République Algérienne démocratique et populaire
Discours
de Monsieur Abdelaziz BOUTEFLIKA
,
Président de
la République
prononcé devant la communauté des affaires japonaise
06 décembre 2004
Mesdames et Messieurs,
J’ai beaucoup de plaisir à vous rencontrer, vous qui représentez
la communauté d’affaires japonaise, une des communautés les plus
prestigieuses, dont le savoir-faire et la vision économique ont fait du Japon
une des premières puissances économiques mondiales. Je veux vous parler de
notre expérience de développement en Algérie et de l’entreprise de réforme
que nous avons lancée depuis l’année 2000.
L’Algérie est un pays producteur de pétrole qui compte une population
importante, moderne et exigeante, et une économie ouverte fondée sur une
option irréversible d’intégration au marché mondial. Si les hydrocarbures
nous procurent des ressources financières importantes, ils ne sont pas
suffisamment créateurs d’emplois et ils n’assurent pas à eux seuls le développement
durable. Il est nécessaire pour nous d’aller vers une économie qui prenne
appui sur la production nationale.
C’est à l’édification de cette économie nouvelle que nous souhaiterions
vous associer dans un partenariat mutuellement avantageux.
Mesdames et Messieurs,
Depuis une décennie, l’Algérie met en place les bases de démocratie,
de la libre entreprise et de l’intégration à l’économie mondiale, et
cette politique s’est accélérée depuis le début du millénaire. La
persistance durant une trop longue période d’un système de parti unique et
d’une gestion étatique de l’économie a conduit progressivement à une société
fragilisée. De plus, un endettement écrasant absorbait la quasi-totalité de
nos ressources.
Malgré les vicissitudes de l’histoire récente de notre pays qui a subi, au
cours des années 90, une attaque sans pareille du terrorisme international,
malgré la complexité des problèmes que pose la mutation de tout système
politique et économique, malgré un endettement écrasant qui a empêché tout
investissement public pendant près de 15 ans, l’Algérie a pu finalement
ramener la paix, relancer l’économie et retrouver sa place sur la scène économique
et politique internationale.
Le principe de liberté est maintenant le fondement de notre vie politique et économique.
L’Algérie est parvenue à sauvegarder et renforcer le caractère démocratique
et républicain de l’Etat, à consacrer les libertés fondamentales et les
droits de l’homme, mais aussi à assurer l’irréversibilité des
transformations de l’économie et de son intégration qualitative à l’économie
mondiale. Elle a par ailleurs établi les bases de sa stabilité économique et
financière et assuré une relance significative de l’économie nationale.
Les données macroéconomiques témoignent d’une situation de stabilité économique
: un budget équilibré depuis 2000, une balance des paiements positive, des réserves
en devises qui ont dépassé 34 milliards de dollars en juin 2004, une baisse
sensible de la dette de 40 milliards de dollars US à près de 19 milliards de
dollars à fin 2004, et enfin le service de la dette qui représentait 30 % de
nos exportations, ne représente plus que 18 % à fin 2004. Ainsi, notre
situation macroéconomique est excellente.
Par ailleurs, l’Algérie connaît une phase de croissance soutenue. La
croissance économique, qui a été de 2 % en moyenne de 1995 à 1999, a été
supérieure à 4% en moyenne depuis 1999, atteignant en 2003 près de 7 % et les
perspectives pour 2004 nous assurent d’une croissance de près de 6 %. Le
pouvoir d’achat, mesuré par le revenu disponible, s’est accru de 30 % de
2000 à 2004. Et, si la situation du chômage a connu une aggravation continue
depuis 1985 pour atteindre 32 % en 1998, la tendance s’est inversée, le taux
de chômage est maintenant de 22 % et si l’on tient compte des activités non
déclarées, il n’atteint plus que 17 % à la fin de 2004.
Cette situation de stabilité et de renaissance économiques est le résultat
d’une stratégie globale de transformation de notre système politique, économique
et social.
En effet, Mesdames et Messieurs,
Comme vous le savez, l’activité économique dépend largement de la situation
d’ensemble du pays : politique, institutionnelle et sociale. D’autre part,
l’efficacité de l’économie dépend de ses capacités de gestion et du
cadre social et politique dans lequel elle opère.
