WORLD FORUM ON ENERGY REGULATION
LAlgérie et la promotion des échanges énergétiques régionaux
Par Dr Chakib Khelil
Ministre de lÉnergie et des Mines, Algérie Rome - Italie 6 au 8 octobre 2003
Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi tout dabord de remercier les organisateurs de mavoir invité à ce Forum.
Cet événement arrive à point nommé. Les problèmes quil aborde sont dune grande actualité. Les résultats de ce Forum sont également prometteurs vu la qualité et le nombre des participants ici présents dautant plus quil constitue un cadre privilégié déchanges et de dialogue entre les spécialistes et les décideurs de lénergie sur des sujets dintérêt commun. Jéprouve donc un réel plaisir dêtre parmi vous aujourdhui.
La problématique qui nous est posée à tous est de savoir comment harmoniser nos politiques de développement et de régulation énergétiques, au double plan national et régional, dans le cadre de lintégration et de la gestion optimale de nos réseaux nationaux.
Suivant le vu des organisateurs du Forum mon intervention sera focalisée sur le " Rôle de lAlgérie dans la promotion et la régulation des échanges énergétiques régionaux ".
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
A travers la mise en uvre de sa nouvelle politique énergétique, lAlgérie a consenti, ces trois dernières années, des efforts importants pour contribuer à la consolidation et au développement des échanges énergétiques régionaux. Que celà soit en direction du Maghreb ou en direction de lUnion Européenne notre stratégie de développement accorde en effet une place privilégiée à lénergie en tant que levier fondamental de lintégration régionale.
La mise en uvre de cette stratégie sappuie sur la réalisation, en partenariat, de grands projets énergétiques dintérêt commun au niveau régional, éléments déterminants pour assurer lintégration, une croissance économique durable et le développement socio-économique des populations de la région.
Dune manière générale, le Secteur de lEnergie inscrit sa stratégie de développement dans la nouvelle politique énergétique algérienne arrêtée par le Programme du Gouvernement dans un contexte mondial caractérisé par louverture des marchés, la rationalisation de la consommation de lénergie et la préservation de lenvironnement.
Ces efforts sappuient sur limportant potentiel gazier prospectif et largement inexploré, dont dispose lAlgérie, mais aussi sur ses infrastructures, et lexpérience capitalisée par nos cadres qui ont contribué au formidable développement énergétique durant les trois dernières décennies.
La matérialisation de ce programme a été rendue possible grâce à ladaptation du cadre institutionnel en vue dune plus grande transparence et dune meilleure efficacité afin dassurer la stabilité et le renforcement des échanges.
Partant de la convergence gaz-électricité notre stratégie associe nos besoins de développement internes à nos objectifs dintégration régionale tant à légard de nos voisins maghrébins que de nos partenaires européens.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
De par la place quelle occupe à léchelle mondiale (cinquième exportateur de gaz naturel et deuxième exportateur de GNL), lAlgérie assure également 12 % de la demande globale européenne et compte parmi les trois principaux fournisseurs extérieurs de gaz naturel de lEurope aux côtés de la Russie, et de la Norvège.
LAlgérie a joué un rôle de pionnier dans lindustrie du gaz dont le formidable développement a été rendu possible grâce à des accords à long terme, équitables, qui assurent des avantages équilibrés à toutes les parties intervenant au long de la chaîne gazière.
Lexistence dinfrastructures gazières importantes, reliant notre pays au continent Européen, témoignent des relations pérennes que lAlgérie entretient avec lEurope grâce à ce type de contrats : complexes de GNL ; gazoducs transméditerranéens (Enrico Mattei) et Maghreb-Europe (Pedro Duran).
La capacité de ces deux gazoducs qui transitent respectivement par la Tunisie et le Maroc sera renforcée prochainement. L'Algérie a anticipé dautre part sur les besoins futurs de lEurope en envisageant la réalisation de nouveaux gazoducs reliant directement lItalie et lEspagne et associés à deux liaisons par câbles destinées à lexportation de lénergie électrique vers lEurope.
Des accords conclus avec lEspagne et lItalie prévoient la réalisation en partenariat avec différents opérateurs européens de deux gazoducs sous-marins reliant directement chacun de ces pays à lAlgérie. Pour assurer la rentabilité globale des projets et au regard des besoins manifestés de part et dautre des deux rives de la Méditerranée les câbles électriques et des lignes en fibre optique seront installés simultanément à la pose sous-marine de ces gazoducs :
Ces trois projets dune portée géostratégique indéniable sont en conformité avec les objectifs visés dans le cadre du partenariat Euro-Méditerranéen, découlant du Sommet de Barcelone et avec lesprit de lAccord dassociation que lAlgérie a signé avec lUnion lEuropéenne.
