République Algérienne démocratique et populaire

Discours du Docteur Chakib Khelil,
Ministre de l'Énergie et des Mines

 à l'Occasion du Parrainage de la Promotion 2005 de l'École du Pétrole et des Moteurs de Paris

Paris, 07 janvier 2005

 

Monsieur le Président de l’IFP,
Monsieur le Directeur de l’école du pétrole et des moteurs,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier Monsieur Olivier APPERT, président de l’IFP, de l’honneur qu’il me fait de parrainer la promotion 2005 de l’École du Pétrole et des Moteurs de Paris.

Mon plaisir de parrainer cette promotion est d’autant plus grand que votre école fête cette année le 50ème anniversaire de sa création.

M’adressant particulièrement à vous, Mesdames et Messieurs les promus de l’année 2005, je voudrais vous adresser avec mes félicitations, au seuil de cette nouvelle année, mes meilleurs vœux de bonheur et de prospérité dans votre vie active.

Pour la plupart d’entre vous, vous allez entamer quasiment vos carrières au seuil d’un nouveau Millénaire qui est marqué déjà par des changements multiples et profonds et dont le rythme ira en s’accélérant.

Ces changements posent autant de défis à relever. La question essentielle est de savoir dés lors comment prévoir et gérer ces changements ?

Parmi les défis posés aux praticiens, qu’ils soient débutants ou confirmés, et aux managers, actuels ou futurs, une place particulière doit être accordée à deux ensembles de problèmes :

Ce deuxième aspect touche particulièrement les pays émergents, c’est à dire les plus vulnérables, devant  le processus de globalisation économique dont ils doivent, à la fois, se préserver des effets pervers et tirer profit des opportunités qu’il offre.

La compétition économique dans la transparence et la libre concurrence, la gestion pertinente des ressources humaines, l’accès aux innovations techniques et la capacité de les maîtriser, la mobilisation des ressources financières nécessaires,  etc, sont des questions auxquelles sont confrontés quotidiennement nos cadres et nos ingénieurs.

Ces quelques repères donnent déjà une idée des efforts à engager pour cultiver des qualités aussi essentielles que la capacité d’anticipation, la faculté d’adaptation, la réactivité face aux évènements, ou l’intelligence opérationnelle dans la conduite des changements. Cette simple énumération donne une idée des qualités particulièrement requises pour tous ceux qui, à des degrés divers de responsabilité, activent dans le secteur de l’énergie qui est très exigeant, en raison de sa complexité et des enjeux qu’il soulève.

Mesdames, Messieurs,

L’histoire pétrolière sera au cours des prochaines décennies fondamentalement différente de celle du XXème siècle nous prédisent les prospectivistes. Il faut s’attendre certes à de profonds bouleversements dans les échanges pétroliers mondiaux mais on retiendra cependant que, sur certains faits, l’histoire se répète souvent même s’il lui arrive parfois de bégayer.

Parlant devant un auditoire très attentif aux problèmes soulevés par la situation pétrolière mondiale actuelle je ne peux m’empêcher d’aborder certaines de ces questions.

Les conclusions de toutes les prévisions concordent pour ramener la question de l’énergie à trois préoccupations essentielles: l’accessibilité à l’énergie des pays en développement; la protection de l’environnement; la disponibilité et l’approvisionnement énergétiques .

L’inaccessibilité à l’énergie commerciale qui touche une très large frange de la population des pays en développement, notamment sur le continent africain se pose en termes particulièrement graves.

À titre d’exemple les deux tiers de la population africaine ne disposent que des ressources de la biomasse et du bois de chauffage pour leurs besoins énergétiques. Dans certains pays africains, cette source d’énergie représente 80% de la consommation totale d'énergie primaire. Avec la croissance démographique, le bois devient une ressource rare dans de nombreux pays. Cet usage a des conséquences sur la santé des populations et sur l’environnement par ses effets sur la déforestation dans des régions déjà fragilisées par la sécheresse.

Dans sa « Déclaration 2004 » le Conseil Mondial de l’Énergie a raison de rappeler « qu’un plus grand accès à l’énergie dans les pays en développement renforcera les économies nationales et la souplesse du système économique mondial pour surmonter de nouveaux défis, y compris de possibles crises économiques dans le futur ». La promotion du développement durable et l’amélioration des conditions de vie dans les pays en développement sont en effet des facteurs indispensables à la stabilité et de la sécurité du monde.

De manière plus générale, on assiste à une pollution croissante, de plus en plus perceptible, de notre planète. Cette dégradation suscite de légitimes préoccupations écologiques en ce qui concerne la préservation du milieu de vie qui sera légué aux générations futures.

Si les politiques publiques actuelles demeurent inchangées, les émissions de dioxyde de carbone liées à l’énergie augmenteront plus vite que la consommation d’énergie nous préviennent les experts. Les émissions de CO2 en 2030 dépasseront de plus de 60% leur niveau actuel.

La teneur moyenne en carbone de l’énergie consommée dans le monde, qui a marqué un recul prononcé pendant les trois décennies écoulées, est appelée à stagner si des mesures appropriées ne sont pas engagées. Les centrales électriques alimentées au charbon et les transports routiers seront à l’origine de la majeure partie de l’accroissement de ces émissions.

