LNG Ministerial Summit

  

Allocution du

Docteur Chakib Khelil
Ministre de l’énergie et des Mines

 Washington DC, 17 et 18 décembre 2003

 

 

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je remercie d’abord Monsieur Barry K. Worthington, directeur exécutif de la United States Energy Association (USEA), de m’avoir invité à ce Sommet ministériel sur le gaz naturel liquéfié (LNG). C’est pour moi un réel plaisir d’être parmi vous aujourd’hui.


Mesdames et Messieurs,

La question de l’énergie doit être inscrite au centre des défis que nous impose la globalisation économique, et que nous devons affronter dans un monde en changement continu.

Le processus de globalisation est accompagné par la constitution de grands groupes économiques régionaux (Union Européenne, Alena, Mercosur, Asean, etc.). Ces espaces économiques se veulent des réponses adaptées à ce mouvement de mondialisation pour tirer profit des avantages comparatifs de leur niveau de développement économique et/ou de leur dotation en ressources.

Ce processus va, certes , dans le sens d’une intégration de plus en plus poussée de l’économie mondiale. Mais on ne peut encore parler de relations interdépendantes profitables à tous les acteurs.

L’interdépendance entre nations induit comme mode d'action, le souci de l’intérêt mutuel et va à contre sens de toute conception égocentrique des relations internationales. Cela est aussi vrai pour les marchés énergétiques.

Depuis les tragiques événements du 11 septembre 2001, l’idée que la sécurité ne peut être que globalement pensée n’a jamais été aussi vraie qu’aujourd’hui.

La sécurité de quelque nation que ce soit ne peut s’inscrire dans la durée en l’absence d’une stabilité internationale. Celle-ci ne peut elle-même résulter que d’une coopération économique, mutuellement profitable, bâtie sur le dialogue et la concertation.

Compte tenu de ces observations, les hydrocarbures, en raison de leur rôle central dans l’économie et de leur statut particulier dans les relations internationales, se posent à la fois en tant qu’enjeu mais aussi en tant que moyen de développement et de rapprochement entre nations.

Par son impact sur la promotion du développement durable et sa distribution géographique le gaz naturel, peut contribuer, à fortiori, à ce que la globalisation économique se déroule au profit de tous les partenaires.


Mesdames et Messieurs,

La consommation mondiale de gaz naturel devrait croître, au cours des vingt prochaines années, à un rythme d’environ 3,2%, contre 2,2% pour le pétrole et 1,8% pour le charbon. Évidemment, cette croissance sera plus accentuée dans certaines régions que dans d’autres.

En Asie, l'Inde et la Chine en particulier devraient enregistrer un taux de croissance de la consommation de gaz naturel plus fort que dans le reste du monde, que certains analystes estiment à 4%/an.

En Europe, la consommation de gaz naturel devrait passer de 650 Gm3 en 2002 à environ 800 Gm3 en 2010.

Selon la Commission Européenne, le gaz naturel répondrait en 2020 à 27% des besoins énergétiques de cette région, contre 24% en 2000. Cette progression serait essentiellement due au secteur de la génération électrique qui devrait absorber, à lui seul, environ 50% de la demande additionnelle.

Le déclin de la production gazière intérieure qui, toujours selon la Commission Européenne, ne devrait plus représenter que 2% du total mondial, accentuera la dépendance de l’Union Européenne élargie vis à vis des importations de gaz naturel. Cette dépendance devrait atteindre 80% en 2030.

Le Royaume-Uni, en particulier, devrait se transformer dés 2005 d’exportateur net en importateur net de gaz naturel. Des tensions sur l’offre de gaz se font déjà ressentir, traduisant un bilan gazier fragile particulièrement en période hivernale.

Les États-Unis n’échappent pas à cette tendance et feront preuve d’un dynamisme des plus étonnants parmi les marchés gaziers les plus matures. En effet, la demande américaine devrait progresser selon l’Energy Information Agency (EIA) de 766 Gm3 en 2010 à 910 Gm3 en 2020.

La production locale, qui devra faire face à un certain nombre de défis, ne serait en mesure de couvrir qu’une partie de cette croissance.

Certes, le recours au gaz naturel à partir du Canada, source d’approvisionnement naturel pour les États-Unis, devrait se maintenir mais une percée substantielle des importations de GNL devra être réalisée pour répondre à toute la demande attendue. En 2025, le GNL représenterait 6% de l’approvisionnement total, soit pour un marché de la dimension de celui des États-Unis, un volume d’environ 60 Gm3.

