Le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a prononcé le 15 février 2005 une allocution à l’ouverture du 2e Congrès Africain du Pétrole, dont voici le texte intégral :

Monsieur le président du 2e Congrès Africain du Pétrole,
Messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs,
Je vous souhaite une chaleureuse bienvenue en Algérie, où vous avez choisi d’organiser cette deuxième édition du Congrès Africain du Pétrole.
 Dès sa première session, il y a près de deux ans à Tripoli, le Congrès Africain du Pétrole s’était imposé comme un événement majeur de l’Association des Pays Producteurs de Pétrole Africaine (APPA). Il était clair, au regard de la richesse de ses premiers résultats, que cet événement était arrivé à point nommé pour combler un vide en matière de réflexion stratégique dans le domaine de l’énergie et de partage des connaissances sur l’industrie du pétrole et du gaz en Afrique. Ce qui fait la force et la pertinence du Congrès Africain du Pétrole, c’est qu’il s’inscrit aussi dans nos efforts constants de création d’espaces de concertation entre pays producteurs et pays consommateurs, comme lors de la conférence de Ryadh ou des Forums des pays exportateurs de gaz tenus à Téhéran et Alger.
Ces efforts traduisent une prise de conscience de l’interdépendance des différents opérateurs de l’industrie pétrolière et de la nécessité de relever les défis imposés par la mondialisation et par les impératifs de l’intégration régionale.
 Mettant en lumière les questions-clés de la politique énergétique de nos Etats, le Congrès Africain du Pétrole contribue de manière significative, grâce à l’apport des hydrocarbures, au processus de développement durable.
 Les initiatives de l’APPA correspondent à l’esprit du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD). Ces actions communes et coordonnées, où les hydrocarbures tiennent une grande place, permettront à notre continent de prendre en main sa destinée en comptant d’abord sur ses propres ressources, humaines et matérielles.
 Le rôle des hydrocarbures (pétrole et gaz) dans la dynamisation des économies africaines mérite toute l’attention qui leur est accordée pour un développement économique et social soutenu et cohérent de notre continent. Vous avez orienté vos travaux vers plusieurs questions majeures qui interpellent l’industrie des hydrocarbures, et je suis convaincu que leurs résultats iront tous dans le sens du développement durable en Afrique pour le plus grand bien de nos peuples.
C’est, en effet, en vue du développement durable de notre continent que les options prises dans le cadre du NEPAD permettront à nos pays d’utiliser au mieux leurs ressources, y compris les ressources pétrolières, pour parvenir :
- à une croissance économique soutenue afin d’accroître la richesse nationale et résorber le chômage,
 - à consolider la justice sociale par une répartition équitable de la richesse nationale,
 - et à veiller à la préservation de nos ressources naturelles et de l’environnement.
 Mais nous savons tous qu’il n’y a pas de développement possible sans paix et sans stabilité internationale. Ce Congrès se déroule, malheureusement, dans un contexte international toujours caractérisé par des incertitudes et de lourdes tensions qui menacent gravement la stabilité mondiale et le bon fonctionnement du marché pétrolier en particulier.
 Nous devons à ce sujet réaffirmer nos principes constants qui privilégient la concertation et la légalité internationales et qui considèrent que l’énergie doit être une source de progrès et un facteur d’intégration économique, mutuellement profitable, de nos pays, des pays consommateurs et des autres acteurs de la scène énergétique mondiale.

Monsieur le président, Messieurs les ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,
 L’Afrique est dotée de ressources énergétiques appréciables, d’origine fossile, ou renouvelables, et qui sont largement sous-exploitées. Elle dispose de réserves connues qui représentent, aujourd’hui, plus de 7 % des réserves mondiale, en pétrole brut et gaz naturel, localisées essentiellement en Afrique du nord et en Afrique de l’Ouest. Plus de 81 % de ces réserves sont situées dans des pays membres de l’OPEP (Libye, Nigeria, Algérie). Mais il faut ajouter à ce bilan que certaines régions étant encore sous-explorées ou inexplorées, il existe encore des perspectives très prometteuses pour le potentiel réel de l’Afrique en hydrocarbures. Outre les pays africains membres de l’OPEP, les pays de la côte atlantique de l’Afrique, de la Mauritanie à l’Angola en passant par la République du Congo, la Guinée Equatoriale, Sao Tomé et Principe et, naturellement, le Gabon, membre autrefois de l’OPEP, n’ont pas encore révélé la totalité de leurs réserves énergétiques qui semblent loin d’être négligeables. A ces ressources, il faut ajouter les potentialités hydroélectriques qui proviennent en particulier du Congo et du Zambèze et que fournit déjà l’impressionnant barrage de Cabora Bassa.