Cette situation relève d’une responsabilité collective impliquant des mesures correctives urgentes comme cela a été rappelé lors du dernier Sommet de la Terre de Johannesburg sur le développement durable. C’est une forme de défi, à une vaste échelle , qu’on aurait tort de négliger. De réelles avancées ont été enregistrées, déjà, dans la structure du mix énergétique mondial où les énergies renouvelables prennent peu à peu leur place.

Mais force est de constater qu'en l'état actuel des choses, il, n'y a pas de solution alternative immédiate pour satisfaire, dans des conditions économiques raisonnables, les besoins globaux d'énergie en dehors des combustibles fossiles. La production mondiale d'énergie primaire comprend encore 80% d'énergie d'origine fossile (58% pour les hydrocarbures liquides et gazeux et 22% pour le charbon).

Des progrès louables ont été déjà réalisés depuis deux décennies tant au niveau des économies d'énergie qu'au niveau de l'efficacité énergétique.

Mesdames, Messieurs,

La disponibilité de l’énergie primaire, qu’il ne faut pas confondre avec le problème des approvisionnements, est assurée pour plusieurs décennies encore. Mais cette disponibilité implique pour être effective une coordination des efforts de tous les opérateurs concernés (publics et privés) et la promotion de formules de coopération et de partenariat adéquates pour l’exploitation et la mise à disposition du marché du produit des réserves existantes.

Au premier rang des conditions nécessaires à la sécurité des approvisionnements se trouve le problème du financement des grands projets énergétiques qui requièrent des amortissements à long terme et des formules de partenariat mutuellement bénéfiques. C’est un point de passage obligé car ce sont les investissements qu’on hésite à faire aujourd’hui qui nous coûteront très chers demain.

Vue sous cet angle la question des approvisionnements reprend son vrai relief. Au delà de la régularité, l’élasticité de l’offre est tout aussi importante pour répondre à tout appel inattendu du marché pétrolier.

L’adéquation entre l’offre et la demande a besoin en effet d’une certaine élasticité de l’offre. En d’autres termes, la régularité des fournitures en gaz et en pétrole ne peut se réaliser sans l’existence de capacités excédentaires, assurées dans le passé par les pays de l’OPEP surtout. Mais aujourd’hui ces pays ne sont plus en mesure et ne doivent d’ailleurs pas être les seuls à répondre aux variations aléatoires de la demande.

En dépit des propositions d’actions globales faites par l’OPEP et des efforts qu’elle fournit pour répondre à la demande et stabiliser les prix depuis de nombreuses années les marchés pétroliers restent toujours soumis à des incertitudes et à une grande volatilité des prix. Les distorsions du marché et la volatilité des prix sont dues à des raisons conjoncturelles et structurelles.

Les causes structurelles de la récente flambée des prix sont suffisamment connues mais comme l’année 2004 a crée une surprise quasi générale je voudrais en rappeler quelques-unes :

Ce n’est qu’à partir des années 90 que ces investissements ont franchi le cap de 100 milliards $US avant d’atteindre 115 milliards $US en 2003. Encore faut il préciser que ces investissements se concentrent essentiellement sur des gisements en production ou sur le développement de nouvelles découvertes.

La faiblesse des capacités de production excédentaires dans le monde est l’un des facteurs qui a contribué à la hausse des prix en 2004. Les capacités inutilisés de l’OPEP qui représentent moins de 1.000.000 baril/jour en 2004 ont considérablement diminué depuis 2002.

Le faible niveau des stocks américains notamment (qui commencent à se reconstituer depuis quelques temps) a accentué la rigidité de l’offre pétrolière mondiale. Le déséquilibre des capacités de raffinage des États-Unis par rapport à l’évolution de la consommation de carburants routiers répondant aux nouvelles normes est un facteur qui a joué un rôle important dans cette situation.

 

Sur le plan conjoncturel on retiendra les incertitudes géopolitiques et l’action des fonds spéculatifs qui sont les facteurs les plus pervers dans la hausse erratique des cours car ils échappent au contrôle des États producteurs et des autres opérateurs pétroliers.

Les tensions qui secouent la Région du Moyen-Orient et ce qui se passe en Irak figurent parmi nos plus grandes sources de préoccupation. Cette région qui détient la plus grande part des réserves mondiales et dont les exportations, qui représentent actuellement 42% du total mondial, atteindront 70% en 2030 selon les prévisions de l’AIE. La gravité de la situation qui prévaut dans cette région pèse lourdement sur les distorsions que connaît le marché pétrolier. Des tensions d’ordre interne au sein d’autres pays producteurs (Iran, Nigeria, Russie, etc) perturbent encore de leur côté la stabilité du marché.

Mais c’est aussi l’action massive et pernicieuse des fonds spéculatifs qui échappent, apparemment, à tout contrôle réel qui provoque et entretient le plus la volatilité des prix. L’impact de ces placements sur les prix pétroliers varie de 8 à 10 $ par baril selon la conjoncture, d’après les calculs de nombreux experts.

