Le Chef de l’Etat à l’occasion de la réception offerte par le US-Algeria Council et l’ambassade d’Algérie à Washington

 

"Nous avons l’ambition de contribuer à la sécurité énergétique des Etats-Unis"

Mardi 23 septembre 2003

 

 

Monsieur le Président du Conseil d’administration du Conseil des affaires Etats-Unis/Algérie,

Monsieur le Président de l’US-ABC,

Honorables représentants de l’économie américaine,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté l’invitation du Conseil des affaires Etats-Unis/Algérie. Cette soirée a lieu un an après la réunion mémorable organisée par le Conseil pour son lancement officiel le 16 septembre 2002 et dont nous avons conservé le meilleur souvenir.

En un peu plus d’une année, votre conseil, sous la direction éclairée du Président Zapanta, assisté du Président Holmes, s’est imposé comme un générateur d’idées et un catalyseur des relations d’affaires bilatérales. Au cours de cette période, vous avez ouvert des représentations en Algérie. Vous avez aussi participé à l’organisation de la conférence ministérielle bilatérale sur le GNL à Washington le 6 novembre 2002.

J’ai visité vos pavillons à la 36e Foire d’Alger où vous étiez également présents en force. Vous venez enfin d’organiser un forum réussi sur les infrastructures, la construction et les investissements, à Washington, en juin 2003. Cette importante réunion a attiré un nombre élevé de décideurs, y compris des membres de mon gouvernement, des membres du Congrès américain, des représentants de l’Administration des Etats-Unis et des dirigeants d’entreprises de part et d’autre.

Je me réjouis de la promotion des relations algéro-américaines à laquelle vous vous consacrez dans le domaine des énergies nouvelles et de votre initiative de réunir des conférences bilatérales sur la coopération en matière d’industries d’agroalimentaire, des services pétroliers et des technologies de l’information.

Le fait que vous tiendrez prochainement une réunion de votre Conseil d’administration à Alger, symbolise cette vertu particulière à votre conseil d’être au service aussi bien des aspirations de vos membres algériens que de vos membres américains. Je vous félicite aussi des mesures que vous avez engagées pour faciliter l’adhésion des petites et moyennes entreprises algériennes à votre organisation.

A vous revient la tâche de pionniers en contribuant à valoriser un potentiel encore largement inexploité qui demeure sous-jacent dans les relations économiques entre nos deux pays pour les mettre en harmonie avec la qualité remarquable des relations politiques qui se sont instaurées entre l’Algérie et les Etats-Unis au cours de ces dernières années.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis des relations politiques chaleureuses qui se sont développées entre nos deux pays et entre leurs dirigeants au cours de ces dernières années.

L’Afrique a été ces dernières années un de nos principaux sujets de convergence à la faveur de la promotion de la paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée, tout d’abord. Ceci nous a ouvert la voie à une concertation plus large en faveur de la paix et de la coopération s’étendant à de vastes zones allant du Maghreb au Soudan, de la Corne de l’Afrique à l’Afrique de l’Ouest.

Dans la lutte contre le terrorisme, nos deux pays se sont également retrouvés aussi côte à côte. L’Algérie était parmi les premiers pays à notifier son soutien à la Maison-Blanche pour lancer une offensive internationale contre ce fléau. En effet, notre pays a compris, peut-être mieux et plus tôt que d’autres, la douleur de l’Amérique après le 11 septembre, ayant vécu de tels attentats dans sa chair une décennie durant, dans l’indifférence des uns et l’ingratitude des autres. Nous partageons donc, aujourd’hui, tout naturellement, la volonté de coopérer avec les Etats-Unis pour prémunir le monde contre les visées déstabilisatrices des groupes terroristes.

Ainsi que je l’ai affirmé au Président Bush, qu’il s’agisse de l’Algérie ou de l’ensemble du continent africain, ma volonté inébranlable de lutter contre le terrorisme n’a d’égale que celle de promouvoir la démocratie et l’Etat de droit.

L’autre vecteur de notre convergence en Afrique est le NEPAD, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. J’apprécie vivement l’engagement que m’a réitéré le Président Bush en faveur de cette initiative de certains Chefs d’Etat africains approuvée désormais par l’Union africaine.

