Discours d’ouverture du Docteur Chakib Khelil
Ministre de l’Énergie et des Mines
À l’occasion de la journée d’étude sur la
prévention des risques majeurs.
Skikda, 19 janvier 2005
Monsieur
le Waly,
Monsieur
de Directeur Général de l’ISG de Annaba,
Monsieur
le PDG de la Sonatrach,
Monsieur
le PDG de la Sonelgaz,
Monsieur
le Directeur de la zone industrielle de Skikda,
Messieurs
les représentants du syndicat des travailleurs,
Mesdames,
Messieurs,
Je
voudrais tout d’abord remercier Monsieur le Directeur Général de L’Institut
Supérieur de Gestion d’Annaba de m’avoir invité à ce séminaire consacré
à la Maîtrise des risques majeurs.
Je
félicite les auteurs de cette initiative d’avoir choisi ce grand sujet
d’actualité, qui fait partie de nos préoccupations quotidiennes. Je leur en
sais gré aussi d’avoir organisé leurs travaux, au complexe de Skikda, en
commémoration de la catastrophe qui s’était produite ici même il y a une
année.
C’est
avec beaucoup de compassion et de tristesse que je me retrouve donc
aujourd’hui parmi vous pour commémorer ensemble ce triste évènement survenu
le 19 janvier 2004, et qui je le souhaite ne se reproduira plus jamais sur nos
unités industrielles.
Nous
avons un devoir de mémoire à l’égard de tous ceux qui ont payé de leurs
vies, pour que prospère notre industrie et, partant, pour que vive décemment
notre pays. C’est à nos travailleurs que le tragique accident du 19 janvier
2004 a soustrait la vie, et dont le souvenir reste toujours présent dans nos cœurs
et dans nos esprits, que vont particulièrement aujourd’hui nos pensées. Je
vous invite à honorer la mémoire de tous ces chers disparus en observant une
minute de silence.
Mesdames,
Messieurs,
Je
voudrais rendre hommage également à toutes celles et à tous ceux qui, avec
courage et abnégation, ne ménagent aucun effort en continuant à servire
efficacement le secteur de l’énergie et des mines afin d’améliorer la
richesse nationale. Je pense particulièrement à toutes celles et à tous ceux,
qui à chaque jour que Dieu fait, apportent leur contribution pour imprimer de
nouvelles pages de progrès dans l’histoire de notre industrie pétrolière et
gazière.
Cette
tradition du professionnalisme et du
dévouement qui est devenue une composante essentielle du mode de vie de nos
travailleurs, toutes catégories confondues, nous conforte dans notre détermination
à relever les défis qui nous sont imposés de jour en jour
par un environnement économique mondial de plus en plus agressif.
Bien
que la conception et l’édification de notre potentiel énergétique et minier
aient été menées selon les standards internationaux requis et en conformité
avec la législation et la réglementation en vigueur, ce potentiel reste néanmoins
soumis à des aléas car le fonctionnement de toute installation industrielle
notamment dans notre secteur, comporte toujours des éléments de risque
d’exploitation.
Aucun
pays n’est à l’abri de catastrophes liées aux installations industrielles.
Le monde a vécu plusieurs expériences tragiques qui ont occasionné
d’importantes pertes humaines. À l’instar de l’explosion du complexe de
liquéfaction de Skikda, les cas du Bhopal
(en Inde), de Seveso (en Italie), de Piper Alpha (en Mer du Nord) et AZF (en
France) et d’autres ont marqué l’histoire récente de la sécurité
industrielle.
Ces
accidents majeurs viennent nous rappeler, s’il en était besoin, que
l’industrie pétrolière et gazière constitue une activité à haut risque et
que le risque zéro n’existe pas. En conséquence, la sécurité
d’exploitation de nos
installations s’est imposée comme un enjeu important et prioritaire dans
toutes nos démarches.
D’où
l’importance du suivi rigoureux des procédures de gestion et de
l’observation stricte des mesures de sécurité industrielle pour assurer non
seulement la fiabilité des installations elles-mêmes mais pour protéger aussi
nos ressources humaines.
Le
pôle industriel de Skikda occupe une place privilégiée en matière de développement
des activités du secteur dans le domaine de la transformation des
hydrocarbures. Du fait de son étendue et de la nature de ses activités il
constitue un centre sensible en matière de sécurité industrielle.
Avec
ses 1270 hectares, dont 388 sont réservés au développement de projets futurs,
il intègre 7 importantes unités et emploie une population active de 12000
travailleurs de diverses spécialités, dont 8100 personnes, relèvent de la
Sonatrach.
Les
futurs développement de la zone industrielle concernent la réalisation de
plusieurs installations nouvelles et
la rénovation d’unités anciennes. La production d’électricité et le
dessalement d’eau de mer complètent les activités de liquéfaction du gaz
naturel, du raffinage, et de la pétrochimie.
C’est
dire que l’importance de ce site en fait aussi une zone sensible en matière
de sécurité industrielle et de risque de dommages collatéraux à l’égard
des habitations qui ne respectent pas les distances imposées par les périmètres
de sécurité.