Cette démarche illustre clairement la contribution de lAlgérie dans lélargissement de la coopération Sud-Sud et Nord-Sud. Comme on le voit lAlgérie saffirme de plus en plus comme une tête de pont énergétique vers lEurope qui lui confère un rôle dacteur important dans lapprovisionnement de lUnion Européenne et de contributeur à la protection de lenvironnement grâce à la fourniture du gaz et de lélectricité.
La réalisation de ces projets implique, comme on le devine, des capitaux importants. Nous devons faire face par conséquent à leurs problèmes de financement. Leur rentabilité ne peut à l'évidence se mesurer à laune du calcul micro-économique, ni sur le court terme. Les bénéfices de leurs effets induits sortent du cadre de cette approche.
La sécurité énergétique, la protection de lenvironnement en conformité avec les dispositions pertinentes des Nations-Unies sur le développement durable ou les règles du protocole de Kyoto relèvent dabord de la compétence des Etats. La finalité de ces projets bâtis sur le long terme a un coût qui impliquent la responsabilité des Etats au niveau bilatéral ou multilatéral.
La nécessité de ces projets, dont les études de faisabilité doivent tenir compte, est maintenant admise par nos partenaires, européens notamment. Il reste à trouver les formules nécessaires à lapport des capitaux privés et publics pour la réalisation indispensable de ces projets.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Les réformes que nous avons engagées dans le secteur de lénergie pour ladapter aux mutations de son environnement concernent également le secteur électrique appelé à jouer un rôle important dans les échanges régionaux grâce à la convergence gaz-électricité.
Pour des raisons defficience et face au contexte généralisé de libéralisation des marchés du gaz et de lélectricité nous avons promulgué en février 2002 en Algérie une nouvelle loi sur lélectricité et la distribution publique du gaz.
Les nouvelles mesures sont orientées vers louverture du marché domestique de lélectricité et de la distribution du gaz naturel.
Le nouveau cadre législatif et réglementaire qui se met en place suite à ladoption de cette loi permet dorganiser la concurrence entre opérateurs (publics et privés), en totale transparence, sous légide dune autorité de régulation indépendante (dénommée CREG).
A la faveur de ces changements institutionnels, laction menée par lAlgérie en faveur du développement et de la diversification de ses échanges se manifeste par un programme dexportation dénergie électrique produite localement, en partenariat, à partir du gaz naturel algérien.
Nous sommes conscients de limportance de limpact de la libéralisation du secteur électrique sur les transactions commerciales et du rôle que doivent jouer les entités de régulation. Nous considérons aussi que les interconnexions faciliteront les échanges frontaliers en mettant en jeu plusieurs marchés régionaux (Maghreb-Machrek et Maghreb Europe notamment).
Ces projets sinscrivent parfaitement dans la double perspective dintégration énergétique régionale et de mise en place de la zone de libre échange projetée autour du Bassin Méditerranéen, à commencer par les pays de lUMA. Cest dans cette même perspective quil faut inscrire, je le rappelle, la signature de lAccord dassociation de lAlgérie avec lUnion Européenne et des efforts que nous déployons pour créer les conditions de notre adhésion à l OMC.
Cest dire que lAlgérie adhère pleinement à l'objectif de création d'une vaste zone de libre échange autour du Bassin Méditerranéen.
L Algérie conduit ses actions dans la vision d'un marché énergétique réaliste et cohérent entre les pays méditerranéens : un marché prospère et régulé dans le souci de léquilibre des intérêts et des responsabilités de chacun.
Nous sommes convaincus de lintérêt du renforcement de la coopération entre les différents intervenants dans lindustrie du gaz et de son dérivé lénergie électrique pour que louverture des marchés soit bénéfique aussi bien aux producteurs, aux opérateurs quaux consommateurs.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Les interconnexions électriques et gazières déjà existantes entre lAlgérie, le Maroc et la Tunisie, et la perspective de leur renforcement, témoignent de laspiration réelle des pays du Maghreb à leur intégration énergétique.
La prévision dune forte croissance de la demande dénergie électrique dans les pays du Maghreb sur les deux prochaines décennies nous a conduit au renforcement du réseau dinterconnexions existantes entre lAlgérie et le Maroc (deux lignes) et la Tunisie (quatre lignes). Ainsi, deux nouvelles lignes, dune capacité de 600 MW chacune, sont programmées entre lAlgérie et le Maroc dune part, lAlgérie et la Tunisie dautre part. Il est prévu de doubler leur capacité à terme.
