République
Algérienne Démocratique et Populaire
Services du Chef du Gouvernement
Allocution
de Monsieur Ahmed OUYAHIA, Chef du gouvernement,
A l'
Occasion de la Cérémonie d' Installation des conseils
d'Administration des Agences Minières et de la Commission
de Régulation
de l’Électricité et du Gaz
Alger, le 24 Janvier 2005
Bismillah Errahman
Errahim,
Monsieur le Ministre de l'Energie et des
Mines,
Messieurs les Membres du Gouvernement,
Mesdames, Messieurs,
La communauté
musulmane a célébré il y a quelques jours l'Aid El Adha. A cette occasion, je
voudrais au nom du Gouvernement et en mon propre nom, présenter mes meilleurs
voeux, aux responsables, cadres et personnels du secteur de l'énergie et des
mines ainsi qu'aux cadres et travailleurs de notre pays en général, et rendre
hommage à tous ceux là, pour les efforts et l'abnégation qu'ils investissent
dans tous les secteurs pour le développement national.
Et, c'est justement cet effort pour un développement national toujours plus
intense, plus bénéfique pour le pays et plus profitable pour les citoyens qui
est au centre de la cérémonie qui nous regroupe aujourd'hui à savoir, l'installation
des conseils d'administration de l'Agence Nationale du Patrimoine Minier,
de l'Agence Nationale de la Géologie et du Contrôle Minier ainsi que de
la Commission de Régulation de l'Electricité et du Gaz.
Permettez‑moi donc de saisir cette occasion pour partager avec vous
quelques réflexions que m'inspire cet agréable moment.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
A la reconquête de l'indépendance nationale, il y plus de quarante ans, notre
pays se devait de faire face à des défis énormes : panser les blessures d'une
nation qui a payé un million et demi de martyrs pour se libérer; prendre en
charge des millions de veuves, d'orphelins, ainsi que de personnes réfugiées
dans les pays voisins ou revenant des centres de regroupement; construire un
pays libéré certes mais ruiné par une guerre atroce et par le colonialisme pervers.
Ces défis ont été relevés grâce au courage d'une Nation fière mais grâce aussi
à des choix dictés par les circonstances. Le peuple algérien s'est mobilisé
certes, mais L' Etat qui se construisait, s'est également retrouvé être l'acteur
quasi‑unique pour l'investissement et pour le d développement dans tous
les domaines.
Cette démarche a enregistré de nombreux résultats que nul ne peut nier. Elle
a ouvert l'école et la santé aux algériens; elle a logé des millions de citoyens
; elle a doté le pays d'une base industrielle et des instruments du développement.
Cette étape dans notre parcours national nous dicte la reconnaissance envers
ceux qui l'ont élaboré, dirigé et réalisé. Mais, elle était nécessairement,
une étape transitoire sur un parcours dont l'objectif constant était et demeure
un développement durable et prospère au service d'une Nation au travail et fortement
attachée à la justice sociale.
Notre pays a malheureusement connu de graves retards dans la réalisation de
la transition nécessaire, retards qui nous ont coûté une facture douloureuse
que je pourrais résumer en quelques mots.
D'abord, les ressources de l'Etat seul pour la réalisation du développement
ont vite révélé leurs limites, poussant notre pays à recourir à un endettement
extérieur important.
Ensuite, et lorsque le pays n'était plus en mesure de faire face ni au financement
du développement ni encore moins au remboursement de sa dette extérieure, nous
nous sommes retrouvés confrontés à une grave régression socio‑économique
nationale ainsi qu'à l'ajustement structurel douloureux, prix du rééchelonnement
de la dette extérieure.
Enfin, et parce que le pays n'était plus en mesure de faire face aux besoins
de sa population, nous nous sommes retrouvés exposés à la déstabilisation, à
la manipulation de notre jeunesse, au terrorisme, à l'assassinat et à la destruction.
