Discours à l'ouverture des travaux de la première Conférence des ministres de l'Énergie d'Afrique et d'Amérique latine (AFROLAC)
S.E.M. Abdelaziz Bouteflika
10 février 2004, Palais des nations (Alger)
Monsieur le président de l’Union africaine,
Monsieur le président de l’Organisation latino-américaine de l’énergie (olade),
Monsieur le président de la Commission africaine de l’énergie,(afrec),
Messieurs les ministres, Messieurs les représentants des organisations
internationales et régionales,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes particulièrement honorés d’abriter cette première Conférence des ministres de l’Energie d’Afrique et d’Amérique latine (Afrolac).
Cette conférence a été recommandée par le 37e sommet de l’Union africaine, tenu à Lusaka en juillet 2001, sur proposition des ministres africains de l’Energie. Je tiens à féliciter les responsables de l’Organisation latino-américaine de l’énergie (olade) et de la Commission africaine de l’énergie (afrec) d’avoir pris en charge cette heureuse initiative et d’avoir organisé cette première rencontre du genre entre nos deux continents.
Cette conférence constitue ainsi une première mondiale puisqu’elle réunit les ministres de l’Energie de deux continents émergents autour du thème de l’énergie, du développement, et de la coopération.
A toutes et à tous, je souhaite la bienvenue et un agréable séjour dans notre pays.
Mesdames, Messieurs,
Le processus de globalisation a modifié les données traditionnelles de l’économie mondiale. Le monde est ainsi devenu plus large et plus complexe du fait de l’expansion extraordinaire des courants d’échanges, et en même temps plus restreint en raison du formidable essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Tout en se globalisant, et sous l’influence de la libéralisation, l’économie mondiale a donné naissance, entre autres, à de grands ensembles régionaux (Union africaine, Union européenne, Mercosur, Pacte andin, alena, asean, etc.) qui intéressent au premier chef nos pays. Votre participation à cette conférence en est une brillante illustration.
On ne peut que se féliciter de l’accélération du mouvement d’interdépendance induit par ces regroupements, dans la mesure où ce mouvement favorise le rapprochement et la compréhension entre les peuples. Force est de constater cependant que, dans l’état actuel des choses, ce processus n’a pas atténué, loin s’en faut, les clivages économiques entre pays du Nord et pays du Sud.
Le nouvel ordre économique qui s’instaure n’a pas dissipé pour autant la domination économique des plus forts, ni éloigné une certaine conception unipolaire des affaires mondiales qui s’oppose à la démocratisation des relations internationales.
La disparité des conditions de vie entre le Nord et le Sud est de plus en plus profonde. Plus de deux milliards d’être humains vivent avec moins de un dollar de revenu par jour. L’accès à l’énergie, à l’éducation et aux soins médicaux leur est quasiment impossible.
Nos pays sont largement concernés par les graves déficits en termes d’accès aux énergies commerciales et aux autres ressources vitales pour le développement socioéconomique.
Les deux tiers de la population africaine ne disposent que des ressources de la biomasse et du bois de coupe pour leur approvisionnement énergétique. Dans certains pays africains, cette source d’énergie représente 80% de la consommation totale d'énergie primaire. Avec la croissance démographique, le bois devient une ressource rare dans de nombreuses régions. Cette utilisation a des conséquences sur la santé des populations et sur l’environnement par ses effets sur la déforestation dans des régions déjà fragilisées par la sécheresse.
De manière plus générale, on assiste à une pollution croissante, de plus en plus perceptible, de notre planète. Cette pollution suscite nos préoccupations écologiques en ce qui concerne la préservation de notre milieu de vie et qui sera légué aux générations futures. Cette situation relève d’une responsabilité collective impliquant des mesures correctives urgentes comme cela a été rappelé lors du Sommet de la Terre de Johannesburg.
Les changements que nous attendons, pour le profit de tous, exigent une coopération et une concertation permanentes entre nos pays.
En ce qui concerne notre région, la création de l’Union africaine est un signal politique fort de notre volonté de renaissance et de participation aux décisions qui déterminent les évolutions régionales afin de parvenir à une meilleure harmonisation des relations économiques internationales.
Nous avons pleinement conscience que la promotion du développement durable en Afrique passe par la conjonction de l’intégration économique interne de notre continent et de l’adaptation de nos économies respectives aux contraintes de l’économie de marché. Les efforts d’adaptation que nous engageons, collectivement et par chacun de nos pays, peuvent atteindre ces résultats dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (nepad).
