Le Président de la République, M.
Abdelaziz Bouteflika, a prononcé le 23 février 2005 à la Maison du peuple à
Alger, un discours à l’occasion de la cérémonie de commémoration de
l’anniversaire de la création de l’Union générale des travailleurs algériens
(UGTA) et de la nationalisation des hydrocarbures.
Voici le texte intégral du discours :
Chères
sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
C'est avec une émotion sincère que je me retrouve aujourd'hui parmi
vous à l'invitation du secrétaire général de votre organisation syndicale.
Comment peut-il en être autrement quand on sait que l'histoire de l'UGTA,
s'enracinant au plus profond de notre mouvement national, a étroitement
accompagné l'établissement de notre Etat indépendant au travers de sa volonté
d'édifier une société plus juste et plus humaine, capable de répondre aux
multiples frustrations de notre peuple au sortir de la longue nuit coloniale.
Il m'est particulièrement agréable de présenter mes chaleureuses salutations
à l'ensemble des militantes et militants de l'UGTA, à toutes les travailleuses
et tous les travailleurs de notre pays, mais aussi à toutes celles et tous
ceux, en particulier les jeunes, qui n'arrivent pas encore à trouver leur place
dans le monde du travail à des conditions de dignité et de stabilité
conformes à leur aspiration légitime. Et c'est ce qui explique que l'un des
axes fondamentaux de notre politique depuis 1999 a été de réduire le chômage
dans des proportions significatives, singulièrement celui des jeunes.
Pendant mon second mandat, tout sera mis en œuvre pour intensifier ces efforts
et traduire dans les faits le principe du droit au travail.
Je suis aujourd'hui parmi vous pour célébrer l'anniversaire de deux évènements
clés dans l'histoire contemporaine de notre pays qui ont puissamment et
durablement façonné notre existence comme nation ainsi que l’émergence
de votre organisation comme composante essentielle du mouvement national algérien.
Le 24 février 1956, la création de 1’Union Générale des Travailleurs Algériens,
née dans le fracas des armes de la guerre d'indépendance initiée le 1er
novembre 1954, apportait au Front de Libération Nationale la participation
active et structurée des travailleurs algériens au combat libérateur-anticolonial.
Le 24 février 1971, l'Etat algérien prenait l'initiative historique de
nationaliser les hydrocarbures et d'enclencher un processus de développement économique
et social d’envergure, dont le double objectif était de faire muter la base
économique de notre pays par une industrialisation accélérée et de
satisfaire les besoins sociaux de la grande majorité de notre population.
Le lien entre ces deux évènements n'est pas de l'ordre du fortuit puisqu'il
visait à conférer une valeur symbolique exceptionnelle tant à la
configuration générale de notre Etat qu'au caractère spécifique de votre
organisation syndicale. Historiquement, en effet, l'Etat algérien indépendant
est le produit de la lutte des larges masses de notre peuple contre la
domination coloniale. Sa légitimité tenait structurellement au fait de la
prise en charge des aspirations des différentes catégories de travailleurs et
des couches sociales déshéritées ou marginalisées. Aussi la légitimité de
l'UGTA s'est-elle forgée, tout à la fois, dans la lutte pour l'indépendance
politique de notre pays et pour la réalisation des tâches d'édification
nationale. Et nous nous plaisons à souligner que la légitimité de l'UGTA
puise toujours à la même veine puisque, encore récemment, elle a tenu à
manifester son appui au nouveau projet de loi sur les hydrocarbures que le
Conseil des Ministres vient d'endosser dans sa dernière séance, tenue hier
comme vous le savez.
Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
C'est le lieu ici d'insister sur le fait que la décision prise le 24 février
1971 n'allait pas de soi . Elle avait, en effet, déclenché une série de manœuvres
de la part des sociétés étrangères tendant à faire obstacle à son
application et même à faire revenir l'Algérie sur sa décision.
Assuré, cependant, du ferme soutien à la fois des travailleurs et de leur
organisation syndicale, l'UGTA, comme de l’ensemble des cadres de la Sonatrach
et des sociétés affiliées nouvellement créées et chargées de la lourde
mission de prendre immédiatement la suite des sociétés étrangères expropriées,
notre gouvernement avait tenu bon, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour le pays,
prenant appui sur un modèle qui accordait une place stratégique à la
valorisation des hydrocarbures comme catalyseur du développement national. Sur
cette base notre pays avait alors enregistré de très grandes réalisations
durant les quinze années qui ont suivi.