Les fournisseurs gaziers traditionnels et nouveaux auront ainsi de nouvelles opportunités de renforcer leurs parts de marché. Mais ces observations soulignent aussi la nature et l’ampleur des défis qui se posent au développement de nouvelles réserves gazières et à leur commercialisation.


Mesdames et Messieurs,

Contrairement au pétrole l’industrie du gaz s’est développée historiquement sur deux bases essentielles : les contrats de longue durée et les marchés régionaux (États-Unis, Europe et Sud-Est Asiatique). C’est ce qui explique la quasi inexistence d’un marché mondial du gaz naturel.

On constate que, 5% seulement de la production commercialisée dans le monde fait l’objet d’échanges inter-régionaux, principalement sous forme de GNL, avec des prix qui varient considérablement d’une région à l’autre.

Alors que la croissance des exportations du gaz par pipe a connu une progression de 39% entre 1995 et 2001, celle du commerce du GNL a été de 55% pour la même période. Cette dynamique devrait entraîner le décloisonnement progressif des marchés régionaux.

Le GNL a par ailleurs représenté, en 2002, 35% des échanges de gaz naturel dans le monde avec un volume total de 150 Gm3.

Plusieurs facteurs ont contribué à un tel développement. On citera, en premier lieu, la baisse des coûts de liquéfaction et de transport grâce aux avancées technologiques, et le développement de nouvelles unités de liquéfaction.

Face à cette tendance et pour répondre à la demande croissante de gaz naturel, tant en Europe, aux États-Unis qu’en Asie, plus d’une cinquantaine de projets de terminaux de regazéification sont déjà envisagés.

Cette demande additionnelle a fait surgir de nouveaux producteurs de GNL qui développent, pour certains d’entre eux, des stratégies globales visant à leur assurer une présence significative dans toutes les régions du monde.

Ce décloisonnement régional a été également rendu possible par le développement des ventes spot et l’émergence de véritables opportunités d’arbitrage entre les marchés, notamment entre les États-Unis qui offrent depuis trois ans une conjoncture de prix extrêmement favorable au GNL, et l’Europe.

En effet, les transactions de GNL en spot ont connu une importante progression et ont représenté environ 8% des échanges internationaux de GNL en 2002.

L’émergence de ces transactions à court terme, ces quatre dernières années, s’explique tout d’abord par l’arrivée de nouvelles chaînes de liquéfaction et l’extension d’usines déjà en fonctionnement.

Ces volumes vendus en spot permettent une gestion optimale des capacités de production et des méthaniers, en attendant le démarrage de nouveaux contrats à long terme. Ces transactions en spot, représentent d’autre part pour les acteurs émergents, une clef d’entrée, un point de départ pour développer leur présence futur sur les marchés gaziers.

Je voudrais rappeler à cet égard que SONATRACH se situe pour des raisons de stratégie commerciale parmi les acteurs les plus actifs en matière de ventes spot. Pour l’année 2002, les volumes commercialisés en spot par SONATRACH se sont élevés à plus de 2 milliards de m3.

Il est difficilement imaginable toutefois que ces transactions, qui sont plus un outil de flexibilité et d’optimisation, se substituent dans un avenir prévisible aux contrats à long terme, qui sont les seuls à même de garantir la sûreté et la sécurité des approvisionnements tout en préservant les intérêts des producteurs.

Ce sont les seuls instruments à couvrir équitablement le risque prix et le risque volume entre producteurs et consommateurs. Sinon comment envisager de construire autrement des chaînes gazières, financièrement lourdes, sur la base de transactions aléatoires et basées sur des opportunités conjoncturelles ou sporadiques ?

Le tableau optimiste de l’évolution de la demande gazière mondiale, que je viens de présenter, ne doit en aucun cas occulter les difficultés et les défis qui se posent à l’ensemble des opérateurs et plus particulièrement aux producteurs exportateurs de gaz naturel.

En Europe, par exemple, l’euphorie d’il y a quelques années est aujourd'hui tempérée par de nombreuses interrogations engendrées par un environnement plus complexe et plus incertain qu’auparavant en ce qui concerne la conciliation de l’ouverture du marché énergétique européen avec la nécessité d’assurer la diversification et la sécurité de ses approvisionnements.