Le NEPAD engage justement le continent à promouvoir la démocratie et les droits de l’homme en même temps que la bonne gestion des affaires politiques tout en jetant les bases d’un partenariat fructueux avec les pays industrialisés. Le NEPAD contribuera, à n’en pas douter, à cette "Afrique stable et prospère" qu’évoquait le Président des Etats-Unis dans sa récente tournée en Afrique.

En tant que Président en exercice de l’Union du Maghreb Arabe, je partage la volonté américaine de lever tous les obstacles à l’intégration de notre sous-région.

Les Etats-Unis ont également appuyé nos efforts pour promouvoir l’intégration maghrébine. Ainsi, le sous-secrétaire d’Etat Marc Grossman réaffirmait à Alger en novembre dernier que "les USA soutiennent la levée des obstacles qui se dressent dans l’intégration maghrébine pour que les investissements américains viennent et créent des emplois et que les exportateurs maghrébins puissent exporter vers le marché américain".

Notre politique de paix et de coopération s’étend à la zone méditerranéenne. Elle prend appui sur notre association à l’OTAN, c’est là un nouveau domaine de convergence avec les Etats-Unis d’Amérique.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Si le potentiel d’intensification des relations économiques entre l’Algérie et les Etats-Unis est devenu aussi important que prometteur, c’est en premier lieu grâce aux convergences politiques qui existent entre nos pays dans de nombreux domaines.

Mais c’est aussi parce que le redressement de la gestion économique en Algérie crée un contexte de plus en plus favorable au renforcement des courants d’échanges.

C’est ainsi qu’après le redressement des indicateurs économiques fondamentaux que la croissance économique en Algérie s’est accélérée en 2002 pour dépasser les 4% en dépit du ralentissement de l’économie mondiale. Selon des premières indications, la croissance a même toutes les chances d’atteindre cette année un taux de près de 6%. L’inflation, quant à elle, est jugulée actuellement à moins de 2,5%.

Enfin, le service de la dette extérieure ne représente plus que 18% des exportations. Le montant des avoirs de l’Algérie en devises dépasse d’ailleurs largement cette dette et représentait en juillet 2003, 26 mois d’importation. Ceci constitue le taux de couverture des importations le plus élevé dans le monde arabe et offre donc des garanties inégalées à nos partenaires économiques, américains notamment. Ces avoirs sont appelés à se consolider encore puisque nos rentrées en devises pour le seul premier semestre 2003 représentent 12 milliards de dollars, couvrant ainsi la valeur de plus d’une année de nos importations.

Ces performances économiques ne sont pas étrangères à l’afflux continu de plus de 1,1 milliard de dollars d’investissements étrangers directs en Algérie, enregistrés en 2002. Ceci fait de l’Algérie le premier bénéficiaire d’investissements étrangers dans le monde arabe pour la même année.

Cet afflux d’investissements étrangers a été favorisé par les nouvelles mesures incitatives que nous avons promulguées ces dernières années.

Je tiens à féliciter à cet égard l’US-ABC, et en particulier Sadat International, pour avoir repris dans un excellent volume en langue anglaise "Investing in Algeria", le cadre institutionnel de l’investissement depuis les premières mesures de libéralisation entreprises en août 2001. Je souhaite qu’une large distribution en soit faite dans tous les pays anglophones ou utilisant l’anglais comme langue d’affaires.

Il faut souligner dans ce contexte, parmi les multiples avantages consentis aux investisseurs étrangers, le droit, peu répandu dans notre région, de détenir jusqu’à 100% du capital des sociétés en Algérie.

Les réformes de structures de l’économie ont été menées au rythme maximum compatible avec notre vision d’une "libéralisation à visage humain" dans un contexte de chômage élevé (près de 30% de la population active).

Ainsi, les privatisations se sont poursuivies de manière pragmatique plutôt qu’idéologique par l’ouverture des secteurs de l’électricité et des mines à l’investissement privé. Il en va de même de l’ouverture du capital des entreprises publiques du secteur de la sidérurgie, des télécommunications, de la marine marchande et des transports aériens, des mines, de l’électricité, du dessalement de l’eau de mer, de la pétrochimie, des engrais et des infrastructures, etc.

