République algérienne démocratique et populaire

Ministère de l’énergie et des mines

 

 Communication de monsieur Chakib Khelil, ministre de l’énergie et des mines, devant le conseil national économique et social sur la conjoncture du premier semestre 2003

Alger, 20 septembre 2003

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

C 'est avec un réel plaisir que je m'adresse de nouveau à votre honorable institution pour vous présenter les résultats du premier semestre de l'année 2003 du secteur de l'Energie et des Mines.

Afin de laisser le plus de temps possible au débat qui va suivre je me contenterai d’un bilan succinct des trois secteurs que couvre mon département ministériel : les hydrocarbures ; l’électricité ; et les mines.

Comme vous le savez, le secteur de l'énergie et des mines se devait de continuer à jouer un rôle moteur dans la consolidation des équilibres macro-économiques externes et internes, particulièrement au cours de la phase de stabilisation engagée depuis la dernière décennie pour mettre l'économie nationale dans les meilleures conditions possibles de redémarrage et de consolidation de la croissance.

Pour adapter notre système productif aux nouvelles donnes de l’économie mondiale et préserver nos acquis, deux nouvelles lois ont été promulguées : la première concerne les mines et la deuxième l’électricité et la distribution publique du gaz. Leurs dispositions s’appliquent déjà sur le terrain avec des résultats financiers et économiques positifs et des impacts sociaux très encourageants.

Le secteur des hydrocarbures, qui a connu ces trois dernières années une très nette amélioration de son efficience et qui s’adapte progressivement au nouveau paysage énergétique mondial, contribue en moyenne pour 41% au produit intérieur brut du pays, 97% à ses recettes extérieures et pour 77% aux recettes budgétaires de l’État.

Concernant l’amont du secteur pétrolier :

Le domaine minier des hydrocarbures compte aujourd’hui une trentaine d’opérateurs étrangers dans le cadre de 30 contrats de recherche / production et développement en vigueur dont 17 contrats ont été attribués sur appel à la concurrence au cours de la seule période 2001-2002.

Au cours de ce semestre, un quatrième avis d’appel d’offres international a été lancé en outre pour l’attribution de 12 blocs dont 2 blocs en offshore pour la première fois.

Cette nouvelle procédure de passation des marchés qui s’applique maintenant à toutes les branches d’activités du secteur, a permis les résultats suivants :

Dans l’activité forage d’exploration, l’effort global déployé au cours du premier semestre 2003 est en augmentation de +67% avec une performance de 63 512 mètres forés, grâce à un forage de 26 puits dont 13 puits en association.

Concernant les découvertes, quatre ont été réalisées, dont une par SONATRACH seule. Les réserves y afférentes sont évaluées à 28 millions de m3 d’huile et 14 milliards de m3 de gaz.

Vu l‘importance du secteur des hydrocarbures dans notre vie économique et sociale, la stratégie adoptée vise à renforcer afin d’accroître encore ses performances à tous les niveaux, d’amont en aval, dans le but d’augmenter nos réserves exploitables, donc nos ressources financières, tout en préparant les conditions de la valorisation optimale de nos produits.

En matière du développement des gisements je citerai :

Pour ce qui concerne l’aval plusieurs projets d’envergure témoignent des perspectives assignées à cette stratégie à savoir :

Cette usine d’une capacité de production de 600 millions SCF/an (pieds cubes / an) d’hélium et 50.000 tonnes / an d’azote sera réalisée en partenariat avec la société allemande LINDE, actionnaire majoritaire (51%). Pour la première fois Sonatrach va commercialiser l’hélium conjointement avec son partenaire étranger, dans le cadre d’une joint-venture.

Le transport et la commercialisation internationale des hydrocarbures est le maillon névralgique de l’industrie pétrolière et gazière

En tant que tel le transport des hydrocarbures (liquides et gazeux) ainsi que les autres installations annexes d’évacuation constituent l’un des segments privilégiés de la coopération internationale recherchée par l’Algérie avec des partenaires du Nord comme du Sud. De nouvelles formules de partenariat sont recherchées, en profitant de nos avantages comparatifs, afin de minimiser les risques financiers et d’alléger les dépenses de l’État :

Le gazoduc MEDGAZ dont les études de faisabilité sont achevées reliera directement l’Algérie à l’Espagne et sera d’une capacité initiale de 10 milliards de m3 /an. Sa construction sera engagée prochainement. Le projet de gazoduc GALSI, d’une capacité similaire à celle de MEDGAZ, reliera l’Italie du Nord via la Sardaigne pour desservir le marché italien et européen en gaz naturel.

