Allocution devant le 1er Séminaire Régional Nord Africain sur les Sciences de l’Ingénieur et l’Enseignement en Technologie.

Par le Docteur Chakib KHELIL

Ministre de l’Énergie et des Mines

(Alger, 23 Septembre 2003)

 

 

Messieurs les Ministres,
Excellences,
Monsieur le Recteur de l’USTHB,
Mesdames, Messieurs,

Je remercie particulièrement Madame le Professeur Khedidja ALLIA, présidente du Comité d’organisation et Monsieur le Professeur Benali Benzaghou, recteur de l’USTHB, de m’avoir invité à participer à l’inauguration de vos travaux.

Il est heureux de constater que votre Séminaire se penche de manière opérationnelle sur les nouvelles approches relatives aux sciences de l’ingénieur ainsi qu’à l’enseignement de la technologie.

Le savoir technologique et technique intégré aux besoins du progrès économique et social est devenu en effet le moteur du développement durable où la ressource humaine, c’est à dire l’homme dans sa plénitude, constitue à la fois le moyen et la finalité.

Partant de ce constat je suis persuadé que vos travaux auront pour souci majeur de réfléchir sur les voies et les moyens à mettre en œuvre pour adapter nos programmes universitaires à leur environnement économique et social, et aux contraintes de la mondialisation. C’est dire que la formation de nos ingénieurs et de nos technologues tout en recherchant le top niveau sur le plan scientifique et technique ne doit pas se limiter à des cursus technicistes. L’apport des sciences humaines de manière générale, des techniques de communication, l’apprentissage des langues étrangères, des techniques de gestion, etc, font partie de plus en plus, de la panoplie que doit posséder tout ingénieur ou technicien supérieur qui entre dans le monde du travail.

D’une manière plus générale l’enseignement des sciences et des techniques doit contribuer à la promotion d’une société formée et informée la mettant en mesure, tout en préservant ses racines identitaires, de faire face aux nouveaux défis que nous impose le processus de globalisation et l’état du monde actuel.

En amont du processus scientifique et technique c’est la question du Savoir dans sa globalité qui est en fait posée. Le Savoir (appréhendé en tant que matière grise dans le langage commun) est devenu de nos jours une source directe de création de richesses et il est considéré en tant que tel comme la première richesse des nations les plus avancées du monde.

C’est de ce savoir accumulé, de sa qualité et de son amplitude que dépendent désormais la force d'une économie, l’efficience de ses acquisitions technologiques, la crédibilité de sa puissance et jusqu'à son rayonnement moral et culturel. Et pour me résumer, je dirai que c’est de ce savoir constamment amplifié et conforté par des réalisations pratiques, que dépend le rang que nos pays entendent conquérir dans le concert des nations modernes.

Sur le plan opérationnel l’économie mondiale se caractérise par la prééminence des services d’appui, notamment, la recherche–développement, l’ingénierie technique et financière, le savoir-faire sous toutes ses formes. Cela veut dire qu’on assiste à la primauté de la matière grise et de " la culture de l’intelligence " sur le hardware.

Au niveau industriel c’est le règne de la flexibilité et de la réactivité par rapport aux forces du marché de plus en plus concurrentielles, qui incite les entreprises à adopter les processus technologiques les plus performants, capables de réagir en temps opportun et dans des conditions de rentabilité assurée.

La question fondamentale qui se pose est de savoir, par conséquent, comment nous préparer à la rapidité des changements qui s’opèrent dans tous les domaines et dans un contexte de complexité de plus en plus grande.

L’adaptabilité, la créativité, la capacité d’innovation, et partant la motivation de la Ressource Humaine, constituent les facteurs clés de promotion et les atouts stratégiques pour assurer le développement durable de notre Société.

Envisagée sous cet angle, la formation scientifique et technique, qui est la fondatrice de l’intelligence opérationnelle, devient l’élément moteur et constitue le levier principal pour garantir à nos entreprises des avantages concurrentiels décisifs et durables.

Dans le Secteur de l'Énergie et des Mines, par exemple, nous prenons chaque jour la mesure des défis qu'il nous faut relever dans ce domaine pour que nos entreprises soient compétitives dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

Dans l'industrie des hydrocarbures, de l'électricité, des énergies renouvelables et des mines, où la science est devenue quasiment un facteur direct de production, les technologies se développent, en effet, à une allure vertigineuse.

Conscients de ces enjeux et de ces défis nous avons inscrit la formation des femmes et des hommes qui travaillent dans le secteur de l’Energie et des Mines comme axe stratégique et prioritaire de notre stratégie de développement pour accroître nos richesses et améliorer la performance de nos entreprises.

 

Mesdames, Messieurs,

Une " Structure opérationelle de Formation " a été spécialement mise en place au niveau de notre secteur pour servir de cadre de réflexion et d’anticipation sur les objectifs de développement des compétences à préparer pour faire face aux changements et aux évolutions qui s’opèrent à tous les niveaux.

