Le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a prononcé le 23 février 2005 à la Maison du peuple à Alger, un discours à l’occasion de la cérémonie de commémoration de l’anniversaire de la création de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et de la nationalisation des hydrocarbures.
Voici le texte intégral du discours :

Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
C'est avec une émotion sincère que je me retrouve aujourd'hui parmi vous à l'invitation du secrétaire général de votre organisation syndicale. Comment peut-il en être autrement quand on sait que l'histoire de l'UGTA, s'enracinant au plus profond de notre mouvement national, a étroitement accompagné l'établissement de notre Etat indépendant au travers de sa volonté d'édifier une société plus juste et plus humaine, capable de répondre aux multiples frustrations de notre peuple au sortir de la longue nuit coloniale.
Il m'est particulièrement agréable de présenter mes chaleureuses salutations à l'ensemble des militantes et militants de l'UGTA, à toutes les travailleuses et tous les travailleurs de notre pays, mais aussi à toutes celles et tous ceux, en particulier les jeunes, qui n'arrivent pas encore à trouver leur place dans le monde du travail à des conditions de dignité et de stabilité conformes à leur aspiration légitime. Et c'est ce qui explique que l'un des axes fondamentaux de notre politique depuis 1999 a été de réduire le chômage dans des proportions significatives, singulièrement celui des jeunes.
Pendant mon second mandat, tout sera mis en œuvre pour intensifier ces efforts et traduire dans les faits le principe du droit au travail.
Je suis aujourd'hui parmi vous pour célébrer l'anniversaire de deux évènements clés dans l'histoire contemporaine de notre pays qui ont puissamment et durablement façonné notre existence comme nation ainsi que  l’émergence de votre organisation comme composante essentielle du mouvement national algérien.
Le 24 février 1956, la création de 1’Union Générale des Travailleurs Algériens, née dans le fracas des armes de la guerre d'indépendance initiée le 1er novembre 1954, apportait au Front de Libération Nationale la participation active et structurée des travailleurs algériens au combat libérateur-anticolonial.
Le 24 février 1971, l'Etat algérien prenait l'initiative historique de nationaliser les hydrocarbures et d'enclencher un processus de développement économique et social d’envergure, dont le double objectif était de faire muter la base économique de notre pays par une industrialisation accélérée et de satisfaire les besoins sociaux de la grande majorité de notre population.
Le lien entre ces deux évènements n'est pas de l'ordre du fortuit puisqu'il visait à conférer une valeur symbolique exceptionnelle tant à la configuration générale de notre Etat qu'au caractère spécifique de votre organisation syndicale. Historiquement, en effet, l'Etat algérien indépendant est le produit de la lutte des larges masses de notre peuple contre la domination coloniale. Sa légitimité tenait structurellement au fait de la prise en charge des aspirations des différentes catégories de travailleurs et des couches sociales déshéritées ou marginalisées. Aussi la légitimité de l'UGTA s'est-elle forgée, tout à la fois, dans la lutte pour l'indépendance politique de notre pays et pour la réalisation des tâches d'édification nationale. Et nous nous plaisons à souligner que la légitimité de l'UGTA puise toujours à la même veine puisque, encore récemment, elle a tenu à manifester son appui au nouveau projet de loi sur les hydrocarbures que le Conseil des Ministres vient d'endosser dans sa dernière séance, tenue hier comme vous le savez.

Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
C'est le lieu ici d'insister sur le fait que la décision prise le 24 février 1971 n'allait pas de soi . Elle avait, en effet, déclenché une série de manœuvres de la part des sociétés étrangères tendant à faire obstacle à son application et même à faire revenir l'Algérie sur sa décision.
Assuré, cependant, du ferme soutien à la fois des travailleurs et de leur organisation syndicale, l'UGTA, comme de l’ensemble des cadres de la Sonatrach et des sociétés affiliées nouvellement créées et chargées de la lourde mission de prendre immédiatement la suite des sociétés étrangères expropriées, notre gouvernement avait tenu bon, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour le pays, prenant appui sur un modèle qui accordait une place stratégique à la valorisation des hydrocarbures comme catalyseur du développement national. Sur cette base notre pays avait alors enregistré de très grandes réalisations durant les quinze années qui ont suivi.