Le développement du pays et la croissance de l’activité économique ne
peuvent se concevoir sans la paix civile, la réconciliation nationale, la cohésion
sociale, le dialogue politique et l’organisation démocratique du pouvoir.
Nous avons donc mis en œuvre une politique de paix sociale, une politique de réconciliation
et de concorde civile pour rétablir la sécurité et relancer le dialogue entre
tous les membres de la société algérienne. Cette politique de réconciliation
s’appuie sur notre passé millénaire berbère, sur notre civilisation
arabo-musulmane et sur l’acceptation des valeurs de la civilisation
universelle héritées de la période coloniale.
La paix et la réconciliation ont permis un développement qualitatif du
mouvement associatif qui a efficacement contribué à entretenir la dynamique
sociale, économique et culturelle.
De son côté, la presse nationale s’est développée dans une liberté
totale, et en l’absence de toute censure, dans un cadre institutionnel et légal
lui permettant de jouer le rôle d’un élément critique de la vie démocratique.
Il reste à nos médias à renforcer leurs capacités professionnelles pour
qu’ils puissent contribuer de manière positive à l’épanouissement de la
liberté d’expression dans un cadre déontologique inspiré par les normes les
plus universelles.
Ce contexte de cohésion sociale a incontestablement facilité l’exercice par
le peuple algérien de son droit souverain à choisir ses représentants à tous
les niveaux au moyen d’élections générales libres et transparentes. Les élections
législatives et locales de 2002 et les récentes élections présidentielles
ont pu démontrer que l’Algérie s’inscrit définitivement dans une ère de
légitimité démocratique des pouvoirs publics.
La consolidation de l’Etat de droit s’impose pour améliorer la protection
des droits de l’homme, et renforcer la sécurité des personnes, des biens et
des activités économiques. Le système judiciaire constituant le pivot de l’Etat
de droit, nous avons lancé une profonde réforme de la justice. Il s’agit-là
d’une entreprise qui demande du temps et de la persévérance, mais nous
sommes bien décidés à la mener jusqu’à son terme.
Ainsi, Mesdames et Messieurs,
Nous sommes convaincus que la consolidation de la stabilité
sociale et de la démocratie passe nécessairement par le lancement d’un
processus de création cumulative de la richesse, par l’amélioration du
pouvoir d’achat, par le recul du chômage et la création significative de
l’emploi, enfin par la réduction de la pauvreté. Ces objectifs nécessitent
à leur tour la transformation de l’espace économique. C’est à cette tâche
complexe que nous nous sommes attelés. Pour cela, nous avons retenu et mis en
œuvre une stratégie à triple dimension.
La première dimension est l’utilisation de la dépense publique pour créer
un espace physique et humain assurant une croissance durable à travers le
lancement de programmes extensifs de reconstruction, de développement des
infrastructures et des ressources humaines.
L'Algérie avait connu pendant près de 15 ans un désinvestissement important
du fait d’un endettement écrasant qui absorbait jusqu’à 70 % de ses
recettes d’exportation, et des conséquences tragiques du terrorisme aveugle
qui a frappé notre pays. Il devenait urgent de lancer une opération
d’envergure visant au développement local de vastes régions du pays oubliées
par la croissance.
Un programme de plus de 7 milliards de dollars a été ainsi mobilisé pour créer
une capacité locale d’infrastructure et de ressources humaines et assurer la
reprise des activités productives locales. 84 % des ressources mobilisées ont
été consacrées à l’amélioration des conditions et du cadre de vie des
populations, à la mise à niveau et l’extension des infrastructures locales
et régionales, au développement des ressources humaines (éducation et santé)
et 16 % des ressources ont été consacrées au développement direct des
activités productives notamment agricoles, une aide a été fournie aux
entreprises locales pour participer à la réalisation du programme. Fin 2003,
le programme était entièrement réalisé.
Cet effort de reconstruction s’avère cependant insuffisant pour affronter les
défis d’une croissance rapide et élevée dans un contexte d’ouverture au
marché mondial et d’intégration dans le marché européen. Il doit être
poursuivi pour que nous puissions disposer des moyens d’infrastructure
suffisants, que les ressources en eau atteignent le niveau requis, que nous
puissions satisfaire nos besoins en logements, et que nous disposions de capacités
suffisantes pour la formation de nos cadres. Nous avons mis en chantier un vaste
programme d’investissement public qui nécessitera la mobilisation d’une
cinquantaine de milliards de dollars pour la période quinquennale prochaine.
