Conférence Ministérielle Euro-Méditerranéenne de lÉnergie
Allocution du Docteur Chakib Khelil
Ministre de lÉnergie et des Mines
Rome, 1- 2 décembre 2003
Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi tout dabord dadresser mes remerciements et mes félicitations aux organisateurs de cette importante conférence, en particulier à l'Italie en tant que pays hôte, et à la Commission Européenne.
Je remercie également les membres du Groupe Régional Technique qui nont pas ménagé leurs efforts pour la réussite de cette conférence.
Je voudrais saisir aussi cette occasion pour vous dire que je mesure pleinement la portée de lhonneur qui ma été fait pour co-présider nos travaux aux côtés de mon collègue et ami son Excellence Monsieur Antonio marzano, Ministre italien des activités productrices.
Monsieur le Président,
Le thème de cette conférence résume en lui-même limportance du programme daction qui nous attend en nous invitant à aller : " vers un nouveau partenariat euro-méditerranéen dans les domaines de la promotion des investissements, du financement des infrastructures et de la sécurité des approvisionnements en énergie ".
Lénergie étant reconnue comme le pivot du partenariat euro-méditerranéen, jose espérer que nos travaux nous permettront de sortir du cadre des intentions pour nous engager enfin dans des actions concrètes.
Un rappel préalable simpose pour faire le point de lensemble de nos engagements réciproques et des résultats enregistrés depuis la Conférence de Barcelone en 1995. Il me semble, en effet, indispensable de rappeler quelques repères essentiels pour consolider davantage les bases de notre partenariat énergétique en trouvant des solutions urgentes à des problèmes posés depuis longtemps.
Plus de huit années nous séparent, en effet, de la Conférence Ministérielle Euro-Méditerranéenne de Barcelone, tenue en novembre 1995, au cours de laquelle nos pays avaient convenu d'établir un partenariat économique et financier, en tenant compte des différents degrés de développement de nos pays respectifs.
Sur la base de ces principes la première Conférence sur lénergie tenue en juin 1996 à Trieste avait mis laccent sur la nécessité :
La seconde Conférence sur lénergie tenue à Bruxelles, en mai 1998, avait permis de définir, les trois objectifs essentiels de la coopération énergétique à savoir : la sécurité des approvisionnements ; la compétitivité des industries liées à l'énergie dans le but d'une libéralisation totale du secteur en 2010 ; et la protection de l'environnement.
Le plan d'action, couvrant la période 1998-2002, adopté à lissue de cette conférence prévoyait une coopération aux niveaux politique, administratif et industriel et contenait un certain nombre d'initiatives spécifiques visant en priorité la réforme des secteurs de lénergie, lintégration des marchés et le développement des interconnexions.
Le rôle du "Forum euro-méditerranéen de l'énergie" qui a été réaffirmé à cette occasion pour le développement de notre coopération devait constituer, en tant que tel, le cadre adéquat pour assurer la continuité du dialogue entre tous les partenaires et promouvoir les projets énergétiques d'intérêt régional. Son secrétariat a été chargé, sous légide de la Commission Européenne, de la mise en uvre dun plan d'action et dentreprendre surtout des contacts réguliers entre les entreprises et les différents bailleurs de fonds.
Monsieur le Président,
Nous étions forcés de constater lors de notre dernière Conférence des 20 et 21 mai 2003 à Athènes, que notre plan daction avait connu peu de réussite et que le développement des infrastructures régionales nétait ni au rendez-vous ni à la hauteur des espérances de la conférence de Barcelone et des objectifs des conférences qui lui ont succédée.
Mais lesprit de responsabilité qui a prévalu au cours de nos débats nous a permis de déboucher sur des résultats encourageants.
Nous avions alors convenu quil fallait dépasser ce constat, et aller vers des objectifs précis ayant toutes les chances daboutir.
Cest ainsi que nous avons identifié les projets prioritaires destinés à renforcer notamment la coopération en matière de sécurité des approvisionnements en énergie dans la région méditerranéenne. En inscrivant ces projets dans le nouveau plan 2003-2006, nous avons émis lespoir de voir la présente conférence impulser véritablement le partenariat euro méditerranéen de lénergie par la prise de décisions concrètes pour leur réalisation.
Cest pourquoi, les décisions qui seront prises à lissue de notre conférence doivent relancer ce partenariat énergétique euro-méditerranéen et lui donner le souffle nécessaire.