Ce programme, qui intègre toutes les dimensions du développement durable en Afrique, accorde une place de choix conséquente à l’intégration et au développement énergétique du continent. Il accorde une place de choix à la coopération régionale et continentale, en comptant d’abord sur la mobilisation des potentialités propres à l’Afrique.
Le nepad, et en particulier son volet énergétique, offrent des opportunités de coopération à l’adresse des opérateurs des pays développés et des pays émergents. Les créneaux d’investissements, de partenariat ou d’assistance technique ainsi ouverts peuvent intéresser particulièrement les entreprises latino-américaines.
C’est dans le même sens que nous pensons que la construction de l’espace euro-méditerranéen, conçu dans l’esprit du sommet de Barcelone, et son extension vers l’Afrique et le Moyen-Orient, constituent le plus grand défi posé à notre génération et que les pays de notre région ont décidé de relever.
Compte tenu du poids spécifique qu’ils occupent dans l’économie et de leur statut particulier dans les relations internationales, les hydrocarbures se posent à la fois en tant qu’enjeu et en tant que moyen de développement et de coopération.
La question de l’énergie est durablement installée au cœur des enjeux économiques et géopolitiques planétaires. Le rôle des énergies fossiles va se renforcer dans l’avenir en occupant une large part de la demande énergétique mondiale jusqu’en 2030 au moins. Le pétrole sera la première source d’énergie, avec 34% de la demande, suivi du gaz naturel, qui va constituer près de 30% des besoins.
A l’instar des autres régions productrices, l’Afrique et l’Amérique latine, qui détiennent d’importantes ressources énergétiques, soit environ 17% des réserves pétrolières mondiales et plus de 12% des réserves gazières, sont concernées au premier chef par la mise en œuvre de politiques adaptées face à la globalisation des marchés et les restructurations du paysage énergétique mondial.
En dépit de leurs potentialités, déjà identifiées et prometteuses, l’Afrique et l’Amérique latine restent sous-explorées. La moyenne de forage est de 6 puits/10.000 km2 en Afrique et de 13 puits pour l’Amérique latine alors que la moyenne mondiale est de 100 puits/10.000 km2 et de 500 puits/10.000 km2 au Texas.
D’importants investissements sont nécessaires pour la mise en évidence et le développement de ces réserves. Il nous faudra développer et valoriser ces ressources dormantes afin que, par leur exploitation rationnelle, nous puissions léguer à nos enfants des ressources renouvelables.
Cela donne une idée de l’ampleur des efforts qui restent à consentir dans ce domaine et des opportunités de coopération et de partenariat qui en découlent.
Mesdames, Messieurs,
L’objectif que vous vous êtes assigné vise d’abord à sensibiliser les opérateurs publics et privés du secteur énergétique des pays d’Afrique et d'Amérique latine.
L’expérience accumulée par l’olade au cours de ses trois décennies d’existence est très appréciable, dans le cadre de l’intégration énergétique régionale notamment. Elle s’annonce très profitable aux pays africains qui rencontrent souvent les mêmes problèmes et les mêmes difficultés que les pays latino-américains.
Cette conférence sera donc l’occasion de mettre en relief les similitudes et les complémentarités entre nos pays et d'identifier les principaux créneaux de coopération, d’investissement et de partenariat, au plan bilatéral ou régional ou dans le cadre d’alliances croisées avec des compagnies publiques et privées.
En prenant appui sur les importantes réserves d’hydrocarbures liquides et gazeux que détiennent l’Afrique et l’Amérique latine, le développement des réseaux électriques et gaziers constituera, au cours des prochaines décennies, un point d’appui majeur pour accélérer la promotion énergétique et socioéconomique dans les populations de nos deux régions.
La distribution du g.p.l. (gaz de pétrole liquéfié), largement disponible dans certains de nos pays, remplacera l’usage de la biomasse et du bois de coupe par les populations éloignées des réseaux électriques et gaziers.
Il est rassurant de constater qu’il y a une prise de conscience croissante, au sein de nos deux ensembles, de l’importance du rôle que doit jouer l’énergie dans la croissance économique, le développement durable et l’équilibre des relations internationales.
Mais cette prise de conscience doit s’accompagner d'efforts plus soutenus pour organiser la mise en valeur de nos potentialités respectives et la coopération entre nos secteurs énergétiques en faveur du développement local et régional.
l'olade détient aujourd'hui une expérience riche de plusieurs décennies dans la prise en charge des efforts de développement et de promotion énergétique à l'échelle de l'Amérique latine.
En Afrique, on ressent le même besoin d'asseoir et de renforcer la coopération énergétique au sein du continent. C'est ainsi que les pays africains ont abouti à la création, il y a deux ans, de la Commission africaine de l'énergie, l'afrec, dont le siège est à Alger.