La deuxième dimension de la stratégie que nous avons mise en œuvre vous
concerne directement, puisqu’il s’agit de l’assainissement de
l’environnement d’affaires à travers : l’apurement de la situation
financière des banques, une baisse continue des taux d’intérêt où le taux
directeur se fixant maintenant à 4 %, une stabilité durable du taux de change
autour de 72 dinars pour un dollar américain, la libéralisation et la
simplification du système tarifaire, la baisse et la rationalisation du système
de taxation. Pour assurer la promotion de l’investissement direct, la création
de nouvelles entreprises et le développement de celles existantes, nous avons
créé un fonds de garantie bancaire pour les petites et moyennes entreprises et
un fonds de soutien à la productivité des entreprises en même temps que les
zones industrielles ont été réhabilitées. La troisième dimension, la plus
exigeante et la plus décisive, est la transformation du cadre de
fonctionnement, ce qui représente une réforme complexe, une véritable révolution.
Elle inclut :
Il s’agit de permettre aux entreprises d’intégrer les marchés
internationaux, notamment européens, et d’affronter la concurrence
internationale dans de bonnes conditions.
Un cadre légal nouveau a été mis en place organisant l’ouverture de l’économie
nationale et la libre entreprise :
une première série de lois a porté sur l’ouverture du secteur public, le soutien à la promotion de la PME, la mise à niveau de notre législation en matière de protection de la propriété industrielle, la promotion de l’investissement et la lutte contre la contrefaçon,
une deuxième série de lois et de textes réglementaires a organisé le cadre de fonctionnement du marché pour assurer la concurrence et la transparence et garantir la protection des consommateurs et enfin,
une troisième série de lois a ajusté le cadre de fonctionnement des marchés financiers et permis une régulation plus rapprochée de la Banque d’Algérie sur le plan monétaire.
Ainsi, Mesdames et Messieurs, c’est donc un programme extensif complexe et décisif
qui doit être réalisé dans toutes ses dimensions simultanément. Sa mise en
œuvre a rencontré des résistances objectives et prévisibles.
Nous avons en conséquence opté pour une approche plus graduelle de la mise en
œuvre des réformes, nous mettant au rythme de l’adaptation de la société
par la mise en œuvre de mesures légales et institutionnelles. Ce rythme doit
cependant s’accélérer du fait de l’échéance de l’entrée en vigueur de
l’Accord d’association avec l’Union européenne dont la ratification est
en cours, et de l’accession de notre pays à l’Organisation Mondiale du
Commerce.
En guise de conclusion ce programme de réforme repose sur deux exigences : la détermination
de l’Etat et l’accumulation d’une capacité humaine d’expertise.
En effet, la place du gouvernement, son rôle et son niveau d’engagement dans
le processus de modernisation et de transformation économique sont critiques.
La capacité institutionnelle et de gestion de l’Etat est essentielle dans le
processus du changement.
Aussi, avons-nous lancé une réforme exhaustive de l’appareil d’Etat dont
la mise en œuvre mobilise des chantiers prioritaires pour l’année à venir.
Cette réforme s’accompagne d’un renforcement des capacités techniques et
humaines du système judiciaire relatives au droit des obligations et contrats.
Comme l’expérience de votre pays le confirme amplement, la clé de la réussite
de toute entreprise de réforme réside dans la compétence de l’encadrement
et le niveau des ressources humaines du pays. Sans une masse suffisante
d’experts et de cadres nationaux imbus des enjeux et des techniques de
gestion, il est très difficile de réussir une opération de transformation
d’un système aussi complexe qu’un système social.
Ainsi, Mesdames et Messieurs,
Toute notre politique a consisté à mettre l’Algérie en condition de
participer à l’élan démocratique mondial, de contribuer à la réhabilitation
des valeurs de dignité et de respect de l’homme, et de prendre part au
renforcement de l’échange économique international. Maintenant plus
qu’hier, l’Algérie se présente comme un partenaire fiable dans le monde
des affaires.
Je vous remercie de votre aimable attention."