République algérienne démocratique et populaire

Ministère de l’énergie et des mines

 

Discours du Dr Chakib Khelil, Ministre de l'Énergie et des Mines, à l'ouverture de la

Conférence sur la promotion de GALSI

 

7 mars 2005, Hotel, The Westin Palace Milan


Monsieur le Sous Secrétaire italien à l'Énergie,
Monsieur le Président de l'Autorité de Régulation italienne,
Monsieur le vice-Ministre de Énergie tchèque,
Monsieur le Président de la Région de Sardaigne,
Monsieur le Ministre de l'Environnement de la Région de Toscane,
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d'abord vous souhaiter la bienvenue à cette conférence sur la promotion du projet GALSI et je vous remercie d'avoir répondu à notre invitation et d'avoir accepté de partager avec nous ce moment historique qui constitue une étape nouvelle du projet GALSI.

En effet, cette conférence nous offre, aujourd'hui, l'opportunité de vous présenter les développements de ce projet intervenus depuis la première conférence qui s'est tenue à Rome, le 14 avril 2003.

Comme vous le savez, en raison de sa disponibilité et de sa caractéristique d'énergie propre, le gaz naturel est désormais considéré comme une énergie de premier choix pour le 21ème siècle. De plus, la compétitivité hors prix du gaz naturel et la compétitivité prix, ont permis à cette source d'énergie d'augmenter sa part dans le bilan énergétique mondial, entre 1990 et 2003, passant de 22 à 24%.

L'avancée technologique a permis la réduction des coûts tout au long de la chaîne de valeur du gaz naturel avec pour conséquence le maintien de cette tendance et à son renforcement. A titre d'illustration, les coûts d'exploration et de développement, estimés actuellement à 6,6 $/bep ont connu, au cours de la décennie passée, une diminution de 2,5% par an.

Les échanges gaziers entre pays et continents ne cessent de se développer, accompagnés par la mise en place de nouvelles infrastructures modernes de transport.

Les évaluations récentes convergent pour confirmer la tendance de la forte pénétration du gaz dans les différents usages. La plupart des experts s'attendent à ce que la demande en gaz connaisse la progression la plus importante, par rapport aux autres sources d'énergie, au cours des trois prochaines décennies.

Selon les projections de l'AIE, la demande de gaz naturel, tirée principalement par les besoins importants des producteurs d'électricité, connaîtra, à l'horizon 2030, la croissance la plus rapide parmi les énergies fossiles.

La consommation mondiale de gaz naturel, qui dépassera celle du charbon dans la prochaine décennie, devrait presque doubler à cet horizon. La solution cycle combiné/turbine à gaz offre des rendements d'environ 60 % et un niveau d'émissions de C02 inférieur de 0.4 kg de CO2 par kWh, c'est à dire bien inférieur à celui des centrales thermiques au charbon ou au fuel et à la turbine à gaz traditionnelle.

Mesdames et Messieurs,

Nous nous trouvons en fait à la croisée des chemins entre la régionalisation et la globalisation des marchés du gaz naturel. Même si la part du commerce inter-régional du gaz reste encore très faible, comparativement à celle du commerce intra-régional, il n'en demeure pas moins que de nouveaux projets gaziers ont un caractère transcontinental.

Selon l'AIE, à l'horizon 2030, un peu plus de la moitié des échanges inter-régionaux de gaz concerneront le GNL, contre 30 % actuellement.

Mais, que l'on ne s'y trompe pas. Les marchés à terme qui accompagnent l'expansion du GNL souffrent souvent d'un manque de liquidité. N'oublions pas aussi que la disponibilité du GNL implique des investissements lourds, et de longs délais d'amortissement que seuls des contrats à long terme peuvent compenser. Le marché spot n'offre aucune garantie d'approvisionnement à long terme.

Aussi, le passage sans discernement vers une logique de commerce à court terme reste soumis à deux risques majeurs : un risque de sous-investissement dans l'infrastructure qui est un des piliers de la sécurité d'approvisionnement, et un risque de volatilité des prix qui peut se traduire par des chocs tarifaires pour le consommateur final.