A travers la mise en place de l'afrec, dont les principaux objectifs sont similaires à ceux de l'olade, l'Afrique entend se doter d'un instrument efficace capable de promouvoir la coopération énergétique à l'échelle du continent, et de cristalliser ainsi les efforts d'intégration énergétique régionale et interrégionale.
Les efforts de mise en application des principes de bonne gouvernance et la mise en place de moyens destinés à l'approvisionnement durable et diversifié des pays consommateurs exigent, pour être couronnés de succès, des transferts massifs et combinés de capitaux et de technologies que nos pays ne peuvent pas couvrir avec leurs seuls moyens.
Les questions du financement, du transfert et de la maîtrise des technologies, qui sont déterminants pour l'accroissement du potentiel énergétique et l'optimisation de son utilisation, doivent s'inscrire dans le processus de développement de relations partenariales fructueuses pour nos deux continents.
Mesdames, Messieurs, *****
Pour faire face aux mutations économiques mondiales, l'Algérie poursuit ses efforts, tant sur le plan bilatéral que multilatéral. Elle agit de façon concertée avec les pays africains producteurs de pétrole à la concrétisation des programmes politique, économique et énergétique du nepad et de l'afrec, comme elle le fait dans le cadre du Forum des pays exportateurs de gaz, du Forum international de l'énergie et au sein de l'opaep et de l'opep.
Les efforts que déploie l'Algérie en ce qui la concerne, dans sa contribution pour la promotion et la diversification des échanges énergétiques régionaux, se manifesteront par un souci constant d'instaurer un véritable esprit de dialogue et de concertation entre les différents acteurs de la scène énergétique régionale ou mondiale.
La mise en œuvre de cette stratégie s'appuie sur l'important potentiel énergétique prospectif dont nous disposons, sur nos infrastructures, et sur l'expérience capitalisée de nos cadres et de nos techniciens.
C'est ainsi que la compagnie nationale Sonatrach s'attache à diversifier son portefeuille, à élargir sa base de réserves et à se rapprocher du consommateur final.
De grandes compagnies pétrolières étrangères ont parfaitement saisi l'importance des enjeux en présence et la pertinence de notre stratégie, qui consiste à allier notre recherche de nouveaux modes de partenariat à notre souci d'affirmer notre présence, à chaque fois qu'il y va de nos intérêts, sur l'ensemble des maillons des filières énergétiques d'amont en aval.
Notre programme de coopération s'étend à tous les domaines, tant politique, économique que celui des échanges d'expériences et d'informations énergétiques.
L'échange d'expériences peut s’étendre aux domaines du management, de la restructuration des secteurs énergétiques, de la formation et de l'expertise technique. La réalisation de projets communs et d'investissements croisés entre nos deux continents me semble d'un apport certain afin de concrétiser notre coopération.
Mesdames, Messieurs,
Je suis convaincu que votre rencontre jettera les bases d'une coopération fructueuse et durable dans le domaine de l'énergie sans s'enfermer dans des démarches cloisonnées circonscrites à nos deux régions. L'énergie nous permet de favoriser une coopération plus vaste pouvant s'élargir aux autres régions du monde.
Notre volonté est d'aboutir à des courants de coopération triangulaires ou croisés impliquant aussi bien nos deux régions que d’autres régions comme l’Amérique du Nord, l’Europe dans son ensemble, le Japon et la Chine, dans l'optique de la promotion du dialogue Nord-Sud et du dialogue Sud-Sud, entre producteurs et consommateurs, et avec les compagnies pétrolières publiques et privées, quelle que soit leur origine.
L'importance et la nature du défi du développement durable dans nos régions appellent la contribution conjuguée des Etats, du secteur privé, et de la société civile, en partenariat les uns avec les autres. La société civile et le secteur privé jouent en effet un rôle de plus en plus dynamique qu'il convient de soutenir et d'encourager,
En tant que pays adhérent aussi bien à l’Afrique qu'à l'olade, l'Algérie mobilisera tous ses moyens pour promouvoir la recherche et la mise en œuvre de nouvelles formules de partenariat entre nos deux régions. Cette attitude se situe dans le prolongement de nos préoccupations communes qui veulent faire de l'énergie un facteur de progrès mutuellement profitable.
Je suis persuadé que la conférence d'Alger offrira l'occasion de mettre en lumière ces atouts et d'initier un débat sur les possibilités, les voies et les moyens de les mettre en valeur dans une perspective de développement durable.
Je souhaite un plein succès à vos travaux et vous remercie de votre attention.