La scène économique mondiale allait, par la suite, connaître de profonds
bouleversements perceptibles dès le début des années 80, à la faveur d'infléchissements
majeurs qui allaient conférer une nouvelle intensité à la dynamique de la
mondialisation. Ces changements ont abouti progressivement à la remise en cause
des modèles économiques dirigistes à planification centralisée dans la
plupart des pays concernés.
Le modèle mis en place dans notre pays allait à son tour montrer ses limites
et révéler sa profonde vulnérabilité, à partir de la deuxième moitié des
années 80, suite à une conjoncture de prix défavorable sur la scène pétrolière
internationale.
Coup sur coup, en 1987 et en 1991, les autorités nationales ont alors amorcé
les premières ouvertures significatives en matière de politique énergétique.
De nouvelles mutations nous contraignent aujourd'hui à nous adapter de nouveau
à la scène pétrolière internationale qui ne cesse d’évoluer au rythme accéléré
de la mondialisation et de la globalisation des échanges. Les pays producteurs
se font de plus en plus une concurrence féroce pour attirer les capitaux privés
dans les activités pétrolières, en ouvrant leurs territoires aux
investisseurs étrangers grâce à des mesures légales, institutionnelles et
fiscales particulièrement attractives. L'Algérie ne pouvait se soustraire
davantage aux exigences de cette évolution.
Cette démarche a déjà à son actif la promulgation de deux lois, l'une sur
les mines en juillet 2001 et l'autre sur l'électricité et la distribution du
gaz en février 2002 qui ont permis de lever les contraintes juridiques majeures
qui entravaient jusqu'ici les flux d'investissement privés souhaité vers les
mines et 1'électricité.
Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
Cette trame d’évènements que je viens de rappeler, vous l'avez vécue
comme des acteurs de première ligne, toujours et à jamais conscients de
l'importance capitale de ces enjeux pour le devenir de notre nation. Aussi
voudrais-je ne pas manquer l'occasion de cette double commémoration pour féliciter
très sincèrement l'UGTA, ses cadres, ses militants mais aussi l'ensemble des
travailleuses et travailleurs pour avoir su constamment et, particulièrement
dans les moments les plus difficiles, garder le cap sur l'intérêt supérieur
de la nation. C'est ainsi que l'Etat et notre société ne peuvent qu'être
reconnaissants à l'UGTA pour ses positions dignes et courageuses dans la défense
de l'Etat républicain, comme ils doivent lui être reconnaissants pour avoir
accompagné de manière mesurée et responsable le programme d'ajustement
structurel qui, pourtant, a cruellement touché les intérêts légitimes de
dizaines de milliers de travailleurs.
Ce lien organique entre le mouvement syndical et le mouvement national apparaît
avec une vigueur toute spéciale quand on évoque les figures de proue de l'UGTA
que furent Aïssat Idir et Abdelhak Benhamouda, martyrs authentiques d'une Algérie
libre et solidaire.
Vous comprendrez donc qu'il n'est pas question pour moi, ayant la lourde tâche
de présider aux destinées de notre pays, de faire table rase du passé et,
encore moins, de nier ou d'amoindrir les immenses réalisations accomplies par
notre pays durant les décennies soixante et soixante-dix. J'y ai
personnellement participé, modestement mais de manière continue, de 1962 à
1978 date du rappel à Dieu du défunt président Houari Boumediene.
Ma fierté pour l'œuvre réalisée pendant cette période est intacte, comme
l'est mon admiration pour les trésors d'initiative déployés par les cadres et
les travailleurs pour arrimer l'Algérie au train du développement économique
et social, intégrant dans une grande générosité et dans une large solidarité
la quasi-totalité de notre peuple. Je comprends bien la nostalgie qui s'empare
de beaucoup d'entre nous à l'évocation de ces deux glorieuses décennies, mais
je refuse d'y succomber moi-même en laissant croire qu'un retour à ce qui fut,
à certains égards, un âge d'or puisse être aujourd'hui envisageable. Cela ne
serait que pure démagogie et que totale irresponsabilité.