La création dune structure de coordination à même dappuyer et de suivre, tel quil a été décidé, les projets prioritaires est en soi un acte important. Mais ce mécanisme ne suffira pas à lui seul tant que des préalables importants restent en suspens, notamment en matière dinvestissement et de financement.
Sur ce point, je rappellerai simplement lune des conclusions du Conseil de lUnion Européenne sur lénergie du 7 mai 1996 qui demandait daccélérer l'analyse des mécanismes existants et détudier des mécanismes complémentaires éventuels pour promouvoir les investissements dans la région, y compris, le cas échéant, la mise au point d'un système de garantie. Cette recommandation, est aujourdhui plus que dactualité. Elle simpose en termes durgente nécessité.
Les étapes à franchir pour linstauration dune zone de libre échange, tel que prévue par la Déclaration de Barcelone, étant complexes et diverses, nous devons également trouver une solution à la levée des entraves ce qui permettra de développer des relations saines à même détablir une liberté de circulation de lénergie compatible avec les règles dun marché ouvert, libre et transparent.
Dun point de vue pratique il mest agréable de citer à ce propos lexemple encourageant de notre négociation avec nos partenaires européens à propos de la clause de destination.
Nos discussions sont maintenant très avancées, pour identifier des solutions alternatives aux dispositions contractuelles dites de " restrictions territoriales ", qui soient acceptables pour toutes les parties concernées. Nous sommes persuadés quune solution finale pourra être mise en uvre avant la fin de lannée et au plus tard, au courant du 1e trimestre 2004.
Ces efforts, engagés depuis plusieurs mois, renseignent aussi sur la bonne volonté de lAlgérie de continuer à jouer son rôle de fournisseur traditionnel et fiable de lEurope, en sadaptant aux nouvelles exigences et au nouvel environnement du marché gazier.
Par la signature de lAccord dassociation avec lUnion Européenne en décembre 2001 lAlgérie sest engagée dans le processus de Barcelone et a pris en ce qui la concerne toutes les mesures nécessaires pour la libéralisation de son marché. Sur le plan institutionnel et réglementaire, lAlgérie a déjà rempli ses engagements au niveau interne et au niveau international.
Cest ainsi que nous avons engagé des réformes importantes dans le secteur énergétique. Ces réformes sont basées sur linstauration dun marché intérieur de lénergie libre, ouvert, et transparent. Pour cela, lAlgérie a déjà mis en place les instruments nécessaires à travers la loi promulguée en février 2002 sur lélectricité et la distribution du gaz par canalisation. Cette loi qui répond aux exigences dun marché ouvert, et compétitif offre la liberté dimporter et dexporter de lélectricité. Elle offre également un cadre juridique adéquat pour amorcer lintégration de lAlgérie aux marchés régionaux maghrébins à ceux de lEurope.
Monsieur le Président,
Cependant, nous constatons, comme nous lavions maintes fois signalé, que létablissement dun véritable marché ouvert est directement lié à la capacité des réseaux de transporter sans entraves et sans discrimination les flux dénergie du producteur jusquau consommateur final.
Ces entraves qui peuvent être dordre technique ou plus subtilement dordre politique jouent contre la volonté affirmée par tous daller vers la mise en place dun marché énergétique euro-méditerranéen intégré.
Alors, quil est évident que les règles du marché devraient assurer la libre circulation de lénergie, je citerai quatre cas qui marquent les limites de cette ambition :
Cette interconnexion qui sinscrit dans la mise en uvre de la réalisation des objectifs dintégration des marchés maghrébo-européens narrive pas encore à résoudre la problématique de son financement.
Pour ce type de problématique, il nous parait pertinent de tirer profit de lhistoire du développement des réseaux de transport de lélectricité marquée par les facilités offertes aux investisseurs grâce à la péréquation des tarifs de transport. Cette procédure qui permet en effet de répartir sur lensemble du réseau de transport les investissements dun ouvrage qui, sil était évalué isolément, napparaîtrait pas économiquement viable. Cette technique dévaluation reste aujourdhui plus que dactualité en ce qui concerne les ouvrages classés prioritaires.
Cette approche que nous devons transposer aux interconnexions électriques permettra sans nulle doute de faire davantage appel au financement du secteur privé.
