République Algérienne Démocratique et Populaire

Ministère de l'énergie et des mines

Discours d’ouverture du Docteur Chakib KHELIL

Ministre de l’Energie et des Mines

Conférence sur le Gaz Naturel Liquéfié ( gnl 14 )

 Doha, 21-24 mars 2004


(Son Altesse Cheik Hamad Bin Khalifa, Émir de l’État du Qatar),
Monsieur le Président,

Messieurs les Ministres,
Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très honoré par l’invitation qui m’a été adressée par son Excellence le docteur Abdullah Bin Hamad Al-Attiah, Ministre de l’Énergie et de l’industrie, Président de Qatar Petroleum, pour participer à l’ouverture de cette quatorzième conférence sur le gaz naturel liquéfié (GNL).

Aussi, permettez moi d’adresser à son Excellence et à l’ensemble des organisateurs de cette conférence, mes vifs remerciements et par la même occasion les féliciter pour la qualité de la préparation qui entoure cette manifestation.

Ce quatorzième rendez-vous mondial du GNL arrive dans une période charnière de l'histoire du gaz naturel en général et du développement de l'industrie mondiale du GNL en particulier.

Cette manifestation est une excellente occasion de nous informer mutuellement de la situation actuelle et de débattre des perspectives de développement de l’industrie gazière et plus particulièrement du GNL.

Mesdames, Messieurs,

En raison de sa disponibilité et de sa qualité d’énergie propre, l’intérêt pour le gaz naturel en fait un enjeu économique vital dans le processus de globalisation énergétique. Le gaz naturel est désormais considéré comme une énergie de premier choix pour le 21ème siècle.

Les évaluations convergent pour confirmer la tendance de la forte pénétration du gaz, notamment sous sa forme GNL, dans les différents usages. La majorité des experts s’attendent à ce que la demande en GNL connaisse la progression la plus importante, par rapport aux autres sources d’énergie, au cours des trois prochaines décennies.

Les exportations  mondiales de GNL enregistrées en 2002, ont dépassé les 150 milliards de m3. Le Japon à lui seul en a importé 71,9 milliards de m3, suivi par la Corée du Sud avec  23 milliards de m3, la France avec 14 milliards de m3  et l’Espagne  12 milliards m3.

L'industrie du gaz est aujourd'hui en pleine mutation. Le GNL qui, à l'origine n’était qu’un appoint des livraisons de gaz par gazoduc, est en train de devenir progressivement un moyen de décloisonnement des marchés régionaux, et un moyen d’arbitrage entre ces marchés. Le commerce spot et les swaps de cargaisons se font en effet de plus en plus nombreux. Dans la mesure où il joue un rôle d’appoint et de régulation en améliorant la flexibilité de l’offre ce phénomène est bénéfique aussi bien pour les consommateurs que pour les producteurs.

Nous nous trouvons en fait à la croisée des chemins entre la régionalisation et la globalisation des marchés du gaz naturel. Même si la part du commerce inter‑régional du gaz naturel reste encore très faible (6%) comparativement à celle du commerce intra‑régional (94%), il n'en demeure pas moins que beaucoup de nouveaux projets gaziers ont un caractère trans‑continental.

Mais, que l'on ne s'y trompe pas. Les marchés à terme qui accompagnent l'expansion du GNL souffrent souvent d'un manque de liquidité. N’oublions pas aussi que la disponibilité du GNL implique des investissements lourds et de longs délais d’amortissement que ne peuvent compenser que des contrats à long terme. Le marché spot n’offre aucune garantie d’approvisionnement à long terme.

Aussi, le passage sans discernement vers une logique de commerce à court terme reste soumis à deux risques majeurs : un risque de sous‑investissement dans l'infrastructure qui est un des piliers de la sécurité d'approvisionnement, et un risque de volatilité des prix qui peut se traduire par des chocs tarifaires pour le consommateur final.