La récente libéralisation du secteur du gaz en Europe est pleine d'enseignements à cet égard, sur plusieurs aspects : pas de réelle baisse des prix pour le consommateur final ; un taux d'interconnexion qui reste très faible (7% alors qu'il devrait être de 30%) ; une inadéquation entre la gestion des réseaux de transport et la gestion des moyens de production, une hétérogénéité des procédures de régulation sur le marché européen, etc.

Certains pays importateurs de gaz qui, traditionnellement, privilégiaient la sécurité d'approvisionnement sont enclins à ériger la flexibilité en principe de management de l'industrie du gaz, sans concertation avec les producteurs.

D'ailleurs, la Commission Européenne admet maintenant le rôle joué par les contrats à long terme dans le développement des marchés gaziers européens. Elle affirme aussi que ces contrats à long terme constituent un élément important de stabilité pour les fournisseurs extérieurs et permettent d'améliorer la capacité de ces fournisseurs à poursuivre le développement de grands projets.

Mesdames et Messieurs,

L'Algérie figure parmi les trois principaux fournisseurs de gaz à l'Europe à côté de la Russie et de la Norvège. Actuellement plus de 95% de nos exportations de gaz sont destinées vers l'Europe.

Les approvisionnements de l'Europe en gaz naturel algérien ont représenté en 2003 prés de 20%, et plus particulièrement prés de 40% en direction de l'Italie.

L'existence d'infrastructures gazières importantes à proximité de l'Europe est la preuve tangible des relations solides que l'Algérie entretient avec l'Europe.

Les deux pipelines existants, reliant l'Algérie à l'Europe, connaissent des expansions de capacité.

Le Gazoduc Enrico Mattei, qui a vu le jour en 1983, avec une capacité de 15 Bcm/an, peut désormais atteindre 24 Bcm/an et sera en mesure de transporter 32 Bcm/an en 2008, grâce à l'extension des capacités de transport des tronçons algérien et tunisien.

Le Gazoduc Pedro Duràn Farell vers l'Espagne a vu sa capacité augmenter de 8 Bcm/an à 11,5 Bcm/an, grâce à la construction d'une autre station de compression (la troisième sur le système). La conception d'origine prévoit neuf stations de compression éventuelles, avec une capacité de 19 Bcm/an).

Cette chaîne énergétique, partant de l'Algérie, est largement mise à contribution dans la satisfaction actuelle et celle programmée des besoins énergétiques européens.

Les partenaires européens de l'Algérie ont bénéficié, jusqu'ici, des avantages comparatifs procurés par la proximité des sources d'approvisionnement et de leur fiabilité.

L'Algérie demeure attentive aux évolutions du marché énergétique mondial et européen en particulier, et inscrit sa stratégie énergétique et de développement en tenant compte des possibilités de partenariat et de coopération, entre producteurs, opérateurs industriels, vendeurs, et consommateurs.

Mieux encore, l'Algérie a anticipé sur les besoins futurs de l'Europe en envisageant la réalisation de deux importants gazoducs (de 10 milliards m3 /an chacun) la reliant directement à l'Italie et à l'Espagne, ainsi que deux liaisons par câbles destinées à l'exportation de l'énergie électrique vers l'Europe.

Les travaux du projet de gazoduc Algérie-Espagne, MEDGAZ, d'une capacité initiale de 10 Bcm, vont démarrer très prochainement. Le câble électrique d'une capacité de 2000 MW, qui longera le gazoduc sera interconnecté au réseau européen.

