Communiqué de presse de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'Industrie au colloque de la Sonatrach, consacré à " l'engagement pour un développement durable "

2 juillet 2003

 

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président Directeur Général,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse d'inaugurer aujourd'hui aux côtés de mon homologue algérien,' ce colloque organisé par la Sonatrach, dans le cadre de l'année de l'Algérie en France.

Au lendemain de la première réunion du groupe de travail franco-algérien sur l'énergie, il s'agit d'un moment important dans les relations énergétiques entre nos deux pays, relations étroites et déjà anciennes qu'il est souhaitable d'approfondir encore dans le domaine, de l'industrie mais aussi dans celui du développement durable, sujet de ce colloque.

Le secteur de l'énergie, et plus particulièrement celui des hydrocarbures, constitue en effet un terrain propice à la coopération entre nos deux pays, du fait des liens étroits d'interdépendance qui nous unissent. Les approvisionnements en provenance d'Algérie assurent en effet près de 25% des importations françaises, la France constituant le deuxième débouché de l'Algérie. A un degré moindre, l'Algérie se place également au 8è rang de nos fournisseurs en pétrole brut.

Dans le domaine du gaz, notre relation, fort ancienne, s'est ainsi traduite par la signature de contrats de long terme, un outil particulièrement adapté au développement de cette énergie car il offre la visibilité nécessaire aux investisseurs.

Cette coopération doit être poursuivie, renforcée mais aussi adaptée au nouveau contexte concurrentiel européen.

L'entrée en vigueur de la première directive " gaz " de la Commission européenne, a en effet provoqué des changements importants dans l'organisation du secteur gazier. La loi de transposition que j'ai promulguée le 3 janvier 2003 permet ainsi de concilier l'ouverture maîtrisée du marché mais aussi le respect des obligations de service public et notamment de sécurité d'approvisionnement.

Ces évolutions ne remettent pas en cause l'utilité du système des contrats de long terme auquel la France a rappelé son attachement lors des différentes étapes de la négociation de cette directive. Les caractéristiques fondamentales de la chaîne gazière qui ont incité les opérateurs à développer cette forme contractuelle restent en effet aujourd'hui encore valides.

Il sera toutefois souhaitable que les producteurs et importateurs adaptent ces contrats, par la négociation, à ce nouveau contexte en donnant plus de flexibilité, qu'il s'agisse de leur durée, des formules d'indexation ou des obligations de livraison ou d'enlèvement. Il y a là une invitation évidente à l'innovation.

Je suis par ailleurs parfaitement confiante dans l'inventivité des opérateurs français et algériens qui ont su ensemble réussir de remarquables percées technologiques. Dès les années soixante, nos deux pays ont, en partenariat, bâti la première chaîne GNL mondiale, projet ambitieux s'il en fut. En 1995, Total et Sonatrach, à l'occasion d'une des premières collaborations entre Sonatrach et une compagnie internationale, ont mis en oeuvre des technologies complexes et nouvelles pour développer le gisement d'El Hamra.

La technologie n'est d'ailleurs pas le seul champ d'innovation. Ainsi, dans le cadre, du protocole d'accord de coopération du 8 juin 2000, visant à renforcer leur collaboration dans les secteurs de l'exploration et de la production, du commerce international, de l'approvisionnement et de l'ingénierie, GDF et Sonatrach ont innové en créant la première filiale commune producteurs/négociants, ayant pour objet la commercialisation de GNL hors du marché français.

Je ne doute pas que nous saurons écrire demain les nouvelles pages de cette histoire commune. De nombreux défis sont à relever et le développement de la demande gazière européenne offre de belles perspectives à tous les opérateurs. Le projet de gazoduc sous-marin Medgaz reliant l'Algérie et l'Espagne pourrait constituer dans un proche avenir un nouveau chantier commun, et je suis certaine que Total, GDF et Sonatrach nous feront part d'autres ambitions encore.

Je voudrais à cet égard souligner combien je souscris au thème de la deuxième journée de votre colloque, qui s'intitule : " l'énergie, facteur de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée ". Sur ce point, je voudrais me féliciter des progrès du dialogue euro-méditerranéen, qui illustre l'interdépendance des pays du Nord et du Sud de la Méditerranée et souligne la nécessité de renforcer notre coopération. Le projet Medgaz est un exemple concret des réalisations auxquelles les pays des 2 rives de la Méditerranée doivent s'atteler. Un autre domaine de coopération est évidemment celui du développement durable et dé la lutte contre l'effet de serre.