La scène économique mondiale allait, par la suite, connaître de profonds bouleversements perceptibles dès le début des années 80, à la faveur d'infléchissements majeurs qui allaient conférer une nouvelle intensité à la dynamique de la mondialisation. Ces changements ont abouti progressivement à la remise en cause des modèles économiques dirigistes à planification centralisée dans la plupart des pays concernés.
Le modèle mis en place dans notre pays allait à son tour montrer ses limites et révéler sa profonde vulnérabilité, à partir de la deuxième moitié des années 80, suite à une conjoncture de prix défavorable sur la scène pétrolière internationale.
Coup sur coup, en 1987 et en 1991, les autorités nationales ont alors amorcé les premières ouvertures significatives en matière de politique énergétique. De nouvelles mutations nous contraignent aujourd'hui à nous adapter de nouveau à la scène pétrolière internationale qui ne cesse d’évoluer au rythme accéléré de la mondialisation et de la globalisation des échanges. Les pays producteurs se font de plus en plus une concurrence féroce pour attirer les capitaux privés dans les activités pétrolières, en ouvrant leurs territoires aux investisseurs étrangers grâce à des mesures légales, institutionnelles et fiscales particulièrement attractives. L'Algérie ne pouvait se soustraire davantage aux exigences de cette évolution.
Cette démarche a déjà à son actif la promulgation de deux lois, l'une sur les mines en juillet 2001 et l'autre sur l'électricité et la distribution du gaz en février 2002 qui ont permis de lever les contraintes juridiques majeures qui entravaient jusqu'ici les flux d'investissement privés souhaité vers les mines et 1'électricité.

Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
Cette trame d’évènements que je viens de rappeler, vous l'avez vécue comme des acteurs de première ligne, toujours et à  jamais conscients de l'importance capitale de ces enjeux pour le devenir de notre nation. Aussi voudrais-je ne pas manquer l'occasion de cette double commémoration pour féliciter très sincèrement l'UGTA, ses cadres, ses militants mais aussi l'ensemble des travailleuses et travailleurs pour avoir su constamment et, particulièrement dans les moments les plus difficiles, garder le cap sur l'intérêt supérieur de la nation. C'est ainsi que l'Etat et notre société ne peuvent qu'être reconnaissants à l'UGTA pour ses positions dignes et courageuses dans la défense de l'Etat républicain, comme ils doivent lui être reconnaissants pour avoir accompagné de manière mesurée et responsable le programme d'ajustement structurel qui, pourtant, a cruellement touché les intérêts légitimes de dizaines de milliers de travailleurs.
Ce lien organique entre le mouvement syndical et le mouvement national apparaît avec une vigueur toute spéciale quand on évoque les figures de proue de l'UGTA que furent Aïssat Idir et Abdelhak Benhamouda, martyrs authentiques d'une Algérie libre et solidaire.
Vous comprendrez donc qu'il n'est pas question pour moi, ayant la lourde tâche de présider aux destinées de notre pays, de faire table rase du passé et, encore moins, de nier ou d'amoindrir les immenses réalisations accomplies par notre pays durant les décennies soixante et soixante-dix. J'y ai personnellement participé, modestement mais de manière continue, de 1962 à 1978 date du rappel à Dieu du défunt président Houari Boumediene.
Ma fierté pour l'œuvre réalisée pendant cette période est intacte, comme l'est mon admiration pour les trésors d'initiative déployés par les cadres et les travailleurs pour arrimer l'Algérie au train du développement économique et social, intégrant dans une grande générosité et dans une large solidarité la quasi-totalité de notre peuple. Je comprends bien la nostalgie qui s'empare de beaucoup d'entre nous à l'évocation de ces deux glorieuses décennies, mais je refuse d'y succomber moi-même en laissant croire qu'un retour à ce qui fut, à certains égards, un âge d'or puisse être aujourd'hui envisageable. Cela ne serait que pure démagogie et que totale irresponsabilité.
