème algérien est que
nous avons un quota de 800.000 b/j, nous en produisons 1,2 millions b/j. Nous travaillons
actuellement à pleine capacité donc ça ne nous gêne pas en termes de revenus. LAlgérie
doit récupérer sa part du marché mondial à travers lattrait de nouveaux
investissements dans toutes les activités amont et aval. LAlgérie a perdu durant
ces dernières années la place quelle occupait, à peu près 2% du marché
pétrolier. Nous avons reculé et nous voulons rattraper ce retard.
A moyens termes, il y aura une plus grande
concurrence dans le bassin méditerranéen. Nous voulons donc orienter nos exportations et
nos productions à lextérieur vers dautres bassins, en particulier asiatique,
pour diminuer les tensions en Méditerranée et éviter que les prix ne soient déprimés
parce quil y a une trop grande concurrence. Nous voyons beaucoup plus de volatilité
dans les prix à moyens termes. Nous devons nous adapter en recherchant dautres
marchés, en devenant plus efficaces pour éviter des impacts douloureux quand les prix
chutent. Ensuite, il faut renforcer le fonds de stabilisation pour que lAlgérie
puisse continuer à planifier ses investissements sans grands à-coups dès changements
dans les prix. Nous voyons aussi une plus grande concurrence dans le marché du gaz mais
il y aura aussi de grandes opportunités quil faudra savoir saisir aux USA, en
Amérique latine et en Europe. Il faudrait quon internalise nos opérations pour
être plus près dautres marchés importants dont nous sommes un peu loin aujourdhui.
On devient de cette manière plus compétitifs dans la globalisation. Nous devons forger
de nouveaux partenariats avec de nouveaux opérateurs. Cest ce que nous sommes en
train de faire à Camisea.
Q. O.: Des experts du
Pentagone ont préconisé, dans un rapport intitulé «Le pétrole africain une question
de sécurité nationale», une réorientation de lapprovisionnement du marché
américain en pétrole africain au détriment de lArabie Saoudite. La politique
énergétique américaine est en train de refonder sa stratégie extérieure ? Quelle
serait le positionnement de lAlgérie dans ce cas de figure ?
C. K. : Les pays du
Golfe, lIrak et lArabie Saoudite sont incontournables dans un marché sous
tension comme cest le cas en 2004. On ne peut pas les mettre de côté et satisfaire
la demande. A long terme, nous pensons que lOPEP va regagner sa position
privilégiée sur le marché et ce, même si à moyen terme il y aura concurrence des
Russes, des nouveaux pays producteurs africains. Dans 5 ou 6 ans, lOPEP regagnera sa
position. Cela sest passé déjà avec larrivée de la mer du Nord. LAfrique
ne peut ambitionner de déplacer lOPEP. Elle peut bien sûr avoir un impact durant
une petite période. Il est clair que quand le marché est déprimé, on ne se souvient
plus de lOPEP. La demande est avant tout satisfaite à partir des pays non OPEP. Si
les USA diversifient leurs achats, et je ne connais pas leur politique à ce sujet, il
faudrait que les pays membres de lOPEP diversifient leurs ventes. Ainsi en orientant
la vente de notre pétrole vers lAsie, nous diversifierons notre marché. Et linternalisation
de Sonatrach nous fournira dautres opportunités de diversifier nos partenaires dans
la production et la commercialisation.
Q. O.: Les événements
qua connus la région de Ouargla ont été motivés par des problèmes liés à lemploi
notamment dans le secteur des hydrocarbures. Que pouvez-vous nous dire sur les
recrutements dans votre secteur au niveau de ces zones et les dernières décisions prises
à ce sujet et celui du renouvellement des contrats des travailleurs ?
