Conférence internationale sur les énergies renouvelables
Discours du Docteur Chakib Khelil
Ministre
de l'énergie et des mines
Bonn,
1er au 4 Juin 2004
Monsieur
le Président,
Madame et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Je remercie au nom de la
délégation algérienne Son Excellence Monsieur le Chancelier Gerhard Schroeder davoir
bien voulu nous inviter à cette importante conférence sur les énergies renouvelables.
Je voudrais aussi
feliciter les autorités allemandes davoir pris linitiative de cette rencontre
internationale, et pour les remarquables efforts quil ont déployés pour son
organisation.
Cette conférence nous
permettra de définir des objectifs communs, de coordonner nos actions, et de rendre plus
cohérentes nos stratégies internes pour parvenir à un système énergétique mondial
efficient et plus conforme aux objectifs du développement durable.
Mesdames,
Messieurs,
La nécessité dun
avenir énergétique tel que préconisé lors du dernier Sommet de la terre de
Johannesburg (WSSD) impose aux états des
réformes profondes des secteurs énergétiques qui devraient conduire à une importance
accrue du rôle de lefficacité énergétique et de la contribution des énergies
renouvelables dans les bilans énergétiques nationaux.
Notre
problème à tous est de concilier les impératifs du développement économique et social
avec la préservation de notre planète, des nuisances qui la rongent tout en veillant à
la gestion optimale des ressources énergétiques fossiles.
Les énergies fossiles
ont représenté une rupture technologique sur laquelle sest fondé le
développement du système industriel. Aujourd'hui, elles occupent, la première place
dans la consommation énergétique mondiale.
Lélectricité est
toujours à dominante fossile (pétrole, gaz, charbon) pour 65% en moyenne mondiale. Le
gaz naturel va de plus en plus contribuer à la génération électrique en raison de sa
qualité dénergie propre et relativement de sa plus grande disponibilité que le
pétrole.
En Algérie, par exemple,
la production délectricité est essentiellement alimentée par du gaz naturel.
Il est vrai que nous ne
manquerons pas de si tôt de ces énergies fossiles mais nous devons nous habituer à lidée
que lère de labondance et de lénergie bon marché prendra fin
progressivement. Leur substitution par dautres sources doit donc être envisagée.
Les énergies
renouvelables, inépuisables, et propres de surcroît, s'imposent dans ces conditions
comme une priorité.
La promotion des
énergies renouvelables constitue un des grands axes de la politique énergétique et
environnementale algérienne et nous reconnaissons les retombées bénéfiques de ces
énergies dans le développement économique du pays.
Chacune des filières dénergies
renouvelables a été examinée en Algérie, en tenant compte de son potentiel de
développement, au regard de la nature des besoins à satisfaire et de notre dotation en
ressources (hydrocarbures ; ensoleillement ; énergie éolienne).
LAlgérie étant un
pays semi-aride, la quasi-totalité du faible potentiel hydraulique du pays a été
exploitée depuis plusieurs décennies. Lhydroélectricité est de lordre de
300 MW installés.
Le potentiel solaire
algérien figure par contre parmi les plus importants du monde. Plus de 2.000.000 km2
du pays reçoivent un ensoleillement de lordre de 2.500 KWh/m2/an.
Lexploitation de ce
potentiel solaire nous permet de compléter nos programmes délectrification rurale.
Le taux délectrification de notre pays est de 95% aujourdhui.. Lutilisation
des énergies renouvelables nous permet datteindre, en particulier, les régions
isoléeset très éloignées du réseau électrique national.
Plusieurs programmes
utilisant lénergie solaire, et complémentaires à lélectrification rurale
par le réseau électrique conventionnel, sont en cours de réalisation.
Lapplication des
systèmes photovoltaïques pour le pompage de leau, entres autres applications, a
enregistré des résultats très satisfaisants dans le développement des régions
steppiques.
Un autre programme délectrification
des zones sahariennes par des systèmes photovoltaïques est en cours de réalisation, au
bénéfice des populations éparpillées du grand Sud Algérien.
Nous sommes conscients
aussi que la montée en puissance des énergies renouvelables en Algérie ne peut se
concevoir que par la réalisation dun programme progressif de projets de production
délectricité plus importants et connectés au réseau national de distribution
électrique.
Les objectifs visés par
de tels projets dépassent les finalités déquité ou de cohésion sociale engagées, jusquà ce jour, ponctuellement.
Nous projetons dintroduire à lavenir lélectricité renouvelable dans
le réseau électrique national dabord et, à terme, hors de nos frontières grâce
aux interconnections internationales.