Nostalgie n'est pas raison. Nostalgie est encore moins projet au moment où nous avons besoin de mobiliser toute notre intelligence collective en faisant appel à toutes les ressources de la pensée rationnelle pour envisager et édifier un avenir qui soit vivable pour nos enfants. Réactiver et dynamiser les valeurs cardinales de notre nation qui sont celles d'indépendance, de liberté et de solidarité ne peut s'envisager qu'au prix d'une rupture franche, concertée et consensuelle, avec la représentation du monde et les méthodes d'action qui, pour avoir été les nôtres, n'en sont pas moins devenues obsolètes et inopérantes. Bien plus, leur reconduction partielle ou toute autre hésitation à opérer la rupture sont, de fait, devenues des obstacles à la mise en œuvre positive des valeurs centrales de notre nation.
Il me paraît hautement nécessaire, à la faveur de notre rencontre d'aujourd'hui, de réaffirmer avec la plus grande netteté que la tâche primordiale revenant désormais à, notre société, dans toutes ses composantes et à travers tous ses acteurs, notamment les travailleurs et leurs organisations syndicales parmi lesquelles l'UGTA occupe une place éminente, est d'en finir avec les avatars du populisme dévastateur.
Le devoir de lucidité peut être à certains égards douloureux. Il  n'en est pas moins impérieux pour tous ceux qui ont la mission d'encadrer et d'orienter la société. En Algérie comme dans le reste du monde, l'expérimentation historique a tranché et, plus  que jamais, nous devons être soigneusement attentifs aux exigences de notre siècle en faisant l'effort de les acclimater à  notre histoire particulière et au cadre qui abrite nos valeurs  civilisationnelles. Penser le développement économique et le mettre en œuvre, aujourd'hui, c'est réfléchir aux meilleures conditions de notre insertion dans la mondialisation. Loin d'être une fatalité, la mondialisation est, en effet, en même temps que destructeur d'anciennes activités, générateur de nouvelles opportunités qu'il s'agit de saisir au mieux de nos intérêts collectifs, en prenant notre juste part à cette nouvelle organisation de l'espace-temps mondial.
Il nous faut, en particulier, dépasser les turbulences des années 90 qui ont été à la fois un symptôme et un facteur aggravant d'une situation qui, structurellement, tenait plus de l'impasse que de la crise. Une fois la situation politique assainie et la paix civile en voie de parachèvement, il nous faut donc, sans relâche, nous atteler à trancher le nœud gordien qui lie souvent abusivement l'Etat à la sphère de la production marchande.
Ce choix n'est pas idéologique. C'est le seul possible si nous voulons rompre le cercle vicieux de la confusion entre le patrimoine national et les intérêts personnels; les biens des entreprises publiques sont les biens de la nation, et nul ne saurait y attenter car ils sont le produit du sang et de la sueur des travailleurs et de tous ceux qui contribuent à la création de la richesse. Je le dis sans ambages : ni les pouvoirs publics, ni les instances syndicales n'ont été capables, malgré des efforts louables, d'enrayer ce phénomène  pervers. Aussi nous appartient-il, désormais, d'unir nos efforts pour organiser dans l'intérêt supérieur de la nation le désengagement de l'Etat de la sphère de la production marchande. Nous avons commencé à le faire. Nous devons continuer à le faire, plus et mieux, en confortant une approche de solidarité mutuellement confiante.

Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
Plus fondamentalement encore, en effet, nous sommes aujourd'hui fermement convaincus que le renforcement de la démocratie pluraliste et le passage effectif de l’économie dirigée à l'économie de marché ne sont pas pour nous éloigner de nos valeurs nationales.
Les années que nous venons de vivre ensemble ont été consacrées à reconstruire l'Etat sur des bases nouvelles, mais toujours adossées au même objectif : celui de mettre l'Etat au service du citoyen en veillant à créer les conditions d'un développement soutenu et durable.
Mon programme pour les prochaines années se donne pour objectif principal le retour à la confiance entre les acteurs de la société afin de les mobiliser au service de l'avancée de notre pays dans tous les domaines et au profit de tous ses enfants.
