Texte intégral de l'intervention du président Abdelaziz BOUTEFLIKA devant la réunion sur le partenariat G8 - region du moyen orient et de l'Afrique du Nord
Sea island (georgie) 09 juin 2004
Monsieur le Président des Etats-Unis d'Amérique,
Excellences,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Mesdames, Messieurs,
Dans le monde interdépendant et en mutation rapide ou l'humanité vit aujourd'hui des réalités différenciées et des aspirations partagées, plus que dans toute autre séquence passée de son histoire, la problématique des réformes s'impose, sans distinction, a tous les Etats.
De la même manière qu'à des périodes charnières de l'évolution des relations internationales de puissantes interactions entre des facteurs endogènes et des éléments exogènes ont libéré et entretenu des dynamiques de changement de grande ampleur, la mondialisation met, avec davantage d'acuité, tous ceux qu'anime l'ambition d'en être des artisans et des bénéficiaires devant le défi de consacrer la primauté de la dignité de la personne humaine et d'en satisfaire les exigences essentielles.
Hier, c'était le vaste mouvement de libération des peuples de la domination coloniale ou raciale qui portait ce grand dessein de la réconciliation de l'humanité avec elle-même. Aujourd'hui et demain, c'est sans doute la promotion et la protection de tous les droits de l'homme, dans leur universalité et leur indivisibilité, y compris naturellement le droit au développement à consolider dans sa fonction de sève nourricière de tous les autres droits, qui offrent la voie privilégiée menant à l'édification de sociétés humaines démocratiques et prospères. Bénéficiant ?toutes? des bienfaits de la bonne gouvernance politique, économique et d'entreprise tant dans les espaces nationaux que dans l'ordre international.
Cette vision qui se rattache à l'idée même de la communauté de destin du genre humain que la charte des Nations?Unies a si généreusement projetée, met en évidence un principe de coresponsabilité dans la réussite de toutes les transformations nécessitées par un devoir de reforme ressenti par chaque Etat qui doit en assurer la conception et la réalisation.
Sous cet éclairage et dans cet esprit, l'Algérie encourage les pays membres du G8 à aller de l'avant dans la mise en oeuvre de leur intention déclarée d'élaborer des programmes de soutien au profit des reformes des pays qui y manifestent leur intérêt.
Tout au long de son histoire, l'Algérie indépendante a fourni de gros efforts pour s'adapter aux impératifs de la vie moderne. Des reformes politiques menant à la construction d'un Etat national fonde sur une morale et régi par des lois jusqu'a la consécration du pluralisme démocratique et médiatique. Il y a déjà une quinzaine d'années, c'est tout un parcours tourmente et une accumulation d'expériences qui ont prépare la société algérienne a la citoyenneté participative qui est l'une des expressions de la culture démocratique et de la souveraineté populaire. Ces reformes qui ont subi les pesanteurs du sous-développement et les épreuves infligées au pays par un terrorisme particulièrement violent et destructif, ont pu entretenir un processus de maturation politique qui, soutenu par des avancées importantes dans les sphères économiques, sociale et culturelle, leur ont conféré les caractéristiques d'une dynamique irréversible de progrès.
C'est précisément un vaste programme de consolidation, d'approfondissement et d'élargissement des reformes que le peuple algérien a choisi à une très grande majorité lors des élections présidentielles, pluralistes, libres et régulières, tenues le 8 avril dernier.
Ce programme, que sous-tend l'objectif prioritaire de la réconciliation nationale, est oriente vers l'épanouissement d'une société démocratique moderne et d'une économie de marche performante dans un Etat de droit d'où la violence serait à jamais banni. Il comporte des dispositifs de stimulation de l'appareil économique national en vue de la consolidation de la croissance et de gains de production et de productivité. Il s'articule autour d'un train de reformes de grande envergure qui englobent le système éducatif, la justice, les structures et les missions de l'Etat, le système financier et bancaire ainsi que des axes de travail tendus vers la résorption progressive des problèmes cruciaux affectant tout particulièrement la jeunesse, tels que ceux de l'emploi, du logement, de la pauvreté et de l'exclusion sociale.
L'Algérie soutient, avec foi et persévérance, l'opportunité et la nécessité de reformes fondamentales dans les cadres d'identité et de solidarité auxquels elle appartient. Elle a, ainsi, pris une part active à la mise en place de l'union africaine et a la formulation du NEPAD, deux initiatives majeures qui projettent le renouveau de l'Afrique et le développement durable du continent sur ces bases saines et solides.
C'est peu de dire que l'Algérie nourrit la même ambition pour le monde arabe dont elle entend le coeur tumultueux battre en Palestine et en Irak ainsi que les frustrations qui lui font écho a travers l'espace s'étendant de l'atlantique au golfe.
Des lors, le regard lucide que les dirigeants arabes viennent, au cours de leur 16ème Sommet à Tunis, de fixer sur les changements et les mutations qu'il y a lieu opérer, individuellement et collectivement, constitue un développement positif important qu'il convient de saluer et de soutenir. Dans ce contexte, l'Algérie, qui est appelée à accueillir le prochain sommet arabe et à animer l'action arabe commune, ne ménagera aucun effort pour que soient pleinement réalisées les promesses de démocratisation et de modernisation sur lesquelles un engagement solennel commun a été scelle entre les chefs d'Etat arabes. Ces perspectives d'une renaissance globale, le monde arabe en perçoit bien l'urgence et il en a les moyens.
Comme vous le savez déjà, le sommet arabe de Tunis a confie a sa présidence et a son conseil des ministres des affaires étrangères le soin de mener le dialogue avec le G8 au nom des Etats arabes.
Sans préjuger des décisions qui seraient prises par ces instances dans la plénitude de leur souveraineté, nous devons cependant souligner que les initiatives européenne et américaine semblent ignorer les origines véritables de l'instabilité et des tensions au moyent?orient, les expliquant essentiellement par une dégradation de la situation socio-économique et par un déficit démocratique.
En tout Etat de cause, un plan standard de réformes pour l'ensemble du monde arabe ne me parait pas pertinent en raison de la diversité et des caractéristiques propres a chaque pays.
Des reformes sont déjà engagées ici et la depuis quelques années. Elles n'ont peut-être pas atteint l'objectif escompte en raison fondamentalement des difficultés objectives de toutes sortes rencontrées sur le terrain de l'application.
Cette oeuvre civilisationnelle de renaissance arabe globale dont la démocratie, le développement et la paix dans la justice, constituent les leviers, doit pouvoir compter sur des apports positifs et conséquents de la part des pays membres du G8 au nom des valeurs élevées auxquelles nous sommes tous attaches.
Je vous remercie.