Mesdames,
Messieurs,
La stratégie énergétique
algérienne est inscrite résolument dans la voie du développement durable. Le dispositif
législatif et réglementaire adopté au cours des quatre dernières années témoigne de
cet engagement irréversible. Je peux citer entre autres :
§ La loi relative à lélectricité
et à la distribution publique du gaz, promulguée en février 2002, qui a libéralisé le
secteur de lélectricité et ouvert à la concurrence la production et la
commercialisation délectricité. Une Commission de Régulation de lElectricité
et du Gaz (CREG) est créée par cette loi.
Un des objectifs de cette loi, est dattirer grâce à des mesures incitatives des investissements directs privés, étrangers ou locaux, dans la génération électrique. Cette loi consacre, en fait, la réforme du secteur de lélectricité qui permettra à lAlgérie, nous lespérons, de sintégrer à terme harmonieusement dans le marché euro-maghrébin.
Cette loi qui prend en compte la protection de l'environnement et prévoit lintégration des énergies renouvelables dans le bouquet (mix) énergétique du pays.
§ Un décret entré en
vigueur le 25 mars 2004, relatif aux coûts de diversification de la production délectricité,
institue un dispositif dincitation à la production délectricité à partir
de sources renouvelables. Des primes très avantageuses sont accordées aux producteurs délectricité
produite à partir de sources renouvelables.
Afin de garantir une
pénétration progressive de lélectricité dorigine renouvelable dans le mix
énergétique algérien, ce texte dapplication de la loi relative à lélectricité,
donne la possibilité à lorgane de régulation dimposer des quotas de
production délectricité renouvelable aux producteurs, en cas dappel doffres
infructueux.
Ce système préfigure le
modèle des titres négociables, (certificats verts) que nous allons adopter à moyen
terme si les conditions du marché le permettent.
Notre souhait est
précisément que le système des certificats verts, en usage dans beaucoup de pays de lUnion
Européenne, soit harmonisé à léchelle de lEurope et étendu aux pays du
Bassin Méditerranéen en prévision de linstauration de la boucle électrique
méditerranéenne.
§ Une autre loi portant
spécifiquement sur les énergies renouvelables dans le cadre du développement durable
est en cours dexamen en vue de son adoption par le Parlement algérien. Ce texte
porte sur la promulgation de mesures d'incitation économique fondées sur les bénéfices
environnementaux de lélectricité produite à partir de sources renouvelables.
Compte tenu des fortes
interactions entre la maîtrise de lénergie et le développement durable, ces
préoccupations ont toujours été présentes dans la politique énergétique algérienne
et font lobjet de priorités gouvernementales. Il ne servirait à rien, en effet, daller
vers de nouvelles sources dénergie sans veiller à une utilisation efficiente de lénergie
disponible.
Les pouvoirs publics ont
défini, dès le début des années 80, un cadre dorientation de la demande dénergie
en tant que « Modèle de Consommation Energétique Nationale » reposant sur
les principes et objectifs suivants :
§ Promotion et développement
des technologies efficaces pour augmenter les rendements énergétiques,
§ Généralisation de lutilisation
du gaz naturel et des GPL (énergies propres et disponibles),
§ Réduction progressive de
la part des hydrocarbures liquides (plus polluants), dans le bilan énergétique global.
En application dune
loi sur la maîtrise de lénergie, promulguée en 1999, une stratégie et un
dispositif institutionnel ont été mis en place, sarticulant autour :
§ De la création dune
Agence nationale pour la maîtrise de lénergie (APRUE), chargée de limpulsion
et de lanimation du processus de mise en uvre des programmes et des actions de
maîtrise de lénergie,
§ De la mise en place dun
Conseil intersectoriel de la maîtrise de lénergie
(CIME), qui sert de lieu de concertation
et de coordination entre les différents acteurs concernés par ce domaine,
et
§ De la création dun
Fonds National pour la Maîtrise de lEnergie, utilisé comme catalyseur des actions
et programmes à engager.
Ces dispositions
orientées vers la promotion de lefficacité énergétique offrent de larges
opportunités dinvestissement directs et de partenariat aux investissement privés.
LAlgérie en tant
que pays pétrolier a entrepris, par ailleurs, la réduction du torchage des gaz
associés. Nous avons joué un rôle de pionnier dans linitiative internationale
concernant la réduction des gaz torchés. Ces mesures sont coordonnées par la Banque
Mondiale, dans le cadre du programme Global Gaz Flaring Réduction (GGFR).
Après une première
réunion organisée à Oslo en 2001, la 2ème conférence internationale sur la
réduction des gaz torchés sétait tenue à Alger les 10 et 11 Mai dernier, à
laquelle de nombreux pays et organisations internationales ont participé.
Lors de cette dernière
conférence, lAlgérie a exposé ses réalisations dans ce domaine et présenté les
importants investissements quelle a consentis notamment dans les projets de
réinjection des gaz pour améliorer les taux de récupération des gisements. Ces gaz qui
étaient brûlés auparavant en torchères constituaient une importante source de
pollution.