Nostalgie n'est pas raison. Nostalgie est encore moins projet au moment où nous
avons besoin de mobiliser toute notre intelligence collective en faisant appel
à toutes les ressources de la pensée rationnelle pour envisager et édifier un
avenir qui soit vivable pour nos enfants. Réactiver et dynamiser les valeurs
cardinales de notre nation qui sont celles d'indépendance, de liberté et de
solidarité ne peut s'envisager qu'au prix d'une rupture franche, concertée et
consensuelle, avec la représentation du monde et les méthodes d'action qui,
pour avoir été les nôtres, n'en sont pas moins devenues obsolètes et inopérantes.
Bien plus, leur reconduction partielle ou toute autre hésitation à opérer la
rupture sont, de fait, devenues des obstacles à la mise en œuvre positive des
valeurs centrales de notre nation.
Il me paraît hautement nécessaire, à la faveur de notre rencontre
d'aujourd'hui, de réaffirmer avec la plus grande netteté que la tâche
primordiale revenant désormais à, notre société, dans toutes ses composantes
et à travers tous ses acteurs, notamment les travailleurs et leurs
organisations syndicales parmi lesquelles l'UGTA occupe une place éminente, est
d'en finir avec les avatars du populisme dévastateur.
Le devoir de lucidité peut être à certains égards douloureux. Il n'en
est pas moins impérieux pour tous ceux qui ont la mission d'encadrer et
d'orienter la société. En Algérie comme dans le reste du monde, l'expérimentation
historique a tranché et, plus que jamais, nous devons être soigneusement
attentifs aux exigences de notre siècle en faisant l'effort de les acclimater
à notre histoire particulière et au cadre qui abrite nos valeurs
civilisationnelles. Penser le développement économique et le mettre en œuvre,
aujourd'hui, c'est réfléchir aux meilleures conditions de notre insertion dans
la mondialisation. Loin d'être une fatalité, la mondialisation est, en effet,
en même temps que destructeur d'anciennes activités, générateur de nouvelles
opportunités qu'il s'agit de saisir au mieux de nos intérêts collectifs, en
prenant notre juste part à cette nouvelle organisation de l'espace-temps
mondial.
Il nous faut, en particulier, dépasser les turbulences des années 90 qui ont
été à la fois un symptôme et un facteur aggravant d'une situation qui,
structurellement, tenait plus de l'impasse que de la crise. Une fois la
situation politique assainie et la paix civile en voie de parachèvement, il
nous faut donc, sans relâche, nous atteler à trancher le nœud gordien qui lie
souvent abusivement l'Etat à la sphère de la production marchande.
Ce choix n'est pas idéologique. C'est le seul possible si nous voulons rompre
le cercle vicieux de la confusion entre le patrimoine national et les intérêts
personnels; les biens des entreprises publiques sont les biens de la nation, et
nul ne saurait y attenter car ils sont le produit du sang et de la sueur des
travailleurs et de tous ceux qui contribuent à la création de la richesse. Je
le dis sans ambages : ni les pouvoirs publics, ni les instances syndicales n'ont
été capables, malgré des efforts louables, d'enrayer ce phénomène
pervers. Aussi nous appartient-il, désormais, d'unir nos efforts pour organiser
dans l'intérêt supérieur de la nation le désengagement de l'Etat de la sphère
de la production marchande. Nous avons commencé à le faire. Nous devons
continuer à le faire, plus et mieux, en confortant une approche de solidarité
mutuellement confiante.
Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
Plus fondamentalement encore, en effet, nous sommes aujourd'hui
fermement convaincus que le renforcement de la démocratie pluraliste et le
passage effectif de l’économie dirigée à l'économie de marché ne sont pas
pour nous éloigner de nos valeurs nationales.
Les années que nous venons de vivre ensemble ont été consacrées à
reconstruire l'Etat sur des bases nouvelles, mais toujours adossées au même
objectif : celui de mettre l'Etat au service du citoyen en veillant à créer
les conditions d'un développement soutenu et durable.
Mon programme pour les prochaines années se donne pour objectif principal le
retour à la confiance entre les acteurs de la société afin de les mobiliser
au service de l'avancée de notre pays dans tous les domaines et au profit de
tous ses enfants.
