Allocution du docteur Chakib Khelil

Ministre de l’Énergie et des Mines

devant la 34ème Conférence des Ministres de l’Énergie Membres de l’OLADE

Quito – 29 octobre 2003

 

 

Monsieur le président,
Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Je remercie les autorités équatoriennes pour l’excellent accueil qui nous a été réservé, à moi-même et à la délégation qui m’accompagne. Je voudrais aussi leur adresser mes chaleureuses félicitations pour la parfaite organisation de cette conférence.

C’est avec une émotion mêlée de joie que je me retrouve dans cette Région qui m’est si chère où j’ai travaillé pendant plus de 20 ans dans le cadre de la Banque Mondiale.

L’Algérie participe pour la deuxième fois à la réunion des Ministres de l’Energie de l’OLADE. C’est avec beaucoup de plaisir et de conviction que je saisis l’occasion particulière qui m’est offerte de m’adresser à vous aujourd’hui. Je voudrais vous livrer, brièvement, quelques données concernant :

Mesdames, Messieurs,

Comme vous le savez, la question de l’énergie, est durablement installée au cœur des enjeux économiques, géopolitiques et planétaires. Sous les effets de la globalisation les marchés se réorganisent et les acteurs de la scène énergétique sont soumis à des adaptations permanentes sous l’influence de la libéralisation.

L’Afrique et l’Amérique latine qui détiennent des ressources énergétiques considérables sont concernées au premier chef par ces mutations en cours.

Il est réconfortant de constater qu’il y a une prise de conscience croissante, au sein de nos deux continents, de l’importance du rôle que doit jouer l’énergie en faveur de la croissance économique, du développement durable et de l’équilibre des relations internationales.

Mais cette prise de conscience doit s’accompagner d’efforts plus soutenus pour organiser la mise en valeur de nos potentialités respectives et la coopération entre nos secteurs énergétiques en faveur du développement à différentes échelles, nationale, sub-régionale, régionale, et continentale.

C’est cette prise de conscience qui a permis l’émergence et la consolidation de l’OLADE qui détient aujourd’hui une riche expérience de plusieurs décennies dans la prise en charge des efforts de développement et de promotion énergétique à l’échelle de l’Amérique Latine.

En Afrique, on ressent le même besoin d’asseoir et de renforcer la coopération énergétique au sein du Continent. C’est ainsi que les pays africains ont abouti à la création, il y a deux ans, de la Commission Africaine de l’Energie, l’AFREC dont le siège est à Alger.

A travers la mise en place de l’AFREC, dont les principaux objectifs sont similaires à ceux de l’OLADE, l’Afrique entend se doter d’un instrument efficace capable de promouvoir la coopération énergétique à l’échelle du continent, à même de cristalliser les efforts d’intégration énergétique régionale et inter-régionale.

En dépit de l’existence de similitudes et de complémentarités entre l’Afrique et l’Amérique Latine, les échanges et la coopération dans le domaine énergétique entre les pays africains et latino-américains restent encore très faibles au regard des potentialités dont dispose chacune de nos Régions.

Les opportunités existantes en matière de coopération et d’investissements réciproques, notamment depuis l’avènement des réformes des systèmes énergétiques et de l’ouverture des marchés ont été très peu exploitées jusqu’ici.

L’Algérie qui est adhérente aux deux organisations se prépare à accueillir au début du mois de février 2004 une première rencontre entre les Ministres de l’Energie d’Afrique et d’Amérique latine autour du thème " Expériences latino-américaines et africaines en matière d’énergie et de développement ".

A cet effet, il m’est agréable de vous renouveler solennellement mon invitation à y participer.

La Conférence d’Alger qui regroupera, outre les Ministres de l’Energie latino-américains et africains, de hautes personnalités de la scène énergétique mondiale, permettra de dégager les axes essentiels d’une coopération bénéfique au développement énergétique et économique des deux Régions.

Une telle rencontre, première de son genre à l’échelle globale de l’Afrique et de l’Amérique Latine, permettra de jeter les bases d’une coopération plus dynamique entre nos pays à la mesure du potentiel énergétique considérable dont sont dotés chacun des deux espaces continentaux.