Enfin je voudrais
rappeler que nos projets de développement
gaziers sont tous dotés dunités dextraction de CO2 en vue de la
séquestration géologique du gaz carbonique. Cest notamment le cas du projet de In
Salah développé en partenariat avec la compagnie BP. Ce projet de séquestration
géologique du CO2, a été présenté, du fait de son originalité lors du
dernier Congrès mondial du gaz naturel qui a eu lieu à TOKYO en 2003.
Mesdames,
Messieurs,
En Algérie, le gisement
solaire le plus important se trouve dans les régions qui recèlent les gisements en
hydrocarbures, en particulier le gaz naturel.
Nous disposons dun
système électrique adéquat, dun potentiel énergétique conséquent qui rendent
possibles une production massive délectricité dorigine renouvelable dont une
part pourrait desservir le marché européen.
En matière de promotion
des investissements la loi relative à lélectricité et à la distribution publique
du gaz, de février 2002, encourage la concurrence et permet laccès au réseau à
tous les opérateurs sans discrimination. Cette loi garantit léquité entre tous
les opérateurs.
Depuis la promulgation de
cette loi deux importants projets de production délectricité par des producteurs
privés (IPP) et publics sont en cours de réalisation :
§ Le premier projet porte sur
une centrale électrique dune puissance de 300 MW couplée à une unité de
dessalement deau de mer, de 90.000 m3/jour. Le coût global du projet est
de $ 400 Millions. Le financement est assuré à 80% par la société Black & Veatch
et à 20% par une société mixte algérienne (entre Sonatrach et Sonelgaz) lAlgerian
Energy Company (AEC).
§ Le second projet porte sur
une centrale à cycle combiné de 820MW dont le coût global est de $ 460 Millions. Le
financement est assuré à hauteur de 20% par la société SNC Lavallin, et à 80% par des
entreprises algériennes, Sonatrach et Sonelgaz par lintermédiaire de leur filiale
commune AEC.
La mise en service de ces deux projets, en cours de réalisation, est prévue pour le premier trimestre 2005.
§ Un récent appel à
partenariat pour la réalisation dune centrale de 1200 MW a suscité lintérêt
par deux grands groupes internationaux : la société canadienne SNS LAVALLIN, et lentreprise
allemande SIEMENS, qui sont déjà préqualifiées sur le plan technique.
Le financement de ce projet sera assuré par un apport minimum de 51% du partenaire étranger et le reste par des entreprises publiques algériennes (SONELGAZ, SONATRACH et AEC).
Pour répondre aux
conditions de transparence, déquité et de célérité, les procédures de
passation des marchés se font en deux phases. Une première phase consiste en une mise à
niveau technique des offres retenues. La seconde concerne la phase commerciale à lissue
de laquelle le candidat retenu est désigné séance tenante sur la base dun
critère unique et en séance publique.
Grâce à cette nouvelle
procédure en particulier, les investissements étrangers en Algérie ont atteint dans le
secteur de lénergie et des mines un volume très satisfaisant au cours de ces
dernières années, compte tenu de la conjoncture économique mondiale.
Mesdames,
Messieurs,
En ce qui concerne les
projets dénergies renouvelables connectés au réseau national, notre stratégie de
développement consiste à réaliser une synergie Solaire Gaz grâce à des projets
hybrides gaz/solaire en profitant de la dotation algérienne en ressources abondantes en
gaz naturel et en ensoleillement.
A leffet de
développer des projets dénergies renouvelables, nous avons créé, la société
NEW ENERGY ALGERIA (NEAL). Cette société a pour actionnaire deux entreprises publiques
(SONATRACH et SONELGAZ), et une société privée algérienne (SIM).
Ces projets vont
permettre, au-delà de la satisfaction des besoins en énergie électrique du pays, de
reculer léchéance de déplétion de nos réserves dhydrocarbures, et de
rendre ainsi disponible une plus grande quantité de gaz pour nos clients européens. Par
la promotion des énergies renouvelables lAlgérie contribue en fait au renforcement
de la sécurité énergétique de lEurope à laquelle elle fournit 95% de ses
exportations en gaz naturel.
Un premier projet hybride
gaz/électricité de grande capacité, a fait déjà lobjet dun appel à
manifestation dintérêt. Sa réalisation apportera une contribution significative
de lénergie solaire au bilan énergétique national et constituera une première
expérience, à grande échelle, dans la production délectricité renouvelable
raccordée au réseau de distribution nationale. On remarquera à travers cette
expérience naissante que le gaz naturel énergie fossile va contribuer à
la promotion des énergies renouvelables en Algérie.
Cette expérience sera dautant
plus intéressante que les gaz associés, provenant dun gisement dhuile voisin
et susceptibles dêtre torchés, permettront dalimenter ce projet.