C'est avec vous que je compte conduire ce programme sans tergiversations ni
perte de temps, convaincus que nous sommes tous de la nécessité de faire évoluer
nos systèmes de gouvernance pour les rendre à la fois plus transparents et
plus participatifs. J'attends donc de l'Union Générale des Travailleurs
Algériens une coopération loyale et confiante à la mesure de cet engagement,
car c'est ensemble que nous pourrons prétendre, vous et moi, travailler le
mieux à ce qui est notre principale raison d'être, à savoir l'épanouissement
continu de notre cher pays et la promotion de son développement, dans la
fraternité retrouvée et avec un sens encore plus aigu de nos responsabilités
vis-à-vis de nos concitoyens et devant l'Histoire.
Si notre génération et celle de nos aînés a pu forcer le respect et la
considération en libérant le pays, aujourd'hui, ce respect et cette considération
sont remis en jeu et, seule la qualité de nos anticipations pourra nous grandir
dans l'estime de toutes celles et de tous ceux qui nous ont fait confiance. Nous
leur devons le courage de dire la vérité en toutes circonstances et la vérité,
aujourd'hui, est que nous sommes dans l'exigence incontournable de rattraper le
temps perdu. La fidélité à nos engagements est à ce prix. Le respect dû à
notre peuple nous y incline fortement, car ce peuple a eu la vertu d'apprendre
que les chemins de la facilité sont des voies sans issue et que son devenir
reste intimement lié à l'effort personnel de chacun dans une société qui
travaille à l'égalisation des chances pour tous.
Cet appel à la cohésion ne signifie en aucune manière que nous devons entrer
dans un nouveau moule idéologique étriqué ou centré à l'excès. Bien au
contraire, j'attache personnellement le plus grand prix à la promotion et au
renforcement des cadres institutionnels de dialogue et de concertation dans tous
les domaines de la vie sociale. J'apporterai mon appui total et mon soutien sans
faille à l'élaboration d'une charte citoyenne et d'un pacte économique et
social.
En ce qui concerne le pacte économique et social, je souhaite qu'il vous
permette de préparer les meilleurs arbitrages lorsque les objectifs économiques
viendraient à apparaître contradictoires avec les objectifs sociaux.
Toutefois, je tiens à affirmer que la responsabilité de chaque partie sera préservée,
de même que son autonomie de décision, dans le respect de la loi. Nous
n'entendons pas, en particulier, rééditer des expériences qui, bien que
conduites de bonne foi dans le passé, n'ont fait que cultiver l'amalgame et la
confusion des rôles, ne laissant place qu'à l'irresponsabilité collective où
tout un chacun s'est avéré à la fois fautif mais non nécessairement
coupable. Il nous faudra donc méditer profondément nos pratiques antérieures,
telle une certaine forme d'autogestion dans l'agriculture ou de gestion pseudo
autonome des entreprises, qui ont contribué à précipiter la décrépitude de
notre système économique.
Liberté, concertation et responsabilité devront désormais faire bon ménage
et constituer l'attelage qui nous permettra de valoriser les compétences
nationales et de mobiliser de façon efficiente, toutes les énergies au service
du développement.
Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
Les valeurs essentielles qui structurent notre vision du monde
demeurent l'indépendance, la liberté et la solidarité.
L'indépendance ne peut plus se définir cependant comme autarcie nombriliste et
volontiers ombrageuse, mais comme autonomie relative toujours à construire et
à consolider pour une meilleure ouverture sur le monde. La mise en œuvre
actualisée de ces valeurs exige de notre peuple, dans les nouvelles conditions
qui sont les nôtres, de renouer avec le puissant souffle de Novembre 1954, fait
d'intelligence courageuse et d'innovation intégratrice.
A cet égard, la politique de concorde civile par son audace maîtrisée a été
un élément essentiel du rétablissement de la sécurité et du retour au
dialogue des différentes composantes de notre société. La paix revenue pour
l'essentiel, et son parachèvement par le processus de réconciliation nationale
arrivé à maturité, il est fondamental, à présent, de s'attacher à
renforcer la cohésion sociale dans tous ses aspects.
Au demeurant, cohésion sociale et démocratie participative constituent le
socle de l’équation apte à soutenir notre ambition commune visant la mise en
œuvre des grandes réformes que nous avons décidées, et dont on sait qu'elles
requièrent la participation et l'engagement conscient des fractions avancées
de la société civile dont vous êtes, en tant qu'organisation syndicale, un
des éperons les plus emblématiques.
