10ème Conférence Méditerranéenne sur le Gaz

Du 29 septembre au 1er octobre 2003
Hôtel Hilton - Alger

 

" Le gaz naturel dans la politique énergétique algérienne "

 

Dr Chakib Khelil
Ministre de l’Energie et des Mines

 

Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de remercier les organisateurs de m’avoir invité à cette 10ème Conférence Méditerranéenne sur le Gaz. Cet événement est prometteur vu la qualité et le nombre des participants ici présents d’autant plus qu’il constitue un cadre privilégié d’échanges et de dialogue entre les spécialistes de l’industrie du gaz naturel sur des sujets d’actualité d’intérêt commun.

J’éprouve donc un réel plaisir d’être parmi vous aujourd’hui. Suivant le vœu des organisateurs de cette manifestation mon intervention sera focalisée sur le " Rôle du gaz naturel dans la politique énergétique algérienne ".

D’une manière générale, le Secteur de l’Energie inscrit sa stratégie gazière dans la nouvelle politique énergétique algérienne arrêtée par le Programme du Gouvernement dans un contexte mondial caractérisé par l’ouverture des marchés, la rationalisation de la consommation de l’énergie et la préservation de l’environnement.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Les études sur les perspectives de la demande énergétique mondiale convergent pour confirmer la tendance de la forte pénétration du gaz naturel dans la demande d’énergie. La majorité des experts s’attendent à ce que la demande en gaz naturel connaisse la progression la plus importante par rapport aux autres sources d’énergie, notamment au cours des trois prochaines décennies.

Le gaz naturel est désormais considéré comme une énergie de premier choix pour le 21ème siècle, en raison de sa disponibilité et de sa qualité d’énergie propre qui joue un rôle de plus en plus grand dans la génération électrique.

Pays gazier, l’Algérie est attentive aux évolutions du marché énergétique mondial et européen en particulier et inscrit sa stratégie énergétique et de développement en tenant compte des possibilités de partenariat et de coopération, entre producteurs, opérateurs industriels, vendeurs, et consommateurs.

Le marché de proximité du gaz algérien est l’Europe où le gaz naturel occupe une place importante dans le modèle de consommation européenne. Sa part dans la demande d’énergie primaire au sein des pays de l’Union Européenne a atteint 24% en 2000, alors qu’elle était négligeable dans les années 1960 (moins de 2%). Cette tendance devrait, selon les spécialistes, se poursuivre, voire s’accélérer dans les prochaines années.

Par conséquent, le niveau des importations européennes en gaz naturel va plus que tripler pour atteindre 625 milliards de m3 en 2030. Ce qui impliquera un niveau de dépendance de 63% à l’horizon 2030, comparé à 35% en 2000.

Ce niveau de dépendance envers le gaz naturel importé est à l’origine de la priorité accordée à la sécurité d’approvisionnement tant par les institutions gouvernementales que par la Commission Européenne.

Je tiens à rappeler que les pays producteurs du gaz naturel ont joué, jusque là, un rôle important dans la sécurité énergétique de l’Europe en contribuant pleinement aux approvisionnements en gaz naturel de cette région grâce aux contrats à long terme.

Le développement formidable de l’industrie du gaz naturel qu’a connu l’Algérie, au cours de ces deux dernières décennies, a été rendu possible, de son côté, grâce à des accords équilibrés auxquels ont souscrit toutes les parties intervenant au long de la chaîne gazière, de la production du gisement jusqu’au point de consommation finale. Ces accords ont été conclus et exécutés dans un environnement juridique stable et garanti par les pouvoirs publics respectifs des fournisseurs, des acheteurs, des institutions financières et des pays importateurs.

De manière générale c’est ce même esprit de coopération, animé par une vision à long terme, entre les différents opérateurs de l’industrie gazière qui est à l’origine du développement du commerce international du gaz et de la sécurité d’approvisionnement des pays consommateurs.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Pays émergeant l’Algérie s’est fixée deux objectifs pour faire face à ses besoins de développement, à partir de ses importantes réserves en gaz naturel : assurer la satisfaction des besoins nationaux en énergie tout en maximisant les revenus tirés de ses exportations pour financer son développement économique et social.

Sur le plan national la couverture des besoins internes est un objet constant de notre programme d’action. Le Programme Triennal 2002-2004 de distribution publique de gaz naturel engagé par le Gouvernement, prévoit la réalisation de 8.000 Km de réseaux pour le raccordement de 188 nouvelles localités et l’alimentation 360.000 foyers.

Au cours de l’année 2002, il a été procédé à la mise en service de nouveaux réseaux gaziers dans 24 localités; la pose de 2.293 km de réseaux de distribution; la réalisation de 318 km de réseaux de transport; et le branchement de 97.627 foyers. Le taux de pénétration du gaz naturel est de l’ordre de 30%.