Il faut rappeler que ce sont les dispositions contractuelles classiques basées sur une vision de long terme et sur le partage des risques entre acheteur et vendeur, grâce à la clause take or pay, qui ont permis la construction des marchés gaziers européens. C’est grâce aussi à ces dispositions que les importants investissements requis par les chaînes gazières ont été réalisés.

On observe par ailleurs que l’ouverture instaurée par les différentes directives gaz en Europe est loin d’imposer une liberté de circulation réelle de l’énergie. De nombreuses contraintes telles que les difficultés d’accès à certains marchés, la dénégation officieuse du droit d’établissement pour les compagnies de certains pays producteurs et la réintroduction d’une planification rigide en sont les causes essentielles.

Il apparaît clairement que l’Europe n’offre pas encore les mêmes garanties d’ouverture, de transparence et de non discrimination que peut offrir le marché américain.

Ces évolutions qui ont modifié les cadres législatifs et institutionnels, conjuguées à l’accroissement important de la demande de gaz naturel attendu, à moyen et long termes, ont incité, les pays fournisseurs de gaz naturel, à créer un espace de concertation consacré exclusivement à cette source d’énergie. Ce Forum des Pays Exportateurs de Gaz naturel permet à ces pays de débattre des préoccupations nées de ces mutations et de divers sujets d’intérêt commun.

Le Forum s’attelle également à promouvoir et à consolider le dialogue et une relation d’entente étroite entre vendeurs et acheteurs. Ce lien est du reste tout à fait naturel dans notre conduite tendue vers le dialogue et la concertation.


Mesdames et Messieurs,

Plus d’une vingtaine de contrats d’association dans le domaine de la recherche /production ont été signés par l’Algérie, durant ces trois dernières années, avec des compagnies étrangères grâce à de nouvelles procédures de passation des marchés transparentes et équitables. Notre capacité de production en huile et en gaz est en progression constante.

De nouvelles formules de partenariat sont mises en œuvre. À titre d’exemple, la compagnie nationale SONATRACH a initié pour la première fois et selon de nouvelles formules de partenariat qui vont d’amont en aval dans le domaine gazier le lancement d’un projet intégré à Gassi Touil qui prévoit : le développement des champs de cette région ; le transport du gaz ; la construction d’un nouveau train de liquéfaction d’une capacité de 4 à 5 millions de tonnes par an ainsi que la commercialisation du GNL produit.

Dans le cadre de son redéploiement international et de l’élargissement de son portefeuille la SONATRACH est partie prenante au développement du gisement de gaz de CAMISEA au Pérou en association avec la société Argentine PLUSPETROL et des entreprises américaine et sud-coréenne. La SONATRACH détient une participation de 10% de l’amont et de 20% dans le segment transport. Des discussions sont en cours pour une autre prise de participation dans l’unité de GNL dont le gaz sera destiné au marché nord-américain.

Dans ce contexte, SONATRACH a signé avec STATOIL un accord de vente de GNL portant sur un volume Ex-Ship de 1 Gm3/an. Ceci lui permettrait de renforcer sa présence sur le marché gazier américain.

SONATRACH détient également une participation de 10% du capital social de Reganosa, société chargée de réaliser et d’exploiter un terminal de stockage de GNL et de regazéification à Mugardos, et d’un système de transport de gaz à Galicia en Espagne.

SONATRACH va également approvisionner en GNL, à travers une JV avec notre partenaire BP, l’un des plus importants marchés gaziers en Europe, en l’occurrence le marché britannique. Ceci permettra d’approvisionner et de fournir conjointement près de 5 milliards de m3 de gaz sur le marché britannique à l’horizon 2005, ce qui représente environ 5% des besoins de ce marché.

L’avènement de ces nouvelles livraisons de GNL sera assuré à travers le terminal de Isle of Grain (situé sur la Medway River) pour lequel cette JV a remporté l’appel d’offres concernant la réservation de la capacité de ce terminal de regazéification. Cet accord permettra au GNL algérien, l’une des sources les plus compétitives et les plus fiables, un retour sur le marché gazier britannique, après une longue absence. En effet, la première cargaison fut livrée en 1965 sur le terminal de Canvey Island à partir de " La Camel " à Arzew.

Le transport des hydrocarbures ainsi que les installations annexes d’évacuation constituent l’un des segments privilégiés de la coopération internationale ou régionale recherchée par l’Algérie avec des partenaires du Nord comme du Sud afin de minimiser les risques financiers et d’alléger les dépenses de l’État.