Convaincu que je suis personnellement de la justesse de cette orientation
fondatrice, tant il est évident qu'elle va de pair avec la conduite de l'œuvre
immense et sans cesse renouvelée s'attachant à la promotion des valeurs de la
démocratie authentique, je puis vous assurer que nous ne ménagerons aucun
effort pour mettre au service de cette ambition collective tout le poids de nos
ressources institutionnelles et de nos cadres légaux. Ce n'est que de la sorte,
que nous pouvons espérer associer dans un même élan, volonté populaire
librement exprimée, engagement citoyen plénier et responsabilité régulatrice
des pouvoirs publics.
Chères sœurs syndicalistes
Chers frères syndicalistes
Parallèlement à cette action de stabilisation de la société et de
consolidation de l'Etat, il était nécessaire de reconstruire un pays qui a
connu un désinvestissement massif pendant plus de 15 ans. Il fallait donc
rapidement lancer un programme d'envergure pour mettre à niveau de vastes régions
du pays du point de vue des infrastructures de base et pour donner à nos
populations les moyens de retrouver leur cadre de vie en participant ainsi à la
relance de la vie économique sur le plan local. Les ressources pétrolières
ont été largement sollicitées et la hausse du prix du baril de pétrole a
incontestablement contribué, à cette nouvelle dynamique. L'Etat a ainsi dépensé
au cours de la période 1999-2003 l'équivalent d'un total de 30 milliards de
dollars pour le développement des infrastructures et le développement des
ressources humaines.
Mais il faut aller plus loin. Cet effort de reconstruction s’avère, en effet,
insuffisant eu égard aux besoins de développement de la Nation. Notre pays
doit être prêt à des rendez-vous imposés par notre intégration dans le
marché régional et par notre prochaine adhésion à l'OMC.
C'est ainsi que notre intention est de mettre en chantier un vaste programme de
consolidation de la croissance qui nécessitera la mobilisation d'une
cinquantaine de millliards de dollars pour la période quinquennale prochaine.
Ce programme est en effet nécessaire pour que notre pays dispose des
infrastructures de base suffisantes, pour que les ressources en eau atteignent
le niveau requis par la satisfaction à moyen terme de nos besoins, pour que les
besoins de logements soient satisfaits d'une manière suffisante, et pour que
l'on dispose de capacités plus adaptées aux exigences de formation de nos
ressources humaines.
Chères sœurs syndicalistes
Chers frères syndicalistes
Nous avons conscience que la dépense publique ne fait pas l'économie
; elle aide, elle soutient, elle contribue à mettre en place les conditions nécessaires
pour que l'économie progresse. Mais la croissance économique, la création de
l'emploi, la croissance et la distribution des revenus sont le fait des
entreprises, de leur productivité et de leur rentabilité. Parce que
l'entreprise algérienne est une, il est dans l'intention de l'Etat d'aider le
secteur privé comme les entreprises publiques viables, à prospérer et à se développer
dans le cadre d'un programme de promotion qui doit permettre à nos entreprises,
non seulement d'assumer la compétition sur le marché national, mais également
sur les marchés extérieurs.
Cette promotion touchera l'entreprise aussi bien industrielle qu'agricole. Je
dois souligner que le secteur agricole, grâce à un appui décisif de l'Etat, a
amorcé un processus d'amélioration de sa productivité dans la liberté
d'entreprise. Il faudra continuer cet effort et nous veillerons à le mettre à
l'abri des spéculations foncières et des agressions qui risquent de mettre en
péril les acquis obtenus jusque-là par le peuple algérien.
En réalité c'est surtout la rénovation du cadre de fonctionnement qui est
attendue par nos entreprises qui aspirent à l'efficience et à la compétitivité.
Les réformes du cadre de fonctionnement de l'entreprise concernent
l'assainissement des marchés, la restructuration du système financier,
l'assainissement du marché foncier à usage économique, le renforcement du
secteur des entreprises à travers la restructuration du secteur public et le
renforcement du secteur privé. Un programme d'action de cette envergure n'est
jamais facile à mettre en œuvre ; il s'agit non pas d'une réforme mais d'une
véritable révolution des mentalités qui doit aboutir à une transformation
profonde de notre système économique et, par là même, à une redistribution
nouvelle des revenus et un accroissement significatif de l'investissement.