En matière d’électrification rurale, le taux d’électrification atteint 95% en Algérie et pour l’année 2004, il est prévu de raccorder encore 11.000 nouveaux foyers sur un programme entièrement financé par l’Etat.

Par ailleurs, mettant à profit les synergies issues de la convergence gaz-électricité, d’importants projets de génération électrique ont été engagés en partenariat telles que les centrales électriques de grande capacité d’Alger, de Skikda et d’Arzew, toutes adossées à des projets de dessalement d’eau de mer.

L’exploration et le développement de nos réserves en hydrocarbures et leur exploitation optimale occupent une position clé dans la stratégie que nous avons adoptée.

Plus d’une vingtaine de contrats d’association dans le domaine de la recherche /production ont été signés durant ces trois dernières années avec des compagnies étrangères grâce à de nouvelles procédures de passation des marchés transparentes et équitables. Notre capacité de production en huile et en gaz est en progression constante.

De nouvelles formules de partenariat sont mises en œuvre. À titre d’exemple la SONATRACH a initié pour la première fois et selon de nouvelles formules de partenariat qui vont d’amont en aval dans le domaine gazier le lancement d’un projet intégré à Gassi Touil qui prévoit : le développement des champs de cette région ; le transport du gaz ; la construction d’un nouveau train de liquéfaction d’une capacité de 4 à 5 millions de tonnes par an ainsi que la commercialisation du GNL produit.

Dans le cadre de son redéploiement international et de l’élargissement de son portefeuille la SONATRACH est partie prenante au developpement du gisement de gaz de CAMISEA au Pérou en association avec la société Argentine Pluspetrol et des entreprises américaine et sud-coréenne. La SONATRACH détient une participation de 10% de l’amont et de 20% dans le segment transport. Des discussions sont en cours pour une autre prise de participation dans l’unité de GNL dont le gaz sera destiné au marché nord-américain.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Notre stratégie énergétique privilégie le recours à l’investissement direct privé national et étranger en partenariat. De son côté le partenariat avec les sociétés internationales a été un levier décisif dans le développement du secteur des hydrocarbures. Celui-ci s’est enrichi et diversifié durant ces trois dernières années grâce à la généralisation de nouvelles procédures plus efficientes en matière de passation des contrats.

Au plan international, l’Algérie a joué un rôle de pionnier dans l’industrie du gaz dont le formidable développement a été rendu possible grâce à des accords à long terme équitables donnant des avantages équilibrés à toutes les parties intervenant au long de la chaîne gazière.

L’existence d’infrastructures gazières importantes, reliant notre pays au continent Européen, est le témoin physique des relations pérennes que l’Algérie entretient avec l’Europe grâce à ce type de contrats : complexes de GNL ; gazoducs transméditerranéens (Enrico Mattei) et Maghreb-Europe (Pedro Duran).

L’Algérie figure, comme vous le savez, parmi les trois principaux fournisseurs de gaz à l’Europe à côté de la Russie et de la Norvège. Actuellement plus de 95% de nos exportations de gaz sont destinées à l’Europe. Sur le plan bilatéral les importations de source algérienne représentent 88% des besoins du Portugal, 64% pour l’Espagne, 38% pour l’Italie, 24% pour la France et 26% pour la Grèce pour ne citer que ces pays.

Nos partenaires ont ainsi bénéficié jusqu’ici des avantages procurés par la proximité de sources d’approvisionnement en gaz fiables et sécurisées, que n’ont pas démenties mêmes les moments difficiles qu’a connus dans un passé récent l’Algérie.

La capacité des deux gazoducs qui transitent respectivement par la Tunisie et le Maroc sera renforcée prochainement. Mieux encore, l'Algérie a anticipé sur les besoins futurs de l’Europe en envisageant la réalisation de nouveaux gazoducs reliant directement l’Italie et l’Espagne et associés à deux liaisons par câbles destinées à l’exportation de l’énergie électrique vers l’Europe.

Des accords conclus avec l’Espagne et l’Italie prévoient la réalisation en partenariat avec différents opérateurs européens de deux gazoducs sous-marins reliant directement chacun de ces pays à l’Algérie. Pour assurer la rentabilité globale des projets et au regard des besoins manifestés de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée des câbles électriques et des lignes en fibre optique seront installés simultanément à la pose sous-marine de ces gazoducs :

Ces trois projets d’une portée géostratégique indéniable sont en conformité avec les objectifs visés dans le cadre du partenariat Euro-Méditerranéen, découlant du Sommet de Barcelone et avec l’esprit de l’Accord d’association que l’Algérie a signé avec l’Union l’Européenne.

Les investissements programmés par Sonatrach, sur les dix prochaines années, visent à accroître le niveau de nos exportations annuelles de 60 milliards de m3 à 85 milliards de m3 à l’horizon 2010.