Le
tragique accident de l’année passée nous interpelle à plus d’un titre au
sujet de ceux qui à ce jour
occupent indûment des espaces situés dans l’enceinte même de la zone de sécurité.
Cette contiguïté des habitations avec les installations industrielles ne doit
plus être tolérée. Des solutions doivent être recherchées dans l’intérêt
de la propre sécurité et de la préservation de la santé des indûs occupants
d’une part, mais aussi pour assurer la sécurité de la zone industrielle en
tant qu’ensemble économique vital pour notre pays.
La
récupération des terrains illégalement occupés rendra ces terrains à leur
vocation initiale pour la réalisation de grands projets industriels, telle la
raffinerie de condensât. Des dispositions appropriées devront être engagées
pour faire aboutir cette opération d’intérêt publique.
Cette
problématique n’est pas spécifique à la zone de Skikda, elle
se pose avec acuité à
l'ensemble de nos activités de recherche, de production, d’exploitation et de
transport des hydrocarbures à travers le territoire national. C’est un
état de fait qui appelle de notre part une réaction urgente et énergique
pour instaurer l’ordre nécessaire et soumettre toute personne au
respect des périmètres de sécurité autour des ouvrages à haut
risque. Il est de notre devoir, à tous, de mettre un terme à l’extension
anarchique de certains de nos sites industriels pour protéger les populations
et sécuriser les installations.
Cette
extension anarchique de nos sites industriels et pétroliers touche particulièrement
le site de Hassi Messaoud. La ville de Hassi Messaoud connaît aujourd’hui une
expansion démesurée. La concentration des
habitations y a atteint un seuil critique inacceptable et constitue une menace
permanente pour la sécurité des biens et des personnes.
C’est
pour cette raison que le Gouvernement a récemment pris la décision
de faire revenir la ville de Hassi Messaoud à sa vocation initiale en en
faisant un centre exclusivement réservé à l’activité pétrolière. Le
Conseil Interministériel qui s’est récemment réuni à ce sujet a adopté
des résolutions pertinentes qui consistent à sécuriser ce site industriel névralgique
et à préserver la population des dangers
de tout risque majeur.
Mesdames,
Messieurs,
Le
Parlement vient d’un autre côté d’adopter, sur proposition du
Gouvernement, une loi relative à la prévention des risques majeurs et à la
gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable. Ce texte
est en cours de publication au Journal Officiel.
Les
règles prévues par cette loi visent à prévenir et prendre en charge les
effets des risques majeurs sur les établissements humains, leurs activités et
leur environnement par l’amélioration de la connaissance des risques, le
renforcement de leur surveillance et de leur prévision, ainsi que le développement
de l’information préventive sur ces risques et la prise en charge efficiente,
et intégrée de toute catastrophe d’origine naturelle ou technologique.
Ces
règles reposent principalement sur l’engagement de mesures effectives et
proportionnées, visant à prévenir les risques, à un coût économiquement
acceptable.
La
mise en œuvre des mesures édictées par cette loi
sera prise en charge dans notre secteur, au moyen d’un
plan général de prévention des risques industriels et énergétiques
qui définit le système intégré de veille et d’alerte ainsi que de
programmes de simulation nationaux assortis d’un système intégré de gestion
des catastrophes.
Pour
rendre incitatives les dispositions de cette loi, des sanctions sont prévues à
l’encontre de tous ceux qui seraient responsables
de la survenance d’un accident.
Sur
le terrain, l’application de cette loi se traduira par un renforcement de la
concertation et de la coordination intersectorielle en terme de prévention et
de lutte contre les risques majeurs.
Cela
permettra aussi au secteur de l’Énergie et des mines de se doter des
instruments juridiques nécessaires afin d’atténuer notre vulnérabilité
vis-à-vis des aléas des risques
majeurs, naturels ou technologiques, et d’éliminer sinon d’amoindrir la
pression exercée par l’implantation d’habitations et d’équipements
sociaux économiques au voisinage immédiat de nos installations et nos zones
industrielles en particulier, Ceci représente une préoccupation majeure en
matière de protection des personnes et des biens.
Dans
ce même ordre d’idées notre secteur a lancé une initiative qui porte sur la
création d’une société spécialisée dans la lutte contre la pollution
marine, en partenariat avec les pays de la Méditerranée et ceux de
l’Afrique de l’Ouest. Ce projet une fois concrétisé dotera nos pays,
d’un outil efficace d’intervention en mesure de faire face à d’éventuelles
pollutions par les hydrocarbures de nos côtes. Une proposition sera soumise à
cette fin au Deuxième Congrès Africain du Pétrole qui se tiendra du 14 au 17
Février 2005 à Alger.
Mesdames,
Messieurs,
Les
femmes et les hommes du secteur de l’Énergie et des Mines sont au cœur de
notre démarche. Nos ressources humaines constituent le levier principal de
l’adaptation des entreprises du secteur à la nouvelle configuration de l’économie
nationale et de l’environnement international où les évolutions s’apprécient
à l’aune de la performance, de la compétitivité et de la création continue
de richesses.