C'est dire par là combien aura été douloureuse la facture payée par la Nation
aux retards accumulés dans les différentes réformes incontournables. C'est dire
également combien sont vitales la mise en place et le succès des réformes engagées
par l'Algérie qui se redresse, sous la conduite de Monsieur le Président de
la République.
Ces réformes sont indissociables de l'attachement permanent de notre pays à
la justice sociale et à la solidarité nationale ainsi que de l'attachement de
notre peuple à ses propres valeurs. Mais ces réformes doivent introduire dans
notre gestion, dans tous les domaines, la modernité et l'efficacité universelles.
En effet, c'est par ces réformes que l'entreprise gagnera en efficacité, en
rentabilité et en compétitivité. C'est par elles également que le Trésor Public
récupérera sa part de la croissance économique et de la bonne valorisation du
potentiel et d es richesses du pays. C'est aussi par u ne telle approche que
le Budget Public disposera des ressources nécessaires pour faire face à la politique
sociale du pays, à la modernisation de l'enseignement et de la santé, à l'amélioration
du service public, des infrastructures de base et autres missions relevant de
sa responsabilité universelle. Enfin, c'est par cette répartition des rôles
entre ces acteurs, dans le souci indissociable de l'intérêt général, que notre
pays pourra mobiliser davantage le capital étranger pour l'associer au développement
de notre pays, au lieu et place du recours dangereux à l'endettement extérieur
massif.
Bien sûr, ce que je rappelle là, constitue des éléments bien connus de beaucoup.
Mais en tant que Pouvoirs Publics, nous nous devons de les répéter chaque fois
à l'opinion nationale pour contribuer à dissiper les craintes de ceux qui sont
sincères dans leurs appréhensions des changements et d'abord les travailleurs,
mais aussi pour barrer la voie aux arguments fallacieux de ceux qui tentent
d'aller à contre courant de l'histoire, soit par simple dogmatisme politique,
soit plus grave encore, parce que les intérêts rentiers ou spéculateurs sont
dérangés par les réformes.
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Nous devons multiplier les efforts d'explication et de sensibilisation de l'opinion
nationale et cultiver le dialogue avec le partenaire social pour éviter à la
collectivité nationale de céder aux attraits nécessairement passagers, d'une
conjoncture favorable du marché mondial des hydrocarbures, en rappelant que
ce même marché du pétrole avait atteint 40 dollars le baril il y a vingt cinq
ans déjà, mais que cela ne nous a pas empêché, faute de réformes et de mutations,
de connaître une grave crise financière quelques années après, au milieu des
années quatre vingt.
Nous devons également rappeler et rappeler encore, les progrès que l'Algérie
n'aurait pu réaliser sans l'apport précieux des réformes.
Ainsi, depuis quelques années, dans la sécurité et la stabilité restaurée, l'Algérie
renoue avec le développement et la croissance, et voit le chômage enfin commencer
à reculer. Ce développement est palpable partout à travers le pays même s'il
est naturellement encore insuffisant. Mais, nous ne devons pas oublier que ces
progrès sont aussi le fruit des réformes structurelles menées il y a quelques
années.
De la même manière, notre pays a fort heureusement tourné la page de l'époque
des pénuries multiples. Nous devons retenir que cela est l'effet du marché désormais
libre et tenu majoritairement par le secteur privé.
Relevons également que les expériences déjà menées en matière de privatisation
des entreprises publiques ont très souvent entraimé des effets bénéfiques sur
la production, sur le sort des travailleurs et sur la création de nouveaux emplois.
L'exemple d'El Hadjar qui est un symbole national est là pour le prouver.
Rappelons également que là où les missions de l'Etat et de l'entreprise ont
été déjà distinguées, les travailleurs du secteur n'ont rien perdu bien au contraire,
mais surtout, les consommateurs ont largement bénéficié. A ce titre, rappelons‑nous
les débats houleux voilà cinq années seulement, sur la réforme de la poste et
des télécommunications, et constatons aujourd'hui la satisfaction collective
devant l'accès libre et dans la concurrence, aux téléphones portables par exemple.