Le rythme des réformes des privatisations demeure soutenu sous différentes formes : cession pure et simple d’actifs, partenariats publics privés, et concessions.

Une réduction de la ponction fiscale sur l’investissement, une harmonisation du tarif douanier, un des plus favorables de la région, et une simplification des procédures d’agrément d’investissements par la constitution d’un guichet unique sont destinées à assurer la viabilité de la politique de privatisation.

C’est ainsi que 75% de la valeur ajoutée hors-hydrocarbures en 2002, ont été le produit du secteur privé. Dans le domaine des hydrocarbures, on escompte que 50% de la production de brut sera assurée par des partenariats avec des firmes privées étrangères en 2005.

En matière d’infrastructures, où des améliorations s’imposent d’urgence, de nouvelles formes de partenariat prennent forme actuellement dans le cadre du système de concession ou de la formule du bot. Nous sommes d’ailleurs heureux de voir, dans ce cadre, qu’un consortium sous direction américaine s’intéresse à l’autoroute Est-Ouest.

Enfin, après des débuts difficiles, l’ouverture et la modernisation du secteur bancaire a été lancée et constitue actuellement notre priorité.

Je tiens à souligner que l’Algérie a assumé résolument la lourde charge de cette transformation d’une économie étatisée et centralisée en une économie ouverte et compétitive alors qu’elle supporte par ailleurs la charge accablante d’autres défis.

Je veux parler des lourdes pertes humaines et des pertes matérielles de l’ordre de 20 milliards de dollars infligées pendant une décennie par un terrorisme barbare.

Ce fléau a heureusement été maîtrisé par l’action soutenue de l’armée et des forces de sécurité et grâce à la mobilisation admirable de notre peuple. Aussi, l’invocation du risque de sécurité en Algérie tend à n’être évoquée aujourd’hui à l’extérieur du pays que par le désir d’écarter des investissements étrangers concurrents plutôt que par un souci altruiste de compassion.

Je me félicite du fait que l’Eximbank a ramené le risque Algérie du niveau 5 au niveau 4. Cette institution, qui connaît bien l’Algérie, pourrait prendre, comme nous le souhaitons, l’initiative d’une nouvelle révision dans le sens de la baisse du risque Algérie au sein de l’OCDE.

L’Algérie, confrontée au fléau terroriste, a dû se mesurer également à des calamités naturelles. Le pays a subi une succession désastreuse de tremblements de terre et d’inondations qui lui a imposé des pertes humaines dramatiques et une charge supplémentaire de quelque 20 milliards de dollars dont 5 milliards de dollars pour le seul séisme ayant endeuillé le centre du pays et une partie de la capitale à partir du 21 mai 2003.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Le signe le plus encourageant de l’évolution positive de nos relations bilatérales est de voir que la chaleur des rapports entre nos deux gouvernements s’étend progressivement aux opérateurs économiques de part et d’autre.

C’est dans des épreuves telles que celles que nous venons de traverser ou celles que votre peuple a vécues dans le sillage du 11 septembre, que l’on voit s’affirmer cette solidarité croissante entre nations.

L’épanouissement de nos affinités se traduit par une recherche plus intense par les opérateurs économiques de moyens de valoriser nos complémentarités.

D’ores et déjà, nos échanges, qui représentaient en 2002 3,5 milliards de dollars, constituent 72% du commerce des Etats-Unis avec l’ensemble du Maghreb. Sur la base des échanges pour la première moitié de 2003, ce volume est appelé à augmenter encore d’un tiers cette année. Vos investissements, qui faisaient de l’Algérie leur 3e pays d’accueil dans le monde arabe, ont encore la potentialité de doubler dans les années à venir, selon les propres estimations du département du Commerce américain. Les entrées de capitaux privés américains en 2002 représentaient déjà, à eux seuls, le tiers du flux des investissements étrangers vers l’Algérie pour cette année.

Nous avons l’ambition d’accroître encore le volume des échanges bilatéraux, celui des hydrocarbures, un des domaines où notre complémentarité est évidente. Nous avons l’ambition de contribuer à la sécurité énergétique des Etats-Unis et de constituer à ce titre un maillon essentiel de la politique énergétique des Etats-Unis en direction de l’Afrique.