Notre stratégie de formation sectorielle vise également à favoriser la communication et à instaurer des synergies intersectorielles, en établissant des relations avec l’ensemble des partenaires et institutions qui ont pour mission de développer et de former les Ressources Humaines, qu’il s’agisse des secteurs de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, de la Formation et des Enseignements Professionnels, des opérateurs publics et privés de formation, des associations professionnelles, et évidemment des partenaires sociaux.

Parmi les axes de forces définis dans notre stratégie de formation la préparation aux changements induits par les nouveaux enjeux de l’économie énergétique mondiale figure parmi nos plus grandes sources de préoccupation. La globalisation de l’économie et sa libéralisation nous contraint en effet à nous adapter au nouveau contexte de compétitivité internationale où la réactivité ainsi que les prix et la qualité des produits et des services constituent des critères de performance et de compétitivité essentiels. Le gage du succès repose une fois de plus sur la préparation de nos ressources humaines pour relever ces défis.

Je voudrais résumer ce programme d’action à partir de ses trois principaux objectifs :

Les actions de formation qui visent à concrétiser ces objectifs concernent notamment :

La recherche de l’osmose entre l’Université et notre secteur nous permettra de nous enrichir mutuellement en termes de connaissances théoriques et pratiques à échanger, de complémentarités à partager et de qualité des enseignements et donc des profils d’ingénieurs à obtenir.

A ce propos, il me paraît important de rappeler encore l’importance des aspects de développement culturel, d’ouverture sur les sciences humaines et autres disciplines connexes dans les formations d’ingénieur. Il est en effet reconnu aujourd’hui que les visions exclusivement technicistes sont inopérantes pour maîtriser des situations de plus en plus complexes.

Ces formations visent , essentiellement , à faire acquérir à nos cadres et techniciens supérieurs les compétences requises par le nouveau rôle dévolu à l’Etat , en particulier , en matière de régulation , de préservation des services publics , de prospective et d’anticipation pour l’élaboration de stratégies appropriées et adaptées aux évolutions internes et internationales.

 

La préparation et l’adaptation des nouvelles recrues pour leur faciliter l’insertion professionnelle et établir le "pont" entre le cursus universitaire qu’ils ont suivi et le monde du travail et de l’entreprise en particulier.

Pour assurer ces objectifs de formation les entreprises du secteur de l’Énergie et des Mines investissent actuellement en moyenne entre 5 à 10% de leur masse salariale.

Le secteur dispose également de structures de formations importantes, pour les besoins spécifiques des emplois de niveau de technicien et technicien supérieur dans les domaines de l’électricité et des hydrocarbures.

Pour ce qui est des emplois de niveau cadre, nous avons l’ambition d’ériger l’IAP de Boumerdès, filialisé sous forme de groupement, en " corporate university ", à même de répondre aux besoins en formation et en perfectionnement de notre secteur, en rapport avec les évolutions scientifiques, et technologiques dans les domaines de l’électricité, des hydrocarbures et des mines.

Dans cette perspective, les relations entre l’IAP et l’Université gagneraient à être renforcées encore pour créer des synergies et une véritable symbiose qui ne peuvent que générer des résultats profitables à l’ensemble des opérateurs au plan de la recherche, du développement, et de l’amélioration de la qualité de notre " richesse humaine " qui constitue en fait notre véritable capital.

Pour les activités mines et carrières, la réhabilitation en cours de la mine désaffectée d’El Abed en pôle de développement de la formation pour les métiers de ce secteur constituera une avancée importante.

En effet, le secteur des mines et carrières que nous voulons promouvoir à travers la nouvelle Loi sur les mines souffre actuellement de l’absence de structures appropriées pour assurer l’acquisition des qualifications requises nécessaires à l’exercice des métiers qui le concernent.

Aussi, le secteur de l’Énergie et des Mines a pris l’initiative de lancer le projet de création d’une École des mines à El Abed en utilisant les infrastructures de cette mine qui était en cours de fermeture. Cet établissement contribuera à répondre à des besoins nationaux pressants en matière de formation minière et participera à l’animation de l’activité économique et culturelle de la région.

La future école des mines constituera en outre pour les universitaires un cadre approprié de stages pratiques, d’expérimentations et de travaux de recherches dans les domaines de la géologie et des mines.

 

Mesdames, Messieurs,

Les objectifs de ce séminaire ainsi que les thèmes qui y seront développés se situent au cœur de nos préoccupations car les ingénieurs et spécialistes que vous formez seront nos futurs cadres et dirigeants.

De la qualité de leur formation et des connaissances qu’ils acquièrent, dépendra leur capacité à diriger ces "ensembles humains complexes" que sont devenues aujourd’hui les entreprises.

Je vous remercie pour votre attention, et souhaite un plein succès à vos travaux.