Ainsi, l’Afrique pourra contribuer à l’approvisionnement durable et diversifié recherché par les pays consommateurs. Pour être réalisée à partir du continent africain, la satisfaction de cette demande exige des transferts massifs et combinés de capitaux et de technologies que nos pays ne peuvent pas couvrir avec leurs seuls moyens.
La concrétisation de nouveaux projets pétroliers et gaziers appelle de la part des pays industrialisés des efforts plus conséquents et plus équilibrés que ceux fournis par les partenariats proposés jusqu’à présent, car il faut aboutir à des opérations de co-développement, fondées sur le principe du partage des risques et des profits.
Les changements attendus imposent à nos pays une coopération et une concertation permanentes. La création de l’Union Africaine est un signal politique fort de notre volonté de renaissance et de participation effective aux prises de décisions qui déterminent les évolutions régionales et mondiales pour parvenir à une meilleure harmonisation des relations économiques internationales.
 L’importance et la nature du défi du développement durable en Afrique impliquent la contribution conjuguée des Etats, du secteur privé et de la société civile. La société civile et le secteur privé jouent un rôle de plus en plus dynamique qu’il convient de soutenir et d’encourager.   Il est tout aussi fondamental de veiller à ce que les mécanismes du marché prennent en compte les besoins de préservation de l’environnement. A ce titre, il est essentiel que les solutions à rechercher débouchent, aux niveaux national, régional et mondial, sur des mesures concrètes face aux problèmes de pollution par l’énergie, qui doivent s’ajouter aux problèmes de la rareté de l’eau, de la désertification, de la dégradation des sols et de la déforestation.
Enfin, la lutte contre la détérioration de la biodiversité et contre toutes les formes de pollution du cadre naturel doit aussi retenir toute l’attention de nos Etats, comme cela a été rappelé lors du Sommet de la Terre en septembre 2002 à Johannesburg.
 Les efforts à engager dans ce sens ne doivent pas être attendus des gouvernements de nos seuls pays, mais ils doivent aussi mobiliser les gouvernements des pays d’origine des compagnies pétrolières internationales qui sont, au demeurant, les pays les plus riches de la planète.
La lutte contre les risques majeurs de pollution marine par les hydrocarbures constitue une préoccupation légitime de la communauté internationale. Les gouvernements et les compagnies pétrolières ont un grand rôle à jouer dans ce domaine. Il est de notre devoir de prendre sérieusement en charge ce phénomène dont les conséquences pourraient être désastreuses pour l’environnement terrestre, les espaces maritimes et les zones côtières.
Je profite de la solennité de cette occasion pour appeler à la création d’une société multinationale de lutte contre la pollution marine et des zones côtières par les hydrocarbures. Cette entité dotée de dispositifs institutionnels, réglementaires, juridiques et matériels serait chargée d’élaborer un plan de lutte contre les déversements accidentels de pétrole, et de réunir les moyens d’intervention adéquats en cas de risque majeur. Elle pourrait, dans un premier temps, regrouper les pays riverains de la Méditerranée et ceux de l’Afrique de l’Ouest.
Nous devons aussi poursuivre nos efforts de façon concertée, pour la concrétisation des programmes politique, économique et énergétique du NEPAD et de la Commission Africaine de l’Energie (AFREC). Pour être pleinement profitables, nos efforts de concertation devraient être élargis à des organisations telles que l’OPEP, l’OPAEP, ainsi qu’à d’autres organismes à caractère régional ou universel en tant que de besoin.