La réalisation de l’ensemble des projets que je viens de citer portera la capacité actuelle d’évacuation du brut de 900.000 barils/jour à 1,5 millions de barils/jour et augmentera de 25 milliards de m3 les capacités d’évacuation de gaz naturel à travers de nouveaux gazoducs vers l’Espagne et l’Italie.

Ces deux projets de gazoducs s’inscrivent à la fois dans la perspective du partenariat euro-méditérranéen telle qu’elle découle du Sommet de Barcelone et dans la vision stratégique de minimisation des risques propres à Sonatrach. Ils sont considérés comme " projets prioritaires " par la commission européenne. Cette nouvelle vision, s’inscrit dans le cadre du redéploiement international de la SONATRACH, et notamment en Europe, qui se fixe comme objectif d’atteindre le client final en s’impliquant dans tous les segments de l’industrie des hydrocarbures des pays partenaires pour récupérer de la valeur là où elle se trouve.

Le projet de gazoduc (NIGAL), entre le Nigeria et la côte méditerranéenne, s’inscrit dans l’esprit de la Nouvelle Initiative pour le Développement Durable en Afrique (NEPAD). Ce projet qui offre un appréciable débouché au gaz Nigérian actuellement brûlé en torchères, sera interconnecté au réseau Algérien, contribuera ainsi à l’approvisionnement gazier de l’Europe et induira des effets socio-économiques importants dans les pays de transit tout en contribuant à la protection de l’environnement.

[La mise en œuvre des projets que je viens d’évoquer aura pour impact la création de plus de cinq mille emplois directs.]

Il me parait opportun pour clore le chapitre sur les hydrocarbures de vous livrer enfin quelques indices de croissance :

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

En ce qui concerne l’électricité le dessalement d’eau de mer, et la distribution publique du gaz :

Cette usine dont le montant d’investissement est de 440 millions $US sera réalisée et exploitée sous l’entière responsabilité du partenaire étranger selon une nouvelle formule, avec la société Black and Veatch qui participe à 80% du capital.

Ces projets sont menés par l’Algerian Energy Company (une filiale de SONATRACH et SONELGAZ) créée en 2000 à la faveur des changements institutionnels dans le secteur de l’électricité, en vue de promouvoir et de développer les synergies liées à la convergence gaz-électricité.

Des programmes publics ont permis déjà l’électrification par des systèmes photovoltaïques de 20 villages, soit l’alimentation de 1.000 foyers. Un nouveau programme d’électrification de 16 nouveaux villages du Sud (soit 800 foyers) va connaître un début de réalisation dans les semaines qui viennent.

Le secteur privé intervient amplement dans le domaine de la réalisation des infrastructures électriques et participe dans les travaux de raccordement de la clientèle nouvelle (RCN), à l’électrification rurale et au renouvellement et au renforcement des ouvrages existants. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 3,2 milliards de DA et emploie 2.286 agents.

Il est à rappeler que ce nouveau dispositif, entré en vigueur en 2001, vise ainsi à assurer une meilleure programmation des travaux et des approvisionnements d’une part et une meilleure visibilité d’autre part. L’adoption de ce programme pluriannuel permettra un renforcement des capacités de réalisation et par là même une réduction des coûts et des délais de réalisation.

Le secteur privé activant dans le domaine de la réalisation d’infrastructures de distribution du gaz naturel compte 800 artisans et entreprises sous-traitants de Sonelgaz. Il participe dans la réalisation des programmes de raccordement de la clientèle nouvelle (RCN), de Distribution publique du gaz naturel (DP), et du programme propre de l’entreprise SONELGAZ (renouvellement et renforcement des ouvrages existants). L’ensemble de ces entreprises emploie 2.710 agents et a réalisé un chiffre d’affaires de 1.900 MDA.

Pour terminer enfin le résumé de l’évolution de ce secteur il convient de signaler que la production d’énergie électrique est passée de 13.387 GWh au premier semestre 2002 à 14.282 GWh au cours du premier semestre 2003 soit une hausse 6,7% représentant une augmentation de 894 GWh.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Le troisième secteur que je vais aborder enfin se rapporte aux activités minières.

Notre pays recèle des potentialités minières importantes mais très insuffisamment exploitées. Ces potentialités constituent des atouts qui doivent être développées pour contribuer à la dynamisation de l’activité industrielle et à l’augmentation de l’emploi et la diversification de nos exportations. La nouvelle loi sur les mines promulguée en juillet 2001 à pour objectif de promouvoir les investissements dans ce secteur afin d’en tirer les meilleurs gains possibles.