Un projet de gazoduc Transafricain, qui s'inscrit dans la Nouvelle Initiative pour le Développement Durable en Afrique (NEPAD), est en cours d'études. L'Algérie ne ménage aucun effort pour la concrétisation de ce projet de gazoduc qui reliera Abuja (Nigeria) à la côte méditerranéenne. Grâce à son interconnexion au réseau algérien, ce projet contribuera à l'approvisionnement gazier de l'Europe et induira des retombées socio-économiques importantes dans les pays de transit, tout en assurant la protection de l'environnement (limitation des gaz torchés au Nigeria ; utilisation du gaz à la place du bois en tant que combustible dans les régions de transit ; etc).

Le projet de gazoduc GALSI, d'une capacité de 10 Bcm, reliera l'Algérie au Nord de l'Italie via la Sardaigne. Le câble électrique qui le complétera pour l'exportation d'électricité sera lui aussi interconnecté au réseau européen.

Mesdames et Messieurs,

L'Algérie a, par ailleurs, engagé un processus de libéralisation du secteur de Énergie et des Mines. Deux lois, déjà adoptées et promulguées, consacrent la fin des monopoles non naturels.

Une loi sur le secteur des hydrocarbures sera prochainement examinée par le Parlement. Cette loi offre un cadre juridique transparent et incitatif à l'investissement direct privé national et étranger tant dans l'amont que dans l'aval du secteur des hydrocarbures.

L'État continuera à assurer ses missions de régulation et de protection du service public à travers la création d'agences spécialisées. Libérée des contraintes de puissance publique, la compagnie nationale Sonatrach pourra ainsi se focaliser sur ces métiers de base.

L'exploration et le développement de nos réserves en hydrocarbures et leur exploitation optimale occupent une position clé dans la stratégie adoptée par l'Algérie.

Prés d'une trentaine de contrats d'association dans le domaine de la recherche/production ont été signés durant ces quatre dernières années avec des compagnies étrangères grâce à de nouvelles procédures de passation des marchés transparentes et équitables. Notre capacité de production en huile et en gaz est en progression constante. Au terme de l'exercice 2004, 33 contrats E&P sont en vigueur.

Le 6ème appel d'offres international, lancé le 20 octobre 2004, selon le même schéma que les précédents, met dix autres permis d'exploration en concurrence. L'ouverture des offres des soumissionnaires est prévue pour le 20 mars 2005.

Mesdames et Messieurs,

Pour être en phase avec la nouvelle dynamique de la demande mondiale de gaz et de celle de l'Europe en particulier, et compte tenu du niveau de ses réserves gazières et des perspectives de leur évolution, l'Algérie s'est fixée comme objectif d'exporter 85 Gm3 de gaz à l'horizon 2010 à travers notamment le projet de GALSI.

D'ailleurs, durant cette matinée, un exposé traitera de GALSI, en tant que nouvel encrage pour la sécurité des approvisionnements en gaz de l'Europe.

Je vous rappelle que la société d'études GALSI, dont le siège est à Milan, a été créée le 29 janvier 2003 entre Sonatrach (36%) et des partenaires européens essentiellement italiens EDISON Gas: (18%), ENELPOWER: (13,5%), EOS ENERGIA (9%), SFIRS Spa (5%) PROGEMISA Spa: (5%) et, WINTERSHALL: (13,5 %).

Cette société a pour missions essentielles la réalisation des études de faisabilité technique et de viabilité économique du GALSI, gazoduc reliant directement l'Algérie à l'Italie, via la Sardaigne.

Depuis sa création, la société a mené des études qui concluent à la faisabilité technique du projet.

L'état d'avancement de ces études et les résultats obtenus feront l'objet d'une présentation plus détaillée au cours de cette matinée.

Ce projet connaît, aujourd'hui, une phase nouvelle dans sa concrétisation avec la signature cet après-midi des lettres d'intention de vente et d'achat de gaz naturel à travers GALSI, avec nos partenaires.

Il nous appartient désormais d'oeuvrer ensemble pour la concrétisation de ce projet qui permettra de renforcer le pont énergétique entre l'Algérie et l'Europe et par voie de conséquence de contribuer durablement à la sécurité des approvisionnements de l'Europe.

Je vous remercie pour votre attention