Ce programme de réformes ne peut avoir son plein effet que s'il s'appuie sur
une politique industrielle capable de reconstituer nos capacités passées et,
en même temps, de développer de nouvelles filières telles que l'électricité,
la pétrochimie, la pharmacie, l'électro-mécanique, l'agroalimentaire, le BTP
ainsi que les nouvelles technologies de l'information ; ces filières
constituent autant de domaines où nous disposons d’un potentiel important et
de marchés porteurs.
Chères sœurs syndicalistes
Chers frères syndicalistes
Le secteur public économique lui-même doit améliorer son système de
gestion pour le rendre plus efficace ; comme dans le secteur privé, le secteur
public devra intégrer dans sa dynamique la nécessité de rendre compte de
leurs actes aux institutions en charge du patrimoine privé de l'Etat, selon les
règles et procédures d'administration et de gestion ressortissant au droit
commun économique.
Il est en effet grand temps que chacun comprenne où commence et où s'achève
sa responsabilité. Je saisis, d'ailleurs, cette occasion pour encourager les
parties directement concernées par le secteur public économique à clarifier
et, surtout, à normaliser une compréhension commune du concept d'autonomie de
gestion. Il y va à coup sûr de l'efficacité de ce secteur et de la protection
de ses cadres gestionnaires .
Cette nécessité est d'autant plus patente que le secteur public commence à
s'ouvrir au partenariat, option que nous considérons comme préférentielle
en vue de relancer vigoureusement l'investissement, de préserver et de développer
l'emploi tout en plaçant nos entreprises dans un environnement réellement
concurrentiel.
Les premières expériences de privatisation et de partenariat devraient définitivement
rassurer, à la fois sur les intentions du gouvernement et sur les résultats
attendus. L'exemple de la sidérurgie, à travers ISPAT, est révélateur d'une
politique industrielle rénovée et la promotion d'investissements créateurs de
richesse. Nous veillerons à ce que la transparence et la concertation soient préservées
et renforcées pour toutes les opérations d'ouverture de capital, mais nous
disons tout haut désormais notre détermination à être plus dynamiques et
plus clairs vis-à-vis de nos partenaires dont certains ont cru pouvoir mettre
nos hésitations sur le compte de quelque doute politique, voire même de
quelque confusion idéologique.
Je tiens donc à le rappeler fermement ici ; la gestion socialiste de l’économie
a fait son temps, notre pays ayant eu à satiété son lot d'expériences qui
l'ont suffisamment renseigné sur la vitale nécessité d'un changement qui sera
certes sans précipitation, mais qui se fera assurément sans hésitation
aucune.
Ce changement ne s'est pas imposé-à l'Algérie seule, notre pays étant
probablement l'un de ceux qui ont le plus longtemps “résisté” devant la nécessité
d'une économie plus ouverte ; malheureusement cette ouverture est
historiquement intervenue dans des circonstances qui n'ont pas permis de
conduire les réformes nécessaires avec la sérénité souhaitable.
Aujourd'hui les choses ont changé ; le pays a retrouvé sa stabilité, il a
renoué avec la démarche démocratique et avec la croissance, il a patiemment
conçu avant de les mettre en œuvre des réformes très importantes et, qui
plus est, dans de nombreux domaines tels que la justice, l’école ou les
institutions de l'Etat.
L'Algérie est prête à parachever et à intensifier le mouvement réformateur.
L'Etat s'est lui-même mis en question et il a procédé à sa propre mue qui le
ramène aujourd'hui à l'essentiel, c'est dire à son rôle de puissance
publique, de régulateur et d'arbitre ; les partis politiques ont changé, les
syndicats se sont également adaptés. Mais ce qui n'a pas changé, fort
heureusement, c'est l'amour que nous portons à notre patrie et notre détermination
à réussir une étape nouvelle qui, j'en suis convaincu, saura mobiliser
l'ensemble de notre peuple dans leur volonté d’y écrire une nouvelle page de
gloire, faisant ainsi jonction avec l'héroïque épopée d'Aïssat Idir, de
Abdelhak Benhamouda et de tant d'autres martyrs auxquels les citoyens que nous
sommes et les travailleurs que nous sommes rendent, aujourd'hui, le plus vibrant
des hommages.
Je vous remercie de votre fraternel accueil et de votre attention.