La dynamique attendue de la nouvelle loi minière est déjà à l’œuvre. L’État retrouve ainsi la plénitude de ses prorogatives en direction de la relance économique, il fait la promotion du domaine minier et met en valeur un service géologique national, veille à la préservation de l’intérêt général, attribue les titres miniers dans la transparence et l’équité, donne un accès égal à tous les opérateurs aux données géologiques et minières.

Grâce à ces nouvelles dispositions nous sommes en train de sortir le secteur des mines d’une situation de léthargie insoupçonnée et inacceptable au regard du potentiel de travail et de richesse qu’il recèle. A titre d’exemple, chaque carrière peut générer en moyenne 20 emplois, à un moment où les agrégats et autres matériaux de construction font défaut sur le marché.

C’est ainsi que nous avons procédé à l’assainissement du secteur, au recensement du patrimoine et à l’organisation de l’activité sur des bases légales et transparentes.

Plus de 1.300 exploitations ont pu être ainsi identifiées, dont 963 ont été régularisées et assimilées. L’état s’assure ainsi de nouvelles sources de revenus et les employés ont maintenant un cadre de travail stabilisé.

Alors que prés de vingt mines ont été fermées ces vingt dernières années, aujourd’hui nous créons de nouvelles exploitations minières. Aussi, le secteur de l’Energie et des Mines a pris l’initiative de lancer le projet de création d’une école des mines à El Abed, en utilisant les infrastructures de la fameuse mine d’El Abed qui est en cours de fermeture. Cet établissement contribuera à répondre à des besoins nationaux pressant en matière de formation minière et participera à l’animation de l’activité économique et culturelle de la région.

Au cours de ce semestre une sixième action de promotion de la petite et moyenne mine a été lancée au mois de mars 2002 ; elle a permis d’octroyer 25 titres miniers pour l’exploitation et deux titres miniers pour l’exploration. Cette opération a concerné plusieurs substances (notamment le marbre, le calcaire, le gypse et le sel) avec une offre totale de 50 millions de DA.

L’attractivité du domaine minier retrouvée à la faveur de la nouvelle loi sur les mines nous a permis d’attribuer, à ce jour :

Le secteur des Mines et Carrières connaît maintenant une croissance en pleine évolution. On enregistre aussi, à titre d’exemple, une augmentation de la production d’agrégats de 2,2%, du minerai de fer de 4% et du phosphate de plus de 58%. Par ailleurs le secteur privé a enregistré une évolution appréciable dans la production des agrégats (plus de 8%) et de l’argile (113%).

Les nouvelles dispositions de la loi minière nous ont permis aussi de lancer un appel d’offres sur le gisement d’or de Tiririne-Hanane qui a abouti à la signature d’un contrat avec la société ZAKHEM pour la finalisation des études de faisabilité et la mise en exploitation des gisements en association avec l’ORGM.

C’est le cas aussi de l’Entreprise Nationale d’Exploitations des Mines d’Or (ENOR) qui en ouvrant son capital à la participation majoritaire d’un grand groupe minier australien Gold Mines (GMA. PTY), s’engage résolument dans le développement des mines d'or de Tirek et de Amesmassa (Sud Ouest). L’emploi actuel va être consolidé tandis que 300 nouveaux emplois seront créés ; l’investissement quant à lui sera augmenté de 12,5 Millions de $US.

Le secteur privé activant dans la branche " Mines et carrières " compte près de 1.000 entreprises dans le domaine de l’extraction du marbre, du sel, des agrégats et autres substances. L’ensemble de ces entreprises emploi 12.850 agents et a réalisé un chiffre d’affaires de 5,2 milliards de DA soit 55% du chiffre d’affaires total de cette branche.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Quelques données générales concernant l’offre et la demande des produits énergétiques ainsi que le développement des moyens concernant leur distribution méritent d’être citées pour la conclusion de ce bilan.

La consommation nationale d’énergie, s’est caractérisée durant le premier semestre 2003, par une croissance appréciable et a concerné aussi bien les produits pétroliers, l’électricité que les produits gazeux à la faveur de la reprise d’un bon nombre d’activités économiques. Cette tendance s’est poursuivie depuis l’année 2000 engendrant une croissance de la consommation énergétique nationale de près de 6% au cours du semestre et se situe à 15,6 MTEP

La consommation de produits pétroliers a continué sa croissance (3,6%) pour atteindre à 5,2 millions de tonnes, la hausse est tirée notamment par l’augmentation de la consommation des produits suivants : GPL ® 8,1% ; Gasoil ® 5,1% ; GPL/C ® 12,1%.

La distribution des produits pétroliers se caractérise par une implication importante du secteur privé favorisé par le nouveau cadre réglementaire mis en place. Ce secteur compte, sous forme de PME :

L'ensemble de ces PME emploie 6.537 agents contre 5.878 en 2002 soit une création de 659 nouveaux emplois, et a réalisé un chiffre d'affaires de 25 milliards de DA.