 Le NEPAD, qui traite de ce type de préoccupation, soulève, en même temps, le problème du financement des investissements nécessaires au développement économique et à la préservation de l’écosystème dans son ensemble. Les capitaux nécessaires à ces grands travaux d’infrastructure, qui dépassent par leur ampleur les possibilités de nos pays, devraient être fournis par la communauté internationale, dans le cadre de programmes de financement à long terme et à des conditions mutuellement bénéfiques.
A cette fin, les objectifs du NEPAD sont fondés sur une démarche de partenariat avec des acteurs publics ou privés, africains ou extérieurs au continent africain.

 Monsieur le président, Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,
 Les tensions qui ont marqué le marché pétrolier international depuis quelques années n’ont pas généré de crises majeures entre les producteurs de pétrole et les pays consommateurs. Cela est dû à la sagesse des positions constructives, adoptées et communiquées au marché de manière constante par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
 Les groupements de producteurs de pétrole continueront de manifester la même attitude responsable dans le processus du développement du marché énergétique mondial.
Les déséquilibres entre l’offre et la demande mondiale de pétrole ont de nouveau mis en relief la nécessité d’engager de nouveaux investissements pour développer les réserves prouvées d’hydrocarbures et de relancer la recherche pour en découvrir d’autres, de façon à faire face à la demande mondiale aussi longtemps que possible.
 Quelles que soient leurs zones géographiques, les réserves énergétiques non renouvelables sont limitées. Cette évidence impose des obligations aux consommateurs aussi bien qu’aux producteurs de pétrole, qui doivent être conscients de leur responsabilité partagée dans le financement du développement de nouvelles réserves mondiales d’hydrocarbures, localisées particulièrement dans les régions les moins explorées, comme en Afrique. Il est clair que les pays producteurs ne peuvent pas prendre seuls en charge les besoins d’investissement de ce secteur stratégique. Mais notre responsabilité est de tout faire pour remplir nos obligations pour le développement de ce secteur vital pour nos économies nationales. Nous devons de plus engager des efforts communs pour la recherche de formules de financement appropriées.  Nos partenaires étrangers nous prêteront désormais une oreille plus attentive lorsque nous demanderons que l’Afrique cesse d’être considérée comme une destination résiduelle et marginale pour l’investissement pétrolier, vu l’importance croissante des nouvelles découvertes sur ce continent.
 En ce qui nous concerne, la compagnie nationale Sonatrach continue à être le fer de lance de nos efforts orientés vers l’Afrique. Elle consacre déjà des ressources significatives pour l’exploration et la production dans plusieurs pays africains membres ou non de l’APPA, car nous sommes convaincus que l’avenir du secteur pétrolier et gazier africain est très prometteur.

Monsieur le président, Messieurs les ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Les compagnies nationales sont des acteurs clés du jeu énergétique mondial. Elles sont détentrices des plus importantes réserves connues, et c’est sur elles que reposera pour une large part l’approvisionnement futur du marché mondial.
Ces compagnies ont donc pour vocation d’être le vecteur d’un partenariat de type nouveau, porteur de modernité et de l’efficience tant nécessaire à notre industrie pétrolière.
Grâce à l’ouverture de nos secteurs énergétiques pour plus de transparence et de compétitivité, ce partenariat consacrera l’intégration verticale de notre industrie pétrolière en ouvrant d’égales chances sur tous les segments de la chaîne à tous les opérateurs, compagnies nationales et internationales. Conformément au principe du risque et des intérêts partagés, des formules de partenariat nouvelles, plus imaginatives, commencent déjà à voir le jour par ce biais. Elles rendront possibles les investissements considérables nécessaires pour la satisfaction de la demande future du marché mondial.

Monsieur le président, Messieurs les ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,
La souveraineté réelle sur les ressources énergétiques s’exprime de plus en plus à travers la performance des acteurs énergétiques nationaux qui doivent se hisser à un standard mondial de plus en plus exigeant. L’ouverture des domaines miniers nationaux, qui s’accélère partout aujourd’hui, se différencie ainsi fondamentalement de celle connue sous le régime des concessions durant la première moitié du siècle précédent, car l’élément moteur, porteur d’avenir, repose précisément sur les compagnies nationales.