A travers ces échanges et ces débats, la Conférence d’Alger vise d’abord la sensibilisation collective des décideurs du secteur énergétique des pays d’Afrique et d’Amérique Latine. Cet effort de sensibilisation et de mobilisation s’appuiera :

Cette conférence sera l’occasion de mettre également en relief les similitudes et les complémentarités entre nos différents pays et d’identifier les principaux créneaux de coopération, d’investissement et de partenariat.

Une attention particulière sera accordée aux questions d’intégration énergétique régionale et à la question cruciale du financement du développement du secteur énergétique dans les pays africains et latino-américains.

La Conférence aura également à examiner la problématique du transfert et de la maîtrise des technologies qui sont déterminants pour l’accroissement du potentiel énergétique et l’optimisation de son utilisation.

Mesdames, Messieurs,

Plusieurs facteurs concourent déjà en faveur de l’émergence en Afrique comme en Amérique Latine d’un climat nouveau plus favorable à la coopération énergétique, au partenariat, et à l’investissement direct international.

Parmi ces facteurs on peut citer les plus déterminants, qui sont appelés à modeler les perspectives en faveur de l’une et l’autre des deux régions tels que :

Les entreprises énergétiques des pays d’Afrique et d’Amérique latine détiennent de nombreux atouts qui doivent les aider à s’adapter aux mutations qui traversent la scène énergétique mondiale et qu’elles doivent apprendre à faire valoir, au profit de leurs besoins économiques et sociaux.

Dans ce cadre, le développement des projets électriques et gaziers grâce à la convergence gaz-électricité constitue l’un des créneaux porteurs de la coopération internationale dans le secteur énergétique, favorisé à la fois par la forte croissance de la demande énergétique, la performance des nouvelles technologies qui utilisent le gaz pour la production d’électricité, et les qualités environnementales du gaz naturel.

Les réseaux électriques et gaziers apparaissent comme des supports privilégiés de la modernisation des systèmes énergétiques, tandis que les interconnexions trans-frontières qui les prolongent constituent des vecteurs majeurs de l’intégration économique régionale.

En prenant appui sur les importantes réserves de gaz que détiennent l’Afrique et l’Amérique Latine, le développement des réseaux électriques et gaziers constituera sur les prochaines décennies dans ces deux régions l’une des solutions majeures pour accélérer la promotion énergétique et socio-économique de larges franges de populations urbaines, semi-urbaines ou rurales.

La Conférence d’Alger offrira l’occasion de mettre en lumière ces atouts et d’initier un débat sur les possibilités, les voies et les moyens de les mettre en valeur dans une perspective de développement durable.

Mesdames, Messieurs,

L’Algérie est partie prenante aux efforts visant l’accélération du processus d’intégration énergétique régionale et l’intensification des échanges entre l’Afrique et l’Amérique Latine. Elle dispose aujourd’hui d’une grande expérience dans la promotion des projets énergétiques trans-frontières et ne néglige aucune direction géographique dans les échanges énergétiques régionaux qui la concernent.

Dans son environnement immédiat l’Algérie occupe une place privilégiée dans l’approvisionnement gazier euro-méditerranéen. Parallèlement, elle entend saisir les opportunités liées aux changements institutionnels que connaît l’espace euro-méditerranéen et celles offertes par la convergence gaz-électricité pour diversifier ses relations et jouer un rôle majeur dans le cadre du système électrique qui se met place autour de la Méditerranée.

L’existence d’infrastructures gazières importantes, reliant notre pays au continent Européen, est le témoin physique des relations pérennes que l’Algérie entretient avec l’Europe grâce à cette coopération régionale : complexes de GNL ; gazoducs transméditerranéens (Enrico Mattei) et Maghreb-Europe (Pedro Duran).

C’est ainsi que l’Algérie figure parmi les trois principaux fournisseurs de gaz à l’Europe à côté de la Russie et de la Norvège.

La capacité des deux gazoducs existants qui transitent respectivement par la Tunisie et le Maroc sera renforcée prochainement. L'Algérie a, par ailleurs, anticipé sur les besoins futurs de l’Europe en envisageant la réalisation de nouveaux gazoducs reliant directement l’Italie et l’Espagne et associés à deux liaisons par câbles destinées à l’exportation de l’énergie électrique vers l’Europe.