C’est
ainsi que nous concevons le développement durable non comme une approche théorique
mais comme un travail persévérant de proximité, où la santé et la sécurité
de nos travailleurs sont suivies de très prés.
Aussi
de gros efforts sont consentis dans le domaine du développement de nos
ressources humaines par l’adoption de nouveaux modes de gestion sur la base de
la transparence, de l’ouverture et de la concurrence en recherchant des
formules de partenariat appropriées pour nous permettre d’atteindre toute
l’efficience requise dans ce domaine. Je citerais à cet effet, la
constitution du Groupement IAP-Corporate University, pour la formation, et la
mise en place du Groupement de recherche et développement des activités Aval.
En
matière de formation, nous avons crée un groupement IAP avec des actionnaires,
constitué de la SONATRACH, SONELGAZ, NAFTEC, NAFTAL et intégrant le CPE
d’Alger, l’IAP d’Arzew et NAFTOGAZ.
Ce groupement va accélérer la formation du personnel du secteur de l’énergie
et des mines en partenariat avec des instituts étrangers de grand renom et développer
notamment des filières d’avenir dans le marketing, les finances, la
commercialisation, le « procurement », et la sécurité
industrielle.
Des
conférences annuelles sur la formation sont d’ores et déjà organisées au
sein de ces instituts. Pour la première fois il est introduit dans leurs
programmes de formation un module spécifiquement dédié à l’enseignement de
la Sécurité Industrielle dans toute sa dimension.
La
Sonatrach s’est dotée pour la première fois, depuis 2002, d’une Direction
centrale Santé, Sécurité et Environnement qui s’est attelée à
identifier et mettre en place un outil efficace de gestion des risques «
le système de management HSE » pour tout le groupe Sonatrach.
Pour
répondre à la stratégie et aux engagements que Sonatrach s’est imposée au
mois de janvier 2004 une intense activité d’audit, d’organisation et de
mise en œuvre d’ambitieux programmes de sécurisation et de contrôle du
risque par le recours à l’expertise internationale.
Ainsi
plusieurs complexes industriels des Activités Amont et Aval ont été audités
et des programmes d’actions correctives arrêtés. Les investissements HSE prévus
pour les deux prochaines années sont de l’ordre de 1,2 milliards de dollars,
dont plus de 50% concerne l’amélioration de la sécurité de nos unités
industrielles.
Mesdames,
Messieurs,
Conscients
de l’importance de la sécurité dans les diverses activités développées
par le secteur, le Ministère de l’Énergie et des Mines accorde une place
privilégiée à cette préoccupation dans la nouvelle politique de l’énergie
et des mines. Cela s’est traduit déjà par l’introduction de dispositions
spécifiques sur le rôle dévolu, en particulier, aux institutions de
régulation en matière d’application stricte de la réglementation de la
sécurité technique et environnementale dans les domaines des hydrocarbures, de
l’électricité et des mines.
Les
agences concernant le secteur de l’électricité et les mines, seront installées
dans quelques jours. Pour le secteur des hydrocarbures, elles verront le jour
après l’adoption du projet de loi sur les hydrocarbures.
Ces
agences seront autonomes avec le budget et les ressources nécessaires pour
contrôler effectivement tous les opérateurs dans l’application de la réglementation.
Le
secteur a, par ailleurs, engagé un ensemble de mesures qui visent l’amélioration
des conditions de sécurité au niveau des installations industrielles. La démarche
en question repose essentiellement sur la constitution d’une banque de données
fiables, sur les incidents et
accidents ainsi que leurs causes,
la mise en place d’un système intégré de reporting et de traitement de
l’information, la révision des procédures de gestion et d’exploitation.
Les
conditions qui ont concouru à l’instauration du système de reporting découlent
du constat fait quant à l’absence d’une culture en matière de
transmission et de communication de l’information en temps réel concernant
les incidents survenus sur les installations. Le but recherché est l’amélioration
continue des systèmes de sécurité déjà mis en place, aux fins d’anticiper
sur la survenance d’éventuels accidents.
Mesdames,
Messieurs,
En
complément aux efforts développés par les uns et les autres il est à présent
opportun que tous les opérateurs présents sur le pôle industriel de Skikda,
engagent une réflexion commune consistant en une
gestion intégrée du risque.
L’organisation
de ce Séminaire arrive donc à point nommé, pour enrichir la réflexion déjà
entamée sur l’approche à adopter en matière de circonscription des
risques majeurs et les moyens
les plus performants à mettre en œuvre, tant au stade de la prévention qu’à
celui de la lutte et de la gestion des sinistres.
Je
suis persuadé que vos travaux contribueront à une meilleure appréhension des
spécificités des risques induits par notre industrie. Il est également
attendu de vos interventions une connaissance actualisée des méthodes et des
techniques d’analyse des risques ainsi que des moyens de prévention et de
lutte contre les sinistres.
Par
ailleurs, le débat qui naîtra des nombreux exposés et communications
programmés permettra, j’en suis sûr, un échange fructueux d’expériences
entre experts de différents horizons et une mise à jour des connaissances en
matière de sécurité industrielle.
Je
vous remercie pour votre attention et souhaite un plein succès à vos travaux.