La récente libéralisation du secteur du gaz en Europe est pleine d’enseignements à cet égard, sur plusieurs aspects : pas de réelle baisse des prix pour le consommateur final ; un taux d'interconnexion qui reste très faible (7% alors qu'il devrait être de 30%) ; une inadéquation entre la gestion des réseaux de transport et la gestion des moyens de production, une hétérogénéité des procédures de régulation sur le marché Européen, etc.

Sur le plan des évolutions régionales du commerce international du GNL on peut constater que :

L’Asie affiche de grandes potentialités de croissance du marché gazier. Sa consommation devrait être multipliée par trois entre 2001 (198 Milliards m3) et 2025 (623 Milliards m3) enregistrant une croissance de 4,5% par an. Le GNL contribuera de façon significative à la demande énergétique de la région.

Le Japon et la Corée du Sud consomment à eux seuls plus de 70% du GNL commercialisé dans le monde. Avec le renforcement de la demande énergétique de la Chine et de l’Inde, un fort appel au gaz est à prévoir dans cette région.

En Europe, la consommation de gaz naturel est appelée à enregistrer, selon les prévisions de la Commission Européenne, une croissance de 2,9 %, sur les huit prochaines années.

Selon les prévisions de la Commission Européenne, la part du gaz naturel dans le bilan énergétique de l’Europe, sera de 27 % à l’horizon 2020 contre 20 % en 2000.

La consommation de gaz naturel dans cette région, est prévue de doubler à l’horizon 2025 passant de 425 Milliards m3 en 2001 à 736 Milliards m3. La dépendance du marché Européen vis-à-vis des importations atteindra 80% à cet horizon.

Les difficultés liées à l’ouverture des marchés européens, conformément à la Directive gaz, se posent en terme de disparité entre les pays de la communauté en ce qui concerne le degré d’ouverture de leurs marchés.

Aussi, les modalités d’accès au réseau de transport ainsi qu’au stockage des produits des acteurs émergents restent encore à parfaire, notamment au niveau législatif où une harmonisation entre les pays est nécessaire.

Selon les projections faites  par l’A.I.E la demande des Etats Unis en gaz naturel, connaîtra une augmentation appréciable pour atteindre 766 milliards de m3 en 2010, puis 910 milliards de m3 en 2020.

Ces dernières années ont été marquées par une forte montée du prix du gaz naturel sur le marché américain. Cette situation est redevable notamment au nombre insuffisant des terminaux d’importation de GNL aux États-Unis. En décembre 2003, lors du sommet ministériel sur le GNL tenu à Washington, Monsieur Spencer Abraham, le secrétaire à l’Énergie, a estimé que 9 nouveaux terminaux de regazéification de GNL seront nécessaires d’ici à 2025, car à cette date, les États-Unis devront importer 20 fois plus de GNL qu’en 2002.

Selon des analystes l’absence d’installations de regazéification pourrait avoir une conséquence très néfaste pour le secteur de la production d’électricité.

Le marché des États-Unis, dont le potentiel de demande de GNL est très important, sera obligé de recourir à la réactivation d’usines de regazéification existantes et/ou de recouvrir à de nouvelles unités en projet.

Mesdames, Messieurs,

Une question se pose pour l’avenir : le commerce de GNL qui contribue à la globalisation des marchés gaziers est-il en mesure de se passer des contrats bilatéraux à long terme ? Il serait téméraire de répondre par l’affirmative à cette question.

Alors que la croissance des exportations par pipe a connu une croissance de 39% entre 1995 et 2001, celle du commerce du GNL a été de 55% pour la même période. Cette dynamique devrait entraîner le décloisonnement progressif des marchés régionaux.

La filière GNL reste une filière très capitalistique en matière d’investissements. Un terminal de regazéification ne constitue que le bout de la chaîne. Un projet de GNL se conçoit économiquement avec son usine de liquéfaction.

C’est ainsi que le commerce du GNL a été basé sur des contrats d’une durée de 20 à 25 ans. Les engagements Take-or-Pay ont été à la base de la sécurisation de ces projets. Ceci est la conséquence de la nature du capital-intensif de l’industrie du GNL. Les investissements sont très élevés : de l’ordre de 5 milliards USD pour un projet GNL à deux trains de 6Mt/an (liquéfaction, méthaniers et regazéification).