C'est avec vous que je compte conduire ce programme sans tergiversations ni perte de temps, convaincus que nous sommes tous de la nécessité de faire évoluer nos systèmes de gouvernance pour les rendre à la fois plus transparents et plus participatifs. J'attends donc de l'Union Générale des  Travailleurs Algériens une coopération loyale et confiante à la mesure de cet engagement, car c'est ensemble que nous pourrons prétendre, vous et moi, travailler le mieux à ce qui est notre principale raison d'être, à savoir l'épanouissement continu de notre cher pays et la promotion de  son développement, dans la fraternité retrouvée et avec un sens encore plus aigu de nos responsabilités vis-à-vis de nos concitoyens et devant l'Histoire.
Si notre génération et celle de nos aînés a pu forcer le respect et la considération en libérant le pays, aujourd'hui, ce respect et cette considération sont remis en jeu et, seule la qualité de nos anticipations pourra nous grandir dans l'estime de toutes celles et de tous ceux qui nous ont fait confiance. Nous leur devons le courage de dire la vérité en toutes circonstances et la vérité, aujourd'hui, est que nous sommes dans l'exigence incontournable de rattraper le temps perdu. La fidélité à nos engagements est à ce prix. Le respect dû à notre peuple nous y incline fortement, car ce peuple a eu la vertu d'apprendre que les chemins de la facilité sont des voies sans issue et que son devenir reste intimement lié à l'effort personnel de chacun dans une société qui travaille à l'égalisation des chances pour tous.
Cet appel à la cohésion ne signifie en aucune manière que nous devons entrer dans un nouveau moule idéologique étriqué ou centré à l'excès. Bien au contraire, j'attache personnellement le plus grand prix à la promotion et au renforcement des cadres institutionnels de dialogue et de concertation dans tous les domaines de la vie sociale. J'apporterai mon appui total et mon soutien sans faille à l'élaboration d'une charte citoyenne et d'un pacte économique et social.
En ce qui concerne le pacte économique et social, je souhaite qu'il vous permette de préparer les meilleurs arbitrages lorsque les objectifs économiques viendraient à apparaître contradictoires avec les objectifs sociaux. Toutefois, je tiens à affirmer que la responsabilité de chaque partie sera préservée, de même que son autonomie de décision, dans le respect de la loi. Nous n'entendons pas, en particulier, rééditer des expériences qui, bien que conduites de bonne foi dans le passé, n'ont fait que cultiver l'amalgame et la confusion des rôles, ne laissant place qu'à l'irresponsabilité collective où tout un chacun s'est avéré à la fois fautif mais non nécessairement coupable. Il nous faudra donc méditer profondément nos pratiques antérieures, telle une certaine forme d'autogestion dans l'agriculture ou de gestion pseudo autonome des entreprises, qui ont contribué à précipiter la décrépitude de notre système économique.
Liberté, concertation et responsabilité devront désormais faire bon ménage et constituer l'attelage qui nous permettra de valoriser les compétences nationales et de mobiliser de façon efficiente, toutes les énergies au service du développement.

Chères sœurs syndicalistes,
Chers frères syndicalistes,
Les valeurs essentielles qui structurent notre vision du monde demeurent l'indépendance, la liberté et la solidarité.
L'indépendance ne peut plus se définir cependant comme autarcie nombriliste et volontiers ombrageuse, mais comme autonomie relative toujours à construire et à consolider pour une meilleure ouverture sur le monde. La mise en œuvre actualisée de ces valeurs exige de notre peuple, dans les nouvelles conditions qui sont les nôtres, de renouer avec le puissant souffle de Novembre 1954, fait d'intelligence courageuse et d'innovation intégratrice.
A cet égard, la politique de concorde civile par son audace maîtrisée a été un élément essentiel du rétablissement de la sécurité et du retour au dialogue des différentes composantes de notre société. La paix revenue pour l'essentiel, et son parachèvement par le processus de réconciliation nationale arrivé à maturité, il est fondamental, à présent, de s'attacher à renforcer la cohésion sociale dans tous ses aspects.
Au demeurant, cohésion sociale et démocratie participative constituent le socle de l’équation apte à soutenir notre ambition commune visant la mise en œuvre des grandes réformes que nous avons décidées, et dont on sait qu'elles requièrent la participation et l'engagement conscient des fractions avancées de la société civile dont vous êtes, en tant qu'organisation syndicale, un des éperons les plus emblématiques.