Les marchés pétroliers souffrent actuellement de l’importance démesurée qu’occupe la sphère financière par rapport aux transactions physiques. La recherche de profits rapides a conduit, en effet, les fonds spéculatifs sur le marché pétrolier en raison de son énorme étendue qui est recherchée pour le placement de capitaux importants. Les sommes qu’ils drainent qui ont été multipliées par 2,5 en l’espace de 4 ans sont passées de 400 milliards de $US en l’an 2000 à 1.000 milliards de $US en 2004.

Comme ces fonds agissent généralement dans la même direction et au même moment ils amplifient artificiellement la montée des cours déjà amorcée par d’autres facteurs plus « visibles ». Parmi ces facteurs visibles les fondamentaux de l’économie mondiale et les incertitudes géopolitiques deviennent des alibis commodes pour atténuer ou masquer le rôle négatif de ces fonds spéculatifs sur la volatilité des prix pétroliers.

Dans les faits ce sont pourtant bien ces fonds spéculatifs qui, loin de créer des tendances de prix, profitent de la volatilité des prix qu’ils amplifient à leur tour. Il n’est pas étonnant de constater alors que lorsque le marché pétrolier est stable les spéculateurs restent en dehors.

Mesdames, Messieurs,

Avec une part de plus de 41% de la consommation mondiale d’énergie primaire actuellement, le pétrole continuera à jouer un rôle majeur dans la satisfaction de la demande énergétique à long terme grâce à ses disponibilités potentielles mais en raison aussi de sa lente et difficile substitution par les autres sources alternatives.

Cette perspective s’étend au gaz naturel qui couvre déjà le quart des besoins énergétiques mondiaux. Sa part dans le mix énergétique appelé à enregistrer encore une forte progression grâce à la convergence gaz-électricité.

L’OPEP qui contribue aujourd’hui, à hauteur de 40% de la consommation mondiale de pétrole. La marge de manœuvre de l’OPEP est cependant aujourd’hui limitée par rapport à la demande mondiale.

La part de marché de l’OPEP devrait augmenter inévitablement pour atteindre 52 MBJ en 2020, soit environ 50% de la production mondiale. Cet accroissement sera le fait essentiellement de la Région du Moyen-Orient dont les réserves en place, représentent plus de 696 milliards de barils, soit plus de 67% des réserves mondiales.

À cela, il faut ajouter les efforts de recherche (on shore et offshore) notamment en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest qui laissent présager des perspectives prometteuses dans ces deux Régions.

Des besoins d’investissements importants seront, par conséquent, nécessaires pour le développement de capacités additionnelles et l’amélioration du potentiel de production existant. Le niveau d’investissement des seuls pays de l’OPEP est estimé, à plus de 10 milliards $US par an jusqu’à 2015.

Mesdames, Messieurs,

Pour assurer les approvisionnements futurs et garantir la stabilité des marchés il est nécessaire d’élargir les capacités productives et donner plus de transparence sur le niveau réel des stocks disponibles.

La première condition implique un accroissement des investissements dans l’amont pétrolier tout en mobilisant les ressources nécessaires pour le financement des projets structurants destinés à transporter l’énergie vers les pays consommateurs. Je pense notamment aux relations de l’U.E. avec les pays producteurs de gaz.

Les expériences du marché gazier américain et britannique notamment nous  rappellent aussi que la libéralisation des secteurs énergétiques crée de nouveaux défis. Il s’agit de concilier la nécessaire amélioration de l’efficacité économique par le biais de la concurrence à l’exigence de la sécurité des approvisionnements.

La libéralisation des marchés énergétiques a, par ailleurs, des effets pervers qu’il serait hasardeux de négliger. C’est dire que la libre concurrence ne décharge pas les États de leurs prérogatives en matière de sécurité énergétique par le biais de leurs agences de régulation et de la promulgation des facilitations nécessaires pour une rémunération incitative aux investissements de long terme.

Mesdames, Messieurs,

Concernant l'évolution générale de l'offre et de la demande, la plupart des scénarios pour le moyen et long termes (2030-2050) font ressortir que les réserves existantes seront en mesure de couvrir la forte augmentation de la demande prévisionnelle.

Le développement de ces nouvelles sources risque d’être compromis sans un apport conséquent en technologie et en capitaux de la part des pays industrialisés vers les pays producteurs dans le cadre d’échanges qui respectent l’équilibre des intérêts des différents opérateurs.

Les ressources financières sont disponibles sur le marché financier international, et les opportunités d'investissements existent dans de nombreux pays producteurs. Il appartient à la communauté internationale et aux instances concernées de mobiliser ces moyens.

En ce qui la concerne l'Algérie est prête à accueillir tous les investisseurs, sous forme d'investissements directs ou de partenariat, dans toutes les branches de l’énergie (pétrole, gaz et électricité).

 

M’adressant particulièrement à vous, mesdames et messieurs les promus de l’année 2005, j’espère vous avoir donné par ce rapide panorama une idée de l’ampleur et de la nature des enjeux en présence. Par la même vous serez peut être confortés dans votre volonté d’entreprendre et de gagner où que vous soyez.

Je vous remercie pour votre attention.