Le formidable développement de l’industrie du GNL n’a été rendu possible que grâce à des accords bâtis sur le long terme, donnant des avantages équilibrés à toutes les parties intervenant le long de la chaîne de valeur.

Ces dispositions contractuelles permettent, d’une part, au fournisseur de se protéger contre les risques financiers associés à la rigidité de la chaîne gazière et, d’autre part, à l’importateur de s’assurer un approvisionnement fiable sur le long terme à des prix compétitifs. Ce sont ces mesures qui ont permis au GNL d’exister et ce sont ces mêmes conditions qui lui permettront de perdurer.

Même si le marché spot est considéré comme potentiellement porteur en ce sens qu’il offrira de bonnes opportunités d’arbitrage entre les grands marchés, il ne pourra pas se substituer aux transactions de long terme.

Les contrats de long terme restent essentiels pour stabiliser le marché et pour le financement de nouveaux projets d‘exportation de GNL.

Le développement du marché du GNL offre également des opportunités non négligeables en matière de swaps. Ces opérations, qui ne sont pas nouvelles dans l’industrie gazière, constituent un instrument de coopération entre pays producteurs pour mieux saisir les opportunités du marchés. Ces échanges peuvent intervenir soit pour écourter les routes de livraison, soit pour répondre aux spécifications commerciales des différents acheteurs.

Mesdames, Messieurs,

Dans la nouvelle configuration mondiale du GNL, l'Algérie est appelée à jouer un rôle central pour deux raisons :

Ainsi, grâce au récent accord de partenariat avec BP (d'Isle of Graine), l'Algérie va pouvoir retourner sur le marché britannique et renforcer sa position sur le bassin Atlantique. A travers sa participation dans l'amont gazier de Camisea au Pérou, l'Algérie peut exercer son option d'exporter du GNL vers la côte Ouest Américaine. La Sonatrach a signé par ailleurs avec Statoil un accord de vente de GNL portant sur un volume ex-ship de 1 Milliards m3/an. Ceci lui permettra de renforcer sa présence sur le marché gazier américain.

 

Pour mieux répondre encore à l'évolution de la demande mondiale de gaz naturel, La compagnie nationale Sonatrach s'est fixée comme objectif d'exporter 85 milliards de m3 de gaz à l'horizon 2010. Le développement des champs du sud de l'Algérie devrait fournir les quantités de gaz additionnelles requises par cet objectif stratégique. Le nouveau train de liquéfaction d'Arzew (projet Gassi Touil), les nouveaux gazoducs (Medgaz et Galsi), et l'extension des pipes transcontinentaux (Duran Farrel et Enrico Matteï), fourniront, quant à eux, l'infrastructure nécessaire à la production et à l'acheminement du gaz vers les marchés.

Le recours au partenariat est un levier décisif dans le développement du secteur des hydrocarbures en Algérie. Celui-ci s’est enrichi et diversifié durant ces trois dernières années grâce à la généralisation de nouvelles procédures, plus efficientes, en matière de passation des contrats.

De nouvelles formules de partenariat sont mises en œuvre. À titre d’exemple, la SONATRACH a initié pour la première fois, et selon une nouvelles formule de partenariat qui va d’amont en aval, le lancement d’un projet intégré à Gassi Touil qui prévoit : le développement des champs de cette région ; le transport du gaz ; la construction d’un nouveau train de liquéfaction d’une capacité de 4 à 5 millions de tonnes par an ainsi que la commercialisation du GNL produit.

Les exportations gazières de l’Algérie ont pratiquement doublé durant les dix dernières années, passant de 32 milliards de m3 en 1994 à 60 milliards en 2003, dont 46 % sous forme de GNL.