C'est également en rappelant à notre opinion que les marges des prix des produits
énergétiques n'ont pas connu de changement pendant sept longues années, que
nous barrerons la voie aux manipulations actuelles de rentiers et de politiciens
au sein de la société. Certes, l'ordre sera préservé et la loi rigoureusement
appliquée, mais le citoyen doit aussi comprendre les enjeux réels et savoir
que le populisme est toujours victime de ses propres limites et s'il nous fallait
une preuve, rappelons l'expérience amère des hausses tardives mais énormes des
prix du pain et du lait dans les années quatre vingt dix .
C'est aussi par la force de l'argument que continuera de progresser sereinement
le projet de loi relative aux hydrocarbures dont le gouvernement est déjà saisi
et qui fera l'objet d'une concertation avec l’ UGTA.
Cette loi sera naturellement fidèle à la Constitution. Elle ne réduira pas la
part de la Nation dans les ressources en hydrocarbures, bien au contraire. Elle
n'a pas aussi pour finalité de privatiser SONATRACH. Cette loi qui engagera
la responsabilité de l'Etat dans sa mission de Puissance Publique par le biais
d'organismes appropriés, libérera la SONATRACH et toute l'industrie nationale
des hydrocarbures d'entraves et de charges. Elle permettra à l'industrie des
hydrocarbures d'engager encore davantage ses propres moyens et de mobiliser
d'autres apports pour développer son apport au développement national. Cette
même loi permettra à l'Algérie, de renforcer l'exploration et l'exploitation
de ses capacités et de renforcer ainsi ses potentialités sur le marché mondial
de l'énergie et, partant, de consolider la richesse nationale.
Et puisque le secteur de l'énergie et des mines constitue la force encore essentielle
de notre économie nationale, nous devons dire à nos compatriotes que ce sont
les mutations en cours dans ce domaine qui permettront à l'Algérie :
Premièrement: ce sont les réformes qui permettront à notre pays d'aller bientôt
à une capacité de production supérieure à 1,5 million de barils, au service
des générations montantes, alors que la génération à laquelle j'appartiens a
grandi avec le cauchemar de l'épuisement du pétrole au début de ce siècle, une
situation que les mutations de 1986 et de 1991 ont pu éviter;
Deuxièmement: que ce sont ces changements qui permettront de développer une
industrie pétrochimique digne de nos capacités, ce que notre pays n'a pas encore
pu réaliser depuis l'indépendance;
Troisièmement: et que ce sont ces mutations qui permettront de valoriser substantiellement
les ressources minières du pays à l'image des phosphates par exemple, et aboutiront
en quatrième lieu enfin, au développement de l'industrie du gaz et de l'électricité,
à l'introduction de nouvelles sources d'énergie renouvelables et même au renforcement
de nos capacités d'exportation de l'électricité.
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Permettez‑moi à présent de m'adresser aux membres des conseils d'administration
de l'Agence Nationale du Patrimoine Minier, de l'Agence Nationale de la Géologie
et du Contrôle Minier, et de la Commission de régulation de l'électricité et
du gaz.
Je voudrais tout d'abord vous féliciter pour le choix qui s'est porté sur vous
partant de vos compétences et de vos expériences. J'ajouterai que vos compétences
et vos expériences sont le fruit de notre parcours national passé qui vous a
offert l'occasion d'effectuer des études avancées et d'exercer des missions
importantes. Ce faisant, et dans vos nouvelles responsabilités de régulation
et de contrôle, vous êtes à même d'être le symbole d'une transition enfin réussie
par l'Algérie.
Nos meilleurs voeux de succès vous accompagnent et le soutien du Gouvernement
vous est, par avance, acquis dans le respect de la loi.
En déclarant les Conseils d'Administration des agences minières et de la commission
de régulation de l'électricité et du gaz installés, je vous demande de veiller
à ce que le succès de votre mission puisse encourager la concrétisation des
autres réformes et mutations à venir dans la sérénité et dans la confiance en
notre avenir national.
Je vous remercie de votre attention.