De plus, depuis la mise en place du nouveau cadre réglementaire régissant l’activité de distribution des produits pétroliers, en 1997, le Ministère a délivré plus de 700 autorisations aux promoteurs privés pour la création des centres enfûteurs et d’installations de stockage et de distribution des carburants représentant un investissement d’environ 12 milliards de DA. Ces projets doivent générer plus de 3.500 emplois directs.

La concurrence ainsi ouverte entre opérateurs privés aura des répercutions positives sur la prise en charge des besoins des citoyens et la qualité du service proposé.

La consommation d’électricité a augmenté de près de 8% pour atteindre 12.151 GWh. Cette hausse a concerné toutes les catégories de clients, dont plus de 9% pour la moyenne et la basse tension et près de 4% pour la haute tension.

Le rythme de raccordement est en forte hausse (près de 20%) avec 116.772 abonnés nouveaux raccordés au réseau contre 97.745 en 2002. Le nombre total d’abonnés à fin juin 2003 atteint 5 millions.

Les besoins du marché national en gaz (y compris l’autoconsommation des unités de liquéfaction) ont totalisé 11,2 de milliards de m3 soit 26% de la production commerciale globale.

La consommation finale de gaz naturel a touché les petites et la moyennes entreprises (4,7%) et particulièrement les foyers domestiques (13,9%). La consommation des gros industriels s’est stabilisée autour de 800 millions de m3 alors que la consommation des unités de liquéfaction a augmenté de 1,8%.

Les branchements nouveaux au réseau de distribution de gaz naturel ont atteint 64.144 soit 34,5% de plus qu’au cours du premier semestre de l’année précédente. Le nombre de foyers alimentés en gaz naturel, à fin juin, est de 1.620.204.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

La préservation de nos ressources naturelles des multiples facteurs de pollution s'impose aujourd'hui comme un enjeu majeur en terme de sauvegarde de la santé publique, la garantie d'un développement durable et la conservation des ressources au profit des générations futures.

En effet, le développement industriel rapide post indépendance avait occulté la prise en charge effective des préoccupations de préservation et de protection de l'environnement. Cette situation a favorisé le développement de plusieurs formes de pollution de l'environnement. Les capacités installées relevant du secteur de l'énergie et des mines contribuent grandement à la problématique de la pollution industrielle.

Pour cela, la préoccupation environnementale a été prise en compte au sein du secteur ou d'importants projets ont été réalisés sur les fonds propres des entreprises du secteur, eu égard à la nature des activités et des process industriels mis en œuvre pour la valorisation des ressources énergétiques et minières, et qui se sont traduits par l’introduction de nouveaux carburants propres (GPL/C, GNC et Essence sans plomb) ainsi que la réduction des gaz torchés et la réhabilitation des installations de stockage et de transport d’hydrocarbures qui présentent des risques de pollution des milieux naturels.

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais terminer mon exposé par quelques points relatifs aux revenus tirés des hydrocarbures et la création d’emplois.

Le raffermissement des cours du pétrole brut s’est poursuivi tout au long du premier semestre 2003, sous l’effet de la hausse de la demande mondiale et la discipline affichée par les producteurs.

Le prix du brut Algérien s’est établi, en moyenne, à 29,2 $/bbl contre 23,2 $/bbl au cours du premier semestre de l’année 2002, soit un gain de 6 $/bbl.

Les exportations d’hydrocarbures ont atteint 66,5 MTEP, soit une croissance de 8,1%. Leur valeur s’est élevée à 11,9 milliards de dollars, soit une hausse de 45,7%.

En conséquence, le montant des versements au titre de la fiscalité a lui aussi augmenté pour atteindre 699 milliards de Dinars contre 432 milliards de DA au cours la même période précédente, soit une croissance de 62%. Par ailleurs et au titre de la Taxe sur les Produits Pétroliers (TPP), l’entreprise NAFTAL a versé 14,2 milliards de DA au Trésor Public.

Pour ce qui concerne l’emploi , le secteur occupe actuellement prés de 190.000 travailleurs dont 26.343 pour le secteur privé a bénéficié d’une masse salariale (salaire + primes et indemnités) de 51 milliards de DA contre 47,6 milliards de DA dans la même période de l’année dernière soit une croissance de 7,5%. Cette croissance est due d’une part à l’évolution d’effectifs global du secteur et d’autre part à l’augmentation des salaires et rémunérations.

Je vous remercie pour votre attention, et j’attends vos questions que je devine nombreuses et pertinentes !…