Le concept est aussi simple qu'essentiel : faire en sorte que notre développement ne ruine pas les conditions de notre propre survie sur Terre. En d'autres termes : notre civilisation industrielle est mise en demeure, par les faits eux-mêmes, de ne pas scier la branche sur laquelle elle est assise !

Il s'agit donc de conjuguer le développement économique avec le respect de l'homme et de son environnement.

Nous sommes en la matière confrontés à deux défis majeurs.

Le premier c'est celui de l'effet de serre. Nous émettons aujourd'hui 7 milliards de tonnes de CO2 alors qu'une stabilisation de la température de la planète supposerait de n'en émettre que 3 Milliards. Qui plus est, si rien n'est fait pour inverser les tendances, c'est plus de 10 milliards de tonnes qui devraient être émises d'ici 2030.

Or, les émissions de CO2 sont la cause principale des changements climatiques, dont on constate aujourd'hui les effets désastreux : réchauffement planétaire, catastrophes naturelles, inondations, etc... Les travaux du Groupe Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) sont sans contestation possible sur ce point.

Nous devons donc impérativement travailler à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les engagements de la France sur ce point sont clairs et ambitieux : nous devrons diviser nos émissions par 4 d'ici 2050.

Le second c'est celui des inégalités qui existent entre les pays en matière d'accès à l'énergie. Ces inégalités ne sont pas durables et il importe que les pays développés facilitent par leurs investissements et les transferts de technologie l'accès des pays en développement à l'énergie.

Comment face à ces défis, concilier l'usage des hydrocarbures avec le développement durable ?

Je serais tout d'abord tentée de dire que le pétrole et le gaz sont de fait un " mal nécessaire " tant les hydrocarbures tiennent une place essentielle et surtout continueront à assurer une partie très importante des besoins énergétiques mondiaux, compte tenu de la consommation croissante des pays en développement. Il s'agit là de la conséquence directe de la forte poussée démographique et d'une croissance économique dynamique, nécessaire pour accéder à davantage de prospérité. Cette tendance est au demeurant amplifiée par une urbanisation rapide, qui accompagne les progrès de l'industrialisation.

De surcroît, il n'existe pas à ce jour, malgré les progrès enregistrés, d'énergie capable d'assurer massivement, à un coût abordable, la relève des hydrocarbures, à l'horizon de 20 ans. Malgré un fort développement que le Gouvernement entend soutenir massivement, les ENR ne pourront en effet constituer qu'un complément et non une alternative. C'est notamment le cas pour les biocarburants. Quant à l'hydrogène, il importe de développer la recherche pour faire sauter les verrous technologiques avant de pouvoir déployer cette filière. Compte tenu de cette dépendance à moyen terme, il importe que la collectivité internationale mette en commun ses efforts suivant trois axes :

Le premier axe c'est celui de la maîtrise de l'énergie dans les pays de l'OCDE et de l'amélioration de l'efficacité énergétique dans les pays en développement. La France entend inscrire cette exigence de sobriété dans la loi d'orientation sur les énergies que je présenterai à l'automne.

Le deuxième axe, c'est celui du progrès technologique. Nous devons en effet engager, au niveau mondial un effort massif en faveur de la recherche visant à développer des technologies qui permettent de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre, engendrées par l'utilisation des hydrocarbures. Il nous faut dans cet esprit promouvoir des concepts techniques mettant en oeuvre l'amélioration des rendements, le stockage ou' la séquestration du CO2.

Je veux souligner que la France dispose dans ce domaine d'un outil incomparable : l'Institut Français du Pétrole, qui constitue un véritable vecteur de diffusion technologique. Je sais, au demeurant que l'Institut Français du Pétrole mène une politique active avec l'Algérie, où il est très présent.

Enfin, troisième axe, un recours accru au gaz. Le gaz constitue, en effet à n'en pas douter une première réponse au défi du CO2. Moins polluant que le pétrole et le charbon, il émet en particulier moins de CO2 ; aussi est-il pertinent d'en favoriser l'usage. De ce point de Vue, compte tenu de ses réserves en gaz, l'Algérie est appelée à accroître considérablement ses exportations vers les grands pays consommateurs et à jouer à ce titre un rôle accru dans le développement durable.

Consciente de la richesse de vos expériences, confiante dans l'audace de vos réflexions, impatiente enfin d'en recueillir les fruits, je tiens à vous redire toute l'importance que revêt à mes yeux ce colloque. Il symbolise l'intensité de l'amitié franco-algérienne, et présage bien de l'avenir de nos relations énergétiques.

Je vous remercie.