Cette ouverture aura pour conséquence une modernisation et une augmentation de la production nationale. Le poids pétrolier des Etats producteurs sera à l’avenir déterminé davantage par les performances de leurs compagnies nationales que par le niveau de leurs réserves ou de leur production nationale.
Les avantages comparatifs naturels nationaux n’ont plus alors de sens que s’ils sont prolongés, et s’accomplissent dans le dynamisme des firmes publiques et privées dans un système ouvert et concurrentiel.
Les Etats doivent encourager le développement sur leur sol de firmes puissantes quel que soit leur statut juridique. Nos pays doivent s’assigner comme but la constitution de puissantes filières énergétiques nationales autour de leurs compagnies nationales avec pour objectifs de participer activement au jeu énergétique mondial, et de renforcer par l’innovation et par la diversification des activités, l’avantage comparatif national.
Le nouveau partenariat que nous voulons établir se manifestera par des coopérations verticales inédites, mutuellement bénéfiques aux producteurs et aux consommateurs.
Ainsi, des partenariats croisés d’amont en aval permettront le partage du risque amont tout en impliquant davantage les producteurs, à travers leurs compagnies nationales, dans le segment le plus rentable, c’est-à-dire l’aval pétrolier, offrant de larges perspectives de coopération entre nos compagnies nationales en particulier et des compagnies internationales.  La sécurité des approvisionnements énergétiques des pays consommateurs ne peut être dissociée de la nécessité tout aussi capitale d’assurer la sécurité des débouchés pour les producteurs et la préservation de leurs revenus provenant des hydrocarbures.
L’industrie pétrolière est appelée à connaître un grand essor à l’avenir. Elle est en mesure de satisfaire les besoins de la planète tout en assurant la protection de l’environnement et le développement durable. Elle connaît aujourd’hui de profondes transformations structurelles qui touchent en profondeur la nature même des opérateurs et leur place sur l’échiquier énergétique global.
Il convient que les Etats producteurs s’adaptent à cette évolution, sous peine d’être irrémédiablement marginalisés.
L’ouverture des domaines miniers, la levée des monopoles, la séparation entre les missions régaliennes de l’Etat et les missions des entreprises, favoriseront l’efficience économique et l’augmentation de la production, et ouvriront en même temps des perspectives nouvelles d’expansion pour nos compagnies nationales.
Ces compagnies doivent toutefois prendre en charge un processus profond de modernisation et de développement technologique qui les portera au niveau des acteurs énergétiques majeurs. L’ouverture des marchés exige en effet une transparence des règles et un accès non discriminatoire à tous les acteurs, y compris le producteur, vers lequel on tend à transférer indûment la quasi-totalité des risques, notamment industriels et financiers.
 Nos compagnies pétrolières partagent un même destin. En recherchant des formules partenariales novatrices, il leur revient de travailler ensemble à la construction de leur futur commun. Dans ce sens, elles doivent mettre en chantier des partenariats ciblés sur des projets précis débouchant sur des alliances stratégiques et profitant des synergies opérationnelles et des complémentarités dans l’expertise, ou dans la diversification géographique, et générer ainsi des opportunités nouvelles d’expansion.
A cette fin, nos compagnies pétrolières doivent coordonner leurs efforts pour participer à la constitution du paysage énergétique futur et non pas subir passivement les transformations structurelles en cours.

Monsieur le président, Messieurs les ministres, Excellence, Mesdames et Messieurs,
Nous sommes disposés à partager avec nos partenaires africains notre expérience cumulée durant 40 années d’activité pétrolière, que nous avons assumée seuls ou en partenariat avec des compagnies internationales. L’Afrique ne doit pas rester en marge des efforts de réflexion autour des interdépendances et des regroupements qui se manifestent à travers le processus de mondialisation. En s’organisant, elle peut se donner les moyens d’y faire face.  Nous devons veiller à la mobilisation efficace et compétitive de nos ressources énergétiques pour couvrir les besoins de nos populations et pour affronter la compétition internationales.
Les efforts engagés par nos pays pour la mise en pratique des principes de bonne gouvernance devraient être complétés par une orientation plus marquée des flux de capitaux étrangers et de technologies vers nos pays.
Je vous remercie pour votre attention et souhaite plein succès à vos travaux.