Des accords conclus avec l’Espagne et l’Italie prévoient la réalisation en partenariat avec différents opérateurs européens de deux gazoducs sous-marins reliant chacun de ces pays à l’Algérie. Pour assurer la rentabilité globale des projets et au regard des besoins manifestés de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée des câbles électriques et des lignes en fibre optique seront installés simultanément à la pose sous-marine de ces gazoducs :

Cette démarche illustre clairement la contribution de l’Algérie dans l’élargissement de la coopération Sud-Sud et Nord-Sud. Comme on le voit l’Algérie s’affirme de plus en plus comme une tête de pont énergétique vers l’Europe qui lui donne un rôle d’acteur important dans l’approvisionnement de l’Europe et contributeur à la protection de l’environnement.

Dans le cadre de son redéploiement international et de l’élargissement de son portefeuille la SONATRACH est partie prenante au développement du gisement de gaz de CAMISEA au Pérou en association avec la société péruvienne PLUSPETROL et des entreprises américaine, argentines et sud-coréenne. La SONATRACH détient une participation de 10% de l’amont et de 20% dans le segment du transport et de la distribution. Des discussions sont en cours pour une autre prise de participation dans l’unité de GNL dont le gaz sera destiné au marché nord-américain.

La prise de participation de SONATRACH au projet Camisea du Pérou symbolise la volonté des entreprises énergétiques algériennes de s’adapter aux mutations de la scène énergétique mondiale par la mise en œuvre d’une stratégie d’internationalisation conformément à la nouvelle politique énergétique du pays.

Le projet comprend la réalisation, l'exploitation et la maintenance d'un réseau de transport et de distribution du gaz naturel et des condensats du gisement de Camisea, au Pérou. Deux canalisations transporteront les hydrocarbures gazeux et liquides depuis le champ géant de Camisea (250 milliards de m3 de gaz et 60 millions de tonnes de condensats) jusqu'à Lima, la capitale du pays, la ville de Callao, et la côte péruvienne.

Le gazoduc, dans une première étape, transportera 6,5 millions de m3/jour sur une distance de 697 km, en franchissant de la Cordillère des Andes, pour atteindre dans une seconde étape une capacité de 13 millions de m3/jour. L'oléoduc, quant à lui, est conçu pour transporter 7250 tonnes/jour sur une distance de 575 km.

A travers son implication dans ce projet, la compagnie nationale algérienne SONATRACH démontre son aptitude et sa disponibilité à s’associer à des partenaires économiques des pays d’Amérique Latine et d’autres régions et à prendre les risques nécessaires pour assurer sa croissance et diversifier son portefeuille. Qu’il me soit permis rappeler que les compagnies latino-américaine sont les bienvenues en Algérie.

Cette politique de redéploiement international converge dans ses objectifs fondamentaux avec celles des pays latino-américains membres de l’OLADE. Cette convergence se manifeste dans le champ d’action de l’OLADE mais également dans d’autres cadres internationaux de concertation et d’action tels que l’OPEP, l’OPAEP ou le Forum des Pays Producteurs et Exportateurs de Gaz.

Dans ses relations bilatérales et multilatérales l’Algérie a toujours privilégié la concertation, le dialogue et le principe de l'intérêt mutuellement profitable. C’est dans ce cadre qu’elle avait pris l’initiative d’organiser à Alger en septembre 2000 le premier Forum des compagnies pétrolières nationales. Ce Forum est ancré maintenant dans les faits puisque sa deuxième édition s’est tenue à Stavenger en Norvège (14 au 16 Octobre 2003).

Mesdames, Messieurs,

En prenant l’initiative d’organiser à Alger la Conférence des Ministres de l’Énergie d’Afrique et d’Amérique Latine, l’Algérie sait qu’elle retrouvera de nouveau à ses côtés ces mêmes pays et leur organisation, l’OLADE, pour réfléchir en commun sur de nouvelles formules de partenariat entre l’Afrique et l'Amérique Latine. Cette initiative se situe dans le prolongement de nos préoccupations communes pour que l’Énergie constitue pour nous un facteur de progrès mutuellement profitable.

Je vous remercie pour votre attention.