Il sagit, à la faveur de lharmonisation des systèmes électriques maghrébins et de leur intégration, de favoriser la perspective de la mise en place dun marché maghrébin de lélectricité, prélude à un marché plus large à léchelle euroméditerranéenne dans le cadre de la boucle électrique.
La signature récente dune Déclaration dIntention sur le Marché Maghrebin de lElectricité et sur son intégration au Marché Interne de lElectricité de lUnion Européenne, par les Ministres de lénergie des pays du Maghreb au cours de la 3eme Conférence des Ministres Euro-méditerranéens de lEnergie dAthènes en mai dernier, atteste de cette aspiration et de la maturation du processus en faveur de lintégration électrique régionale.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Je constate avec plaisir que les événement évoluent favorablement en matière de coopération régionale en vue de déboucher un marché énergétique Euro-Méditerranéen réaliste et prospère. Je ne citerais que quelques-uns de ces événements qui prêtent à loptimisme et qui sinscrivent parfaitement dans lesprit de ce Forum :
Cest pourquoi, nous avions estimé avec dautres pays producteurs que le changement du cadre réglementaire régissant les marchés gaziers devait se faire de manière concertée et progressive afin de permettre à tous les acteurs de sadapter aux nouvelles situations, en identifiant les voies et les moyens adéquats pour la préservation de leurs intérêts respectifs. Le dialogue et la concertation nous semblent être les moyens les plus appropriés pour atteindre cet objectif.
Une telle préoccupation a été évoquée lors de la Table Ronde des pays producteurs de gaz, tenue à Alger en septembre 2002 et de la réunion de Doha tenue au printemps dernier, quand les représentants des pays exportateurs, des compagnies gazières, des institutions financières et de la Commission Européenne, ont convenu de la nécessité de préserver les contrats de long terme en raison de leur rôle dans la sécurité dapprovisionnement et le bon fonctionnement des marchés du gaz naturel tout en préservant les intérêts des pays producteurs et des bailleurs de fonds.
En septembre dernier, lors du 8ème Forum international de lEnergie qui sest tenu lannée dernière à OSAKA (Japon), lAlgérie a eu à loccasion de la réunion des pays producteurs et exportateurs de gaz de souligner encore la nécessité de renforcer la concertation et la solidarité entre tous les acteurs. Nous sommes convaincus que ces deux conditions aideront lindustrie du gaz à se développer normalement et à se prémunir des effets négatifs causés par les changements aléatoires dans les relations internationales.
Ce programme inclut les projets de gazoduc MEDGAZ et GALSI ainsi que le câble électrique reliant lAlgérie à lEspagne que la Commission européenne considère maintenant comme " projet prioritaire ".
Il a été également procédé durant cette conférence à la co-signature par lAlgérie, le Maroc, la Tunisie, et lUnion Européenne dune déclaration dintention pour la création dun marché maghrébin de lélectricité ouvert, transparent et compétitif qui sera intégré à terme au marché Européen. Cette déclaration est le prélude à la boucle électrique du bassin méditerranéen.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
En conclusion, les lois du marché, livrées à elles-mêmes, ne nous semblent pas suffisantes pour garantir la sécurité dapprovisionnement des pays consommateurs ni protéger les intérêts des différents opérateurs. Vu lampleur des enjeux en présence limplication des Etats est plus que nécessaire. Cest souligner par ce biais limportance des systèmes de régulation énergétique à mettre en place, et limportance de la tâche qui nous attend.
Les efforts que déploie lAlgérie en ce qui la concerne, dans sa contribution pour la promotion et la régulation des échanges énergétiques régionaux se manifestent par un souci constant dinstaurer un véritable esprit de dialogue et de concertation entre les différents acteurs de la scène énergétique régionale.
LAlgérie milite pour la promotion dun partenariat énergétique euro-méditerranéen fondé sur léquilibre des intérêts et des responsabilités des partenaires.
Tout en confirmant notre pleine adhésion à lémergence dun cadre institutionnel régional favorable à la liberté des échanges, nous nous attachons à sensibiliser nos partenaires sur la nécessité dintégrer les facteurs assurant la viabilité économique des grands projets dintérêt commun afin de ne pas compromettre les objectifs dintégration.
Les défis liés à la réalisation de nos objectifs dintégration régionale demanderont aujourdhui plus defforts et de détermination de la part de toutes les parties prenantes à lédification de lespace euro-méditerranéen.
Je vous remercie de votre attention.