Cette démarche illustre clairement la contribution de l’Algérie dans l’élargissement de la coopération Sud-Sud et Nord-Sud. Comme on le voit l’Algérie s’affirme de plus en plus comme une tête de pont énergétique vers l’Europe qui lui donne un rôle d’acteur important dans l’approvisionnement de l’Europe et contributeur à la protection de l’environnement.

La réalisation de ces projets implique, comme on le devine, des capitaux importants. Nous devons faire face par conséquent à leurs problèmes de financement. Leur rentabilité ne peut à l'évidence se mesurer à l’aune du calcul micro-économique ni sur le court terme. Les bénéfices de leurs effets induits sortent du cadre de cette approche.

La sécurité énergétique, la protection de l’environnement en conformité avec les dispositions pertinentes des Nations-Unies sur le développement durable ou les règles du protocole de Kyoto relèvent d’abord de la compétence des Etats. La finalité de ces projets bâtis sur le long terme a un coût qui relève d’abord de leurs prérogatives. Cette finalité, dont les études de faisabilité doivent tenir compte, est maintenant admise par nos partenaires, européens notamment. Il reste à trouver les formules nécessaires à l’apport des capitaux privés et publics pour la réalisation indispensable de ces projets.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Le contexte actuel de libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité nous commande d’opter pour une attitude responsable en vue de préparer un avenir énergétique durable et bénéfique à tous. C’est dans ce cadre qu’a été promulguée en février 2002 en Algérie une nouvelles loi sur l’électricité et de gaz.

L’Algérie demeure convaincue de l’intérêt du renforcement de la coopération entre les différents intervenants dans l’industrie du gaz et de son dérivé l’énergie électrique pour que cette ouverture soit bénéfique à tous les opérateurs et aux consommateurs.

Je constate avec plaisir que les événement évoluent favorablement en matière de coopération régionale. En effet :

Ce programme inclut les projets de gazoduc MEDGAZ et GALSI ainsi que le câble électrique reliant l’Algérie à l’Espagne que la Commission européenne considère maintenant comme " projet prioritaire ".

C’est pourquoi, nous avons estimé avec d’autres pays producteurs que le changement du cadre réglementaire régissant les marchés gaziers devrait se faire de manière concertée et progressive afin de permettre à tous les acteurs de s’adapter aux nouvelles situations, en identifiant les voies et les moyens adéquats pour la préservation de leurs intérêts respectifs. Le dialogue et la concertation nous semblent être les moyens les plus appropriés pour atteindre cet objectif.

Une telle préoccupation a été évoquée lors de la Table Ronde des pays producteurs de gaz, tenue à Alger en septembre 2002 et de la réunion de Doha tenue au printemps dernier, quand les représentants des pays exportateurs, des compagnies gazières, des institutions financières et de la Commission Européenne, ont convenu de la nécessité de préserver les contrats de long terme en raison de leur rôle dans la sécurité d’approvisionnement et le bon fonctionnement des marchés du gaz naturel tout en préservant les intérêts des pays producteurs et des bailleurs de fonds.

C’est un signe encourageant de la part de la Commission Européenne qui admet maintenant le rôle joué par les contrats à long terme dans le développement des marchés gaziers européens. La récente proposition de Directive du Parlement européen et du Conseil relative à la sécurité énergétique reconnaît l’importance de ces contrats dans la sécurité d’approvisionnement de l’Europe. Elle affirme aussi que ces contrats à long terme constituent un élément important de stabilité pour les fournisseurs extérieurs et permettent d’améliorer la capacité de ces fournisseurs de poursuivre le développement de grands projets.

En septembre dernier, lors du 8ème Forum international de l’Energie qui s’est tenu l’année dernière à OSAKA (Japon), l’Algérie a eu à l’occasion de la réunion des pays producteurs et exportateurs de gaz de souligner encore la nécessité de renforcer la concertation et la solidarité entre tous les acteurs. Nous sommes convaincus que ces deux conditions aideront l’industrie du gaz à se développer normalement et à se prémunir des effets négatifs causés par les changements aléatoires dans les relations internationales.

En conclusion les lois du marché, livrées à elles-mêmes, ne me semblent pas suffisantes pour garantir la sécurité d’approvisionnement des pays consommateurs ni protéger les intérêts des opérateurs. Vu l’ampleur des enjeux en présence l’implication des Etats est plus que nécessaire.

L’histoire contemporaine de ces dernières décennies et les leçons à en tirer indiquent clairement qu’il faut privilégier la concertation et les approches en termes de jeux coopératifs.

Je vous remercie pour votre attention et déclare solennellement ouverte cette 10ème conférence méditerranéenne sur le gaz, en souhaitant un plein succès à vos travaux.