Il nous faut en tirer les enseignements pour trouver une réponse appropriée. Sans la résolution de ce type de contraintes, nous ne pourrons aboutir à lintégration des marchés. Vouloir éviter de lever ce type de barrière cest aussi renforcer le camp de ceux qui pensent que nos rencontres ne produisent que des résultats stériles. Tout cela, nous incite à revoir cette problématique tout en espérant que les nouveaux produits financiers potentiels puissent y répondre.
Cette position contraire aux principes dun marché ouvert pénalise en fait le consommateur final qui en dernier ressort tire profit des situations dabondance.
Louverture des marchés énergétiques doit se placer au-dessus des jeux dentreprises tant il est évident que lintérêt de ces dernières népouse pas forcément celui des consommateurs. Vouloir protéger sa part de marché, à défaut de létendre, en fermant le jeu de la concurrence nest à terme ni bon pour le consommateur ni bon pour la compétitivité.
Pour toutes ces raisons nous pensons que les ouvrages qui ont été identifiés comme prioritaires à lintégration des marchés doivent recevoir toute lattention et les supports financiers quils méritent.
A ce sujet, le programme MEDA devrait être repensé à la lumière des difficultés rencontrées dans la réalisation des investissements.
Si nous avons lintention dattendre lunique intervention du capital privé pour réaliser ces infrastructures, cest dire quil nous faudra alors revoir à la fois notre calendrier et probablement notre vision des choses.
Le capital privé à besoin dun support clair et la déclaration du 20 novembre 1995 à lissue de la Conférence euro-méditerranéenne de lÉnergie, qui avait recueilli lavis des compagnies énergétiques méditerranéennes, reste plus que jamais dactualité sur ce point.
Il a été convenu, en effet, comme lavait dailleurs déjà recommandé le 7 mai 1996 le Conseil de lUnion Européenne, de : " Promouvoir, en collaboration avec les entreprises du secteur de lénergie et les institutions internationales la mise en uvre dun système de garantie des investissements ".
Nous devons reprendre ce point et aboutir à la création dun fonds de garantie des investissements et probablement, pour impulser davantage cette coopération aller vers la création dune Banque dInvestissement Euro-Méditerranéenne spécialisée dans le financement des projets dintérêt régional.
Cest pourquoi, notre message doit être très clair. Les infrastructures identifiées comme nécessaires à la construction dune zone de libre échange doivent recevoir tout notre appui pour leur réalisation. Ce ne sont pas des ouvrages conjoncturels mais structurels qui façonnent durablement le long terme. La construction du marché que nous voulons réaliser a un prix quil nous faudra payer si nous voulons vraiment voir fonctionner ce grand marché comme lont imaginé ceux qui avant nous lont décidé et que nous nous sommes engagés à concrétiser.
Monsieur le Président,
Nos réunions perdraient de leur intérêt et surtout de leur crédibilité au regard de nos opinions publiques, si le dialogue que nous avons si bien initié naboutissait pas à des résultats palpables.
Lénergie est lun des principaux moteurs du développement de nos économies cest aussi un facteur de rapprochement et dintégration formidable. LAlgérie qui a de fortes relations énergétiques avec lEurope en lui fournissant plus de 24% de ses besoins en sait quelque chose. Nous voulons aller plus loin et cest pourquoi, nous espérons que notre conférence puisse aboutir à des résultats qui marquent durablement notre volonté détablir un partenariat global.
Cest aussi, dans cet esprit que nous avons signé à Athènes le Mémorandum Of Understanding (MOU) relatif au marché maghrébin de lélectricité. Avec lappui et laide de lUnion Européenne nous mettrons tout en uvre pour concrétiser la mise en place dun marché sous régional maghrébo-européen de lélectricité constitué de lEspagne, du Maroc, de la Tunisie et de lAlgérie.
Je suis convaincu que notre réunion contribuera de manière plus générale à impulser et à conforter les synergies nécessaires entre pays euro-méditerranéens en vue de ce partenariat énergétique si vital pour lavenir de notre région.
Avant de terminer je voudrais remercier encore une fois la présidence italienne, pour tous les efforts fournis pour aboutir à notre rencontre tout comme je la remercie davoir bien voulu offrir un siège à la Plate-forme de lénergie du partenariat euro-méditerranéen (REMEP) issue de notre plan daction 2003-2006.
Je vous remercie pour votre attention.