Deux contrats ont été signés pour l’achat en partenariat de deux méthaniers pour le transport du GNL, l'un avec deux sociétés japonaises (ITOCHU/MITSUI), le second en partenariat avec l'armateur norvégien Bergesen pour un montant global de 380 millions de dollars. La réception des deux méthaniers est prévue en 2004.


Mesdames et Messieurs,

L’Algérie dispose des atouts et de la volonté nécessaires pour répondre à une partie de la demande future de GNL aux USA.

La relative proximité de l’Algérie, comparée aux autres sources non-américaines de gaz naturel, ainsi que la maîtrise reconnue de SONATRACH des métiers de la chaîne gazière, et sa fiabilité en tant que fournisseur de GNL lui confèrent des avantages certains.

Le récent contrat signé entre SONATRACH et Statoil en témoigne. En effet, ces deux compagnies ont signé un accord de vente de GNL sur une base Ex-Ship à destination du terminal de Cove Point (Maryland) et portant sur un volume annuel d’environ 1 Milliard de m3 par an à partir de novembre 2003.

La capacité de ce terminal (7,5 Milliards m3/an) est allouée, à parts égales (2,5 Milliards m3/an), à Shell, BP et à Statoil.

Situé sur la Côte Est des États-Unis, région à forte consommation en gaz, ce terminal bénéficie d’un premium sur les prix du gaz de référence du Nymex et permet également de réaliser des économies appréciables dans le transport maritime à partir de l’Algérie.

En outre, les ventes de Sonatrach vers ce marché, seul ou avec GDF dans le cadre de notre filiale commune MED LNG & Gas Ltd, seront supérieures à 1,3 Gm3 au cours de 2003.

C’est dans cette optique que Sonatrach a décidé de développer, dans une première phase, une nouvelle chaîne GNL en y associant des partenaires aux compétences avérées.

Ce projet de grande envergure, et intégré de l’amont à l’aval, prévoit le développement des champs de Gassi Touil, la réalisation d’infrastructures de transport, la réalisation d’une unité de liquéfaction d’une capacité de 4 à 5 Mt/an et la commercialisation conjointe du gaz.

Certes, le marché américain présente des opportunités réelles, mais il comporte également un certain nombre d’incertitudes et de contraintes qui pourraient entraver le développement de nouvelles chaînes GNL.

Aux Etats Unis, si de nombreux projets de terminaux de GNL, à différents stades d’avancement, sont aujourd’hui envisagés, il demeure que leur développement est conditionné par l’existence d’un cadre législatif clair et stable susceptible d’encourager des investissements d’une nature aussi capitalistique que celle du développement d’une chaîne gazière.

L’Algérie, mieux que nul autre pays, peut témoigner des impacts de ces changements législatifs dont elle a fait l’expérience dans les années soixante-dix.

L’engagement du processus de libéralisation à la fin des années soixante-dix a conduit à l’annulation des contrats d’approvisionnement signés avec des compagnies américaines pour lesquels des investissements colossaux dans l’outil de liquéfaction et de shipping avaient été engagés. Cette situation a eu des conséquences fâcheuses sur l’outil de production et de transport du GNL.


Mesdames et Messieurs,

L’Algérie est déjà l'un des principaux fournisseurs de l'Europe qui absorbe pour le moment 95% de nos exportations gazières, aux côtés de la Norvège et de la Russie. La présence algérienne sur ce marché remonte aux origines du développement de l'industrie gazière européenne avec la réalisation de la première unité de liquéfaction en Algérie.

Concernant le marché américain nos ventes de gaz représentent 120 millions de dollars, soit 5% des exportations algériennes de GNL, mais 22% dans les importations de gaz liquéfié aux USA.

Notre stratégie est, encore une fois, de nous adapter et d'investir pour la satisfaction de la demande future en impliquant les principaux acteurs de la chaîne, y compris ceux qui activent dans notre amont gazier. Nous donnons ainsi une nouvelle impulsion à notre partenariat avec des acteurs eux-mêmes interpellés par le changement.

L'Algérie qui participe depuis quarante ans à la formidable aventure du gaz possède des réserves qui équivalent aujourd'hui à ses réserves pétrolières.

Nous avons foi en l'avenir de l'industrie gazière et faisons appel au partenariat international pour satisfaire la demande future des pays consommateurs.

Je vous remercie pour votre attention.