L’Algérie est classée en deuxième position après l’Indonésie, en terme de capacité de production de GNL. Elle est aussi le deuxième exportateur mondial de GNL. L’Algérie dispose aujourd’hui d’une expérience de 40 ans, dans le domaine de la liquéfaction du gaz naturel, puisque le premier complexe Algérien date de 1964.

Les capacités d’exportation (gazoducs et liquéfaction) dont disposera l’Algérie au début de la moitié de la présente décennie seront donc d’environ 95 milliards de m3 par an, soit une augmentation de plus de 50% par rapport aux capacités actuelles.

Mesdames, Messieurs,

Certains pays importateurs de gaz qui, traditionnellement, privilégiaient la sécurité d'approvisionnement sont enclins à ériger la flexibilité en principe de management de l'industrie du gaz, sans concertation avec les producteurs.

Ainsi, les contrats gaziers de long terme qui assuraient la sécurité d’approvisionnement sont tantôt remis en cause, tantôt reconnus mais à demi-mots comme des contrats nécessaires par les partisans de la libéralisation totale et immédiate. Cette situation pourrait faire surgir deux types de tensions extrêmes sur le plan international : une concurrence gaz‑gaz entre producteurs qui risque de les priver d'une juste rémunération, et une concurrence entre pays importateurs pour accéder au gaz. Face à cette évolution, l'Algérie a choisi la voie du dialogue et de la concertation énergétiques tant avec les pays producteurs qu’avec les pays consommateurs.

Telle est l’attitude que nous avons eue face au nouveau cadre réglementaire que comptait mettre en place la Commission Européenne à travers la libéralisation des marchés gaziers européens, tel que prévu dans la Directive Gaz de 1998. Nous avons estimé avec d’autres pays producteurs que le changement du dispositif régissant les marchés gaziers devrait se faire de manière concertée et progressive.

Le dialogue et la concertation nous semblent être les moyens les plus appropriés pour atteindre cet objectif pour préserver la stabilité des transactions commerciales.

Une telle préoccupation a été évoquée lors de la réunion du Forum des pays producteurs de gaz, tenue à Alger en septembre 2002 et de la réunion de Doha tenue en février 2003, quand les représentants des pays exportateurs, des compagnies gazières, des institutions financières et de la Commission Européenne, ont convenu de la nécessité de préserver les contrats de long terme en raison de leur rôle dans la sécurité d’approvisionnement et le bon fonctionnement des marchés du gaz naturel tout en préservant les intérêts des pays producteurs et des bailleurs de fonds.

La Commission Européenne admet maintenant le rôle joué par les contrats à long terme dans le développement des marchés gaziers européens. Une récente proposition de Directive du Parlement européen et du Conseil relative à la sécurité énergétique reconnaît l’importance de ces contrats dans la sécurité d’approvisionnement de l’Europe. Elle affirme aussi que ces contrats à long terme constituent un élément important de stabilité pour les fournisseurs extérieurs et permettent d’améliorer la capacité de ces fournisseurs de poursuivre le développement de grands projets.

Lors du 8ème Forum international de l’Energie qui s’est tenu à OSAKA (Japon), l’Algérie a eu à l’occasion de la réunion des pays producteurs et exportateurs de gaz de souligner encore la nécessité de renforcer la concertation et la solidarité entre tous les acteurs. Nous sommes convaincus que ces deux conditions aideront l’industrie du gaz à se développer normalement et à se prémunir des effets négatifs causés par les changements aléatoires dans les relations internationales.

Mesdames, Messieurs,

L'Algérie a foi en l'avenir de l'industrie gazière et investit en conséquence pour satisfaire la demande future.

L’avenir du GNL est regardé avec confiance en Algérie. Nous sommes disposés à travailler avec tous nos partenaires, pour participer activement à la satisfaction de la demande internationale en énergie et plus particulièrement celle du GNL.

L’Algérie très tôt impliquée dans l’industrie du gaz et ayant acquis une expérience de quarante années, dispose aujourd’hui de moyens suffisants pour lui permettre de jouer un rôle aussi important que par le passé.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie pour votre attention et souhaite un plein succès à vos travaux.