L’Algérie est en particulier le 3e exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) dans le monde. Nos exportations vers les Etats-Unis représentent à peine 5% du total de nos ventes bien qu’elles représentent environ 22% des importations américaines. Les importations américaines de GNL sont appelées à croître à un rythme de 10% par an, selon des prévisions concordantes. L’Algérie est un pays dont les coûts d’acheminement vers les USA sont parmi les plus faibles outre-Atlantique. Elle peut être un chef de file dans la couverture de vos besoins supplémentaires en GNL.

Notre pays participera donc avec un grand intérêt à la réflexion multilatérale que le secrétaire américain à l’Energie organisera sur le GNL en novembre prochain.

En matière d’échanges extérieurs, la politique de l’Algérie est d’opérer une diversification suivant deux axes :

  1. une diversification de nos échanges commerciaux au plan international dont les Etats-Unis notamment devraient bénéficier,
  2. une diversification de la structure de nos échanges avec les Etats-Unis par l’élargissement de nos exportations à des produits autres que les hydrocarbures, car l’économie algérienne offre de larges opportunités en dehors du secteur des hydrocarbures.

Nous constatons que notre désir d’accélérer la mise en œuvre d’une zone de libre-échange algéro-américaine est partagé notamment par le sénateur Tom Harkin et le congressman Edward Royce qui se sont exprimés dans ce sens dans leur correspondance avec le représentant pour le Commerce des Etats-Unis.

En attendant la conclusion d’un accord officiel pour libérer nos échanges, je me félicite des perspectives de nouvelles exportations algériennes appelées à se dégager de l’application imminente à l’Algérie par les Etats-Unis du système de préférences généralisées.

Quant à l’accroissement souhaité de la part des produits hors-hydrocarbures dans nos exportations, nous sommes convaincus que l’accueil de nouveaux investisseurs américains en Algérie pourra y contribuer. Les secteurs des industries de transformation, de l’industrie alimentaire et de la production de biens de consommation américains, dont les Algériens sont friands, leur feront donc bon accueil.

J’apprends que le département du représentant pour le Commerce des Etats-Unis envisage d’établir le mois prochain un calendrier des négociations de traités bilatéraux de garantie des investissements. L’ouverture de telles négociations par les Etats-Unis avec l’Algérie constituerait une priorité de notre point de vue. Un tel traité pourrait en effet encourager des investisseurs américains plus nombreux à s’installer en Algérie.

Au chapitre des échanges commerciaux et au lendemain de la conférence de Cancun, je tiens à réaffirmer la volonté de l’Algérie d’adhérer le plus rapidement possible à l’OMC. J’adresse mes remerciements aux autorités américaines pour leur soutien dans cette voie.

La diversification tant souhaitée de notre commerce extérieur va sans nul doute être facilitée par la conclusion d’un accord aérien "Open Skies" dont la négociation s’est engagée à Washington la semaine dernière. Je me réjouis vivement de ce nouveau développement positif.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Une rétrospective depuis la signature entre l’Algérie et les Etats-Unis de l’accord-cadre pour le commerce et l’investissement lors de ma première visite officielle à la Maison-Blanche le 11 juillet 2001 jusqu’à ce jour, fait ressortir qu’un chemin appréciable a été parcouru depuis lors. Le bilan fait ressortir encore l’importance du travail qui reste à accomplir au regard de l’ampleur des opportunités offertes par l’économie algérienne.

Avant le 11 juillet 2001, 16 années s’étaient écoulées depuis la dernière visite d’un Chef d’Etat algérien à la Maison-Blanche. Nous devons rattraper le temps, sinon perdu du moins insuffisamment valorisé, en intensifiant la fréquence de nos contacts bilatéraux.

Promouvoir les relations entre nos deux Etats, que le Président Bush qualifiait en novembre 2001 de "bons alliés", est notre tâche et celle de l’Administration américaine. Mais pour que l’édifice de l’entente algéro-américaine soit durable, il devra reposer sur les fondations économiques mutuellement profitables et durables dont vous serez les bâtisseurs. Nous nous engageons à vous offrir un climat favorable à vos activités en Algérie.

Je vous remercie pour votre attention