C. K. : Notre secteur
applique la législation du travail et les directives du gouvernement. Il ne peut pas
créer suffisamment demplois pour régler le problème du chômage en Algérie. Ce nest
pas sa fonction. Il contribue bien sûr à résorber une partie du chômage. Les autres
secteurs, les services, le bâtiment, lagriculture, lindustrie et le tourisme
sont en train de créer de nouveaux emplois. Le gouvernement a des programmes de réformes
du système bancaire, de lemploi jeune, de lANDI, du CNI, du CPE dans linvestissement
et la privatisation. Toutefois, notre secteur crée des milliers demplois dans les
réalisations de projets à travers tout le territoire. Nous avons des projets de forages,
de génie civil, de construction de pipes, délectrification rurale, nous
investissons à ce sujet plus de 50 millions de dollars par an, de construction de
raffineries, de centrales électriques, de dessalement, une usine dhélium, les
projets intégrés de Gassi Touil... Sans oublier les carrières et les mines. Tous ces
projets nécessitent des services de toutes sortes. Cest des milliers demplois
à travers tout le territoire.
Nous développerons bientôt des gisements au sud
et à louest de Hassi Messaoud qui vont nous permettre de créer des milliers demplois
dans la région et ajouter à terme près de 200.000 b/j. Nous développerons également
une usine de GTL (gas to liquid) avec les gisements de Tinhert. Le groupement Sonelgaz et
ses sept filiales prochaines nécessiteront également le recrutement de jeunes experts
dans tous les domaines. La transformation de lIAP en groupement avec la corporate
university, qui se fait dans le cadre de partenariats avec des universités algériennes
et étrangères, formant des milliers de personnels en Algérie, nécessitera beaucoup de
recrutement dans ce domaine.
Nous pensons que le Sud ne devrait plus être
considéré comme une région où on doit travailler et revenir ensuite au Nord. Je pense
que le temps est fini où les gens allaient du Nord au Sud parce que cétait une
région difficile, avec un salaire conséquent. Cest une région de notre pays qui a
les infrastructures nécessaires à la vie normale. Le Sud a maintenant ses universités,
ses hôpitaux, ses écoles, ses infrastructures de base. Et où nos ingénieurs doivent sétablir
et vivre en famille dans le cadre dune carrière à Sonatrach. Nos professionnels ne
devraient plus argumenter pour être payés plus pour aller au Sud. Ils devraient accepter
des salaires qui doivent être normaux, sétablir en famille et élever leurs
enfants comme ils les élèvent à Alger, Oran ou Skikda. Nous éviterons avec cela des
problèmes de déracinement où après la retraite le personnel se retrouve dépaysé au
Nord et pas tout à fait enraciné au Sud. Voilà un peu nos idées dans le domaine. Dans
les années 70, on encourageait cette politique, mais en 2004 doit-on faire de même ? Je
pense que non.
Nous allons aussi créer des centres de recherches
amont et aval, des centres de formation à Oran, Alger. Et enfin, il y a linternalisation
des activités de Sonatrach où beaucoup de nos experts iront travailler et concurrencer
ceux dautres pays. Nous le faisons déjà. Cest cette culture que nous
développons, ce sont des postes de travail que nous créons. Et nous avons mis en place
la procédure dappels à candidature dans toutes les entreprises du secteur, y
compris le ministère. Nous avons donné plus de chance aux gens de postuler. Nous avons
également mis en place lobservatoire féminin pour encourager notre personnel
féminin à avoir plus de chance surtout daccès à des postes supérieurs. Le
Baosem va créer, par ailleurs, des emplois et une dynamique qui nexistaient pas non
plus auparavant.
Q. O.: Il est
compréhensible que le secteur applique les directives du gouvernement. Mais passer par
les agences de lAnem pose problème à nombre de sociétés.
C. K. : Non, les agences
de lAnem ont un rôle important. Celui de donner lopportunité à nos jeunes
de postuler. Cest fait dans un cadre transparent, ouvert. Cest une procédure
que nous privilégions dans le secteur. Je crois que les entreprises doivent jouer le jeu.
Il faudrait que les entreprises traitent leur personnel dune manière convenable en
terme de salaires, davantages. Il ny a pas de raison que les entreprises
publiques payent des avantages à leurs travailleurs et que les autres ne le fassent pas.
Toutes les entreprises doivent traiter leur personnel en terme de conditions de travail
dans le cadre des normes imposées par lEtat. Ceci doit bien marcher et il y a
toujours des recours au cas où il y aurait des problèmes quelconques. Je crois que pour
linstant ça a lair de fonctionner.