La Société NEAL est
chargée du développement de ce projet. Le programme de développement de projets
hybrides à base de Concentrateurs Solaires de Puissance (CSP) nourrit lambition dexporter
lélectricité ainsi produite vers lEurope. Nous participons activement à
cette démarche pour la réunion des conditions nécessaires à sa réalisation dans le
cadre de linitiative dite Global Market Initiative (GMI).
Mesdames,
Messieurs,
Lénergie occupe un
rôle central dans le partenariat euro-méditerranéen. Laccord signé à Rome en
décembre 2003, par les trois ministres de lénergie des pays maghrébins (lAlgérie,
le Maroc, la Tunisie) et la Commission européenne visant la création dun marché
maghrébin de lélectricité et son intégration progressive au marché européen
est un exemple de coopération sous-régionale.
Ce protocole daccord
fixe comme objectif la création dun marché intérieur de lélectricité
entre les participants à partir de 2006, selon le modèle du marché intérieur de lUnion
Européenne.
La réalisation de ce
marché se fera, notamment, par un rapprochement progressif du cadre législatif et des
politiques nationales des pays du Maghreb dans le secteur de lélectricité
La participation active
de lAlgérie à la réalisation des marchés sous-régionaux Algérie Maroc-
Espagne dune part, et Algérie - Italie dautre part, témoigne de la volonté
de lAlgérie de mettre en place les conditions et les moyens nécessaires au
développement dune politique énergétique euro-méditerranéenne.
LUnion Européenne
a souscrit à des engagements ambitieux en matière de réduction de gaz à effet de
serre, en privilégiant notamment la consommation délectricité dorigine
renouvelable.
Lexportation par lAlgérie
de son électricité renouvelable pourrait, dans une certaine mesure, contribuer à latteinte
de ces objectifs dans des conditions économiques viables. Pour parvenir à cette fin le
souhait de lAlgérie, est de pouvoir atteindre le consommateur final européen
grâce à la dérégulation du marché électrique.
Cest un objectif de
coopération réaliste que lAlgérie souhaite développer en profitant de la pose
des deux câbles électriques qui vont longer les deux nouveaux gazoducs à liaison
directe, vers lEspagne et vers lItalie.
Loptimisation de la
position stratégique du champ gazier de Hassi Rmel permettrait par la pose des
gazoducs et des câbles reliant lEurope à lAlgérie, dassurer un
approvisionnement durable et fiable dune énergie propre grâce à une combinaison
de cycles combinés gaz et des concentrateurs solaires de puissance.
Linvestissement
dans ce domaine est totalement libéralisé conformément à la Loi algérienne sur lélectricité
et les opérations de partenariat sont aussi multiples que variées dans ce secteur.
Mesdames,
Messieurs,
Notre présence ici
témoigne de la détermination commune de nos Etats et de la volonté partagée de nos
entreprises, publiques et privées, concernées par lénergie, de contribuer
concrètement à la coopération Nord-Sud en général et au partenariat
euro-méditerranéen en particulier.
Me trouvant à Bonn, je
voudrais saluer aussi la coopération bilatérale avec lAllemagne qui se renforce
depuis quelques années dans le secteur de lénergie. Des sociétés telles que
WINTERSHALL présente avec 15% du capital dans la société détudes du projet de
gazoduc Algérie Italie via la Sardaigne, la Société Linde qui finance en
totalité et réalise à Skikda une usine de production dhélium et dazote, et
la société BASF qui a réalisé en association avec SONATRACH une usine de propylène à
Tarragone (Espagne).
Dans le
domaine plus précis du partenariat dans la technologie des concentrateurs solaires de
puissance la société NEAL est en cours de discussion avec la société allemande Solar Millénium A.G., parmi dautres
partenaires.
De nombreuses
compagnies pétrolières de renom opèrent actuellement en dans le domaine minier
algérien, en raison de la prospectivité du sous-sol algérien et en raison des nouvelles
dispositions en matière de passation des marchés évoquées précédemment. Nous
souhaitons que les société pétrolières allemandes, encore absentes, rejoignent ces
compagnies, notamment dans lamont pétrolier en Algérie.
Je rappelle que nous
restons ouverts à toute formule de partenariat pour élargir et consolider de manière
générale cette coopération internationale dans le secteur de lénergie sous
toutes ses formes, damont en aval.
La question des énergies
renouvelables va évidemment de pair avec la question de lenvironnement. LAlgérie,
en ce qui la concerne, est décidée à poursuivre sa participation active à la
mobilisation mondiale en faveur de la promotion de lenvironnement et du
développement durable.
Notre engagement est
motivé, à la fois, par nos besoins en ressources et en savoir-faire de la coopération
internationale mais aussi par notre volonté de contribuer activement à leffort
universel en ce domaine.
Je vous remercie pour
votre attention.