Convaincu que je suis personnellement de la justesse de cette orientation fondatrice, tant il est évident qu'elle va de pair avec la conduite de l'œuvre immense et sans cesse renouvelée s'attachant à la promotion des valeurs de la démocratie authentique, je puis vous assurer que nous ne ménagerons aucun effort pour mettre au service de cette ambition collective tout le poids de nos ressources institutionnelles et de nos cadres légaux. Ce n'est que de la sorte, que nous pouvons espérer associer dans un même élan, volonté populaire librement exprimée, engagement citoyen plénier et responsabilité régulatrice des pouvoirs publics.

Chères sœurs syndicalistes
Chers frères syndicalistes
Parallèlement à cette action de stabilisation de la société et de consolidation de l'Etat, il était nécessaire de reconstruire un pays qui a connu un désinvestissement massif pendant plus de 15 ans. Il fallait donc rapidement lancer un programme d'envergure pour mettre à niveau de vastes régions du pays du point de vue des infrastructures de base et pour donner à nos populations les moyens de retrouver leur cadre de vie en participant ainsi à la relance de la vie économique sur le plan local. Les ressources pétrolières ont été largement sollicitées et la hausse du prix du baril de pétrole a incontestablement contribué, à cette nouvelle dynamique. L'Etat a ainsi dépensé au cours de la période 1999-2003 l'équivalent d'un total de 30 milliards de dollars pour le développement des infrastructures et le développement des ressources humaines.
Mais il faut aller plus loin. Cet effort de reconstruction s’avère, en effet, insuffisant eu égard aux besoins de développement de la Nation. Notre pays doit être prêt à des rendez-vous imposés par notre intégration dans le marché régional et par notre prochaine adhésion à l'OMC.
C'est ainsi que notre intention est de mettre en chantier un vaste programme de consolidation de la croissance qui nécessitera la mobilisation d'une cinquantaine de millliards de dollars pour la période quinquennale prochaine.
Ce programme est en effet nécessaire pour que notre pays dispose des infrastructures de base suffisantes, pour que les ressources en eau atteignent le niveau requis par la satisfaction à moyen terme de nos besoins, pour que les besoins de logements soient satisfaits d'une manière suffisante, et pour que l'on dispose de capacités plus adaptées aux exigences de formation de nos ressources humaines.

Chères sœurs syndicalistes
Chers frères syndicalistes
Nous avons conscience que la dépense publique ne fait pas l'économie ; elle aide, elle soutient, elle contribue à mettre en place les conditions nécessaires pour que l'économie progresse. Mais la croissance économique, la création de l'emploi, la croissance et la distribution des revenus sont le fait des entreprises, de leur productivité et de leur rentabilité. Parce que l'entreprise algérienne est une, il est dans l'intention de l'Etat d'aider le secteur privé comme les entreprises publiques viables, à prospérer et à se développer dans le cadre d'un programme de promotion qui doit permettre à nos entreprises, non seulement d'assumer la compétition sur le marché national, mais également sur les marchés extérieurs.
Cette promotion touchera l'entreprise aussi bien industrielle qu'agricole. Je dois souligner que le secteur agricole, grâce à un appui décisif de l'Etat, a amorcé un processus d'amélioration de sa productivité dans la liberté d'entreprise. Il faudra continuer cet effort et nous veillerons à le mettre à l'abri des spéculations foncières et des agressions qui risquent de mettre en péril les acquis obtenus jusque-là par le peuple algérien.
En réalité c'est surtout la rénovation du cadre de fonctionnement qui est attendue par nos entreprises qui aspirent à l'efficience et à la compétitivité.
Les réformes du cadre de fonctionnement de l'entreprise concernent l'assainissement des marchés, la restructuration du système financier, l'assainissement du marché foncier à usage économique, le renforcement du secteur des entreprises à travers la restructuration du secteur public et le renforcement du secteur privé. Un programme d'action de cette envergure n'est jamais facile à mettre en œuvre ; il s'agit non pas d'une réforme mais d'une véritable révolution des mentalités qui doit aboutir à une transformation profonde de notre système économique et, par là même, à une redistribution nouvelle des revenus et un accroissement significatif de l'investissement.
Ce programme de réformes ne peut avoir son plein effet que s'il s'appuie sur une politique industrielle capable de reconstituer nos capacités passées et, en même temps, de développer de nouvelles filières telles que l'électricité, la pétrochimie, la pharmacie, l'électro-mécanique, l'agroalimentaire, le BTP ainsi que les nouvelles technologies de l'information ; ces filières constituent autant de domaines où nous disposons d’un potentiel important et de marchés porteurs.

Chères sœurs syndicalistes
Chers frères syndicalistes
Le secteur public économique lui-même doit améliorer son système de gestion pour le rendre plus efficace ; comme dans le secteur privé, le secteur public devra intégrer dans sa dynamique la nécessité de rendre compte de leurs actes aux institutions en charge du patrimoine privé de l'Etat, selon les règles et procédures d'administration et de gestion ressortissant au droit commun économique.
Il est en effet grand temps que chacun comprenne où commence et où s'achève sa responsabilité. Je saisis, d'ailleurs, cette occasion pour encourager les parties directement concernées par le secteur public économique à clarifier et, surtout, à normaliser une compréhension commune du concept d'autonomie de gestion. Il y va à coup sûr de l'efficacité de ce secteur et de la protection de ses cadres gestionnaires .
Cette nécessité est d'autant plus patente que le secteur public commence à s'ouvrir au partenariat, option que nous considérons comme  préférentielle en vue de relancer vigoureusement l'investissement, de préserver et de développer l'emploi tout en plaçant nos entreprises dans un environnement réellement concurrentiel.
Les premières expériences de privatisation et de partenariat devraient définitivement rassurer, à la fois sur les intentions du gouvernement et sur les résultats attendus. L'exemple de la sidérurgie, à travers ISPAT, est révélateur d'une politique industrielle rénovée et la promotion d'investissements créateurs de richesse. Nous veillerons à ce que la transparence et la concertation soient préservées et renforcées pour toutes les opérations d'ouverture de capital, mais nous disons tout haut désormais notre détermination à être plus dynamiques et plus clairs vis-à-vis de nos partenaires dont certains ont cru pouvoir mettre nos hésitations sur le compte de quelque doute politique, voire même de quelque confusion idéologique.
Je tiens donc à le rappeler fermement ici ; la gestion socialiste de l’économie a fait son temps, notre pays ayant eu à satiété son lot d'expériences qui l'ont suffisamment renseigné sur la vitale nécessité d'un changement qui sera certes sans précipitation, mais qui se fera assurément sans hésitation aucune.
Ce changement ne s'est pas imposé-à l'Algérie seule, notre pays étant probablement l'un de ceux qui ont le plus longtemps “résisté” devant la nécessité d'une économie plus ouverte ; malheureusement cette ouverture est historiquement intervenue dans des circonstances qui n'ont pas permis de conduire les réformes nécessaires avec la sérénité souhaitable.
Aujourd'hui les choses ont changé ; le pays a retrouvé sa stabilité, il a renoué avec la démarche démocratique et avec la croissance, il a patiemment conçu avant de les mettre en œuvre des réformes très importantes et, qui plus est, dans de nombreux domaines tels que la justice, l’école ou les institutions de l'Etat.
L'Algérie est prête à parachever et à intensifier le mouvement réformateur. L'Etat s'est lui-même mis en question et il a procédé à sa propre mue qui le ramène aujourd'hui à l'essentiel, c'est dire à son rôle de puissance publique, de régulateur et d'arbitre ; les partis politiques ont changé, les syndicats se sont également adaptés. Mais ce qui n'a pas changé, fort heureusement, c'est l'amour que nous portons à notre patrie et notre détermination à réussir une étape nouvelle qui, j'en suis convaincu, saura mobiliser l'ensemble de notre peuple dans leur volonté d’y écrire une nouvelle page de gloire, faisant ainsi jonction avec l'héroïque épopée d'Aïssat Idir, de Abdelhak Benhamouda et de tant d'autres martyrs auxquels les citoyens que nous sommes et les travailleurs que nous sommes rendent, aujourd'hui, le plus vibrant des hommages.
Je vous